‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 23 sur 136 · PHILIPPE V ROI D ESPAGNE · texte numérisé non relu

PHILIPPE V ROI D ESPAGNE

aux applaudissements publics; !a ville (PAnvers sollicitait riionneur d'élever une statue à son nouveau maître. C'était, le 28, le comte de Vaudemont, gouverneur du Milanais, qui annonçaitque la nouvelledu testament avait rassuré les esprits, et qui protestait pour lui et pour tout le duché d'une fidélité inviolable à Sa Majesté Catholique. Le duc de Medina-Celi en mandait autant de Naples. En Espagne, le peuple de Madrid, dès le 24 novembre, avait célébré avec enthousiasme l'acceptation du testament; et si Dangeau n'enregistre cette nouvelle que le 11 décembre, il raconte, dès le 2, quelle était dans cette ville l'antipathie publique pour la reine douairière et les Allemands; on refusait à la reine l'argent nécessaire pour sondeuil; on traitait en ennemi public un homme de loi qui avait reçu la protestation de l'ambassadeur autrichien contre le testament. Déjà les reconnaissances politiques des États étrangers arrivaient à Philippe V: le 30 novembre complimentdu duc de Savoie, puis du nonce, de Venise, des princes d'Italie; le 7 décembre, compliment de l'évêque de Munster (1).

Trois jours auparavant, Philippe V était parti pour prendre possession de son royaume. Il avait une suite ipagnifique, ses deux frères abondamment pourvus d'argent pour leurs menus plaisirs d'une part et de l'autre pour leurs libéralités, une nombreuse jeunesse de la cour, des gardes, des troupes, des officiers, et le

(1) Voir tous ces faits, jour par jour, dans le Journal de Dan< geau.

duc de Beauvilliers pour commander tout ce monde. Mais ce qui valait bien mieux que tout cet apparat dont on a évalué la dépense à plusieurs millions^ il emportait^ dans les instructions de son grand-père, tous les éléments de Fart de régner avec honneur et sûreté.

Louis XIV, en annonçant à la junte de régence espagnole Tacceptation du testament, avait promis de former le nouveau roi à ses devoirs età la pratique des affaires. « Nous Tinstruirons, écrivait-il, de ce qu'il doit à sa gloire, et encore plus de ce qu'il doit à une nation également brave et éclairée, toujours fidèle à ses maîtres. Nous l'exhorterons à se souvenir de sa naissance et de qui il est fils, mais encore plus de qui il est roi. Il aimera son pays, mais seulement pour maintenir la bonne intelligence si nécessaire au repos commun de nos sujets et des siens (I). » Ces belles paroles sontdéveloppées dans les instructions qu'il remit à Philippe V. On y reconnaît sa propre histoire, ses règles de conduite, sa manière d'entendre etd'exercer l'autorité, avec quelques corrections, fruit de l'âge et de rexpérience,qui font honneur à son discernement :

« Ne manquezà aucun de vos devoirs, surtout en- « vers Dieu.

<c Déclarez-vous en toute occasion pour la vertu c< contre le vice.

« N'ayez jamais à^ attachement pour personne. (Il <c s'agit évidemmentici de favoris,decoteries,puisque,

(1) (Emres de Louis XIV, tome VL

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c< un peu plus bas, il lui recommande d'aimer toujotirs « ses parents ,)

c< Aimez votre femme, vivez bien avec elle. Aimez « les Espagnols et tous vos sujets. Ne préférez pas ce ceux qui vous flatteront le plus, estimez ceux qui « pour le bien hasarderont de vous déplaire; ce sont là « vos véritables amis.

.c( Vivez dans une grande union avec la France, rien « n'étant si bon pour nos deux puissances que cette « union à laquelle rien ne pourra résister.

« Si vous êtes contraint de faire la guerre, mettez c< vous à la tête de vos armées.

a Ne quittez jamais vos affaires pour le plaisir j mais « faites-vous une règle qui vous donne des temps de <« liberté et de divertissement. Il n'y en a guère de plus « innocent que la chasse, et le goût de quelque mai- (' son de campagne, pourvu que vous n'y fassiez pas c< trop de dépense.

« Donnez une grande attention aux affaires; quand on « vous parle, écoutez beaucoup dans les commence- « ments sans rien décider.

« Quand vous aurez plus de connaissance, souvec( nez-vous que c'est à vous à décider.

« Tenez tous les Français dans l'ordre. Traitez bien «vos domestiques. Servez-vous d'eux tant qu'ils « seront sages, renvoyez-les à la moindre faute qu'ils « feront, et ne les soutenez jamais contre les Espaça gnols.

a Ne paraissez pas choqué des figures extraordia naires que vous trouverez, ne vous en moquez pas.

«Chaque pays a ses manières particulières, et vous M serez bientôt accoutumé à ce qui vous paraîtra d'att bord le plus surprenant.

«Ayez une cassette pour mettre ce que vous aurez « de particulier, dont vous aurez seul la clef.

«Je finis par un des plus importants avis que je « puisse vous donner : ne vous laissez pas gouverner, « i\^ ayez Jamais de favori ni de premier ministre, Écou- « tez, consultez votre conseil , mais décidez. Dieu, qui « vous a fait roi, vous donnera toutes les lumières né- « cessaires tantque vousaurezdebonnesintenlions. »

Ces conseils, écrits au courant de rinspiration sans méthode et sans retouche, n'en offraient pas moins un code complet de la conduite d'un roi, et surtout d'un roi nouveau-venu au milieu de sujets étrangers. Lepouvoirainsiexercéaurait été fécond en actes répa rateurs chez une nation qui avait langui pendant trois règnes sous des rois apathiques et des favoris ignares ou cupides. Mais la paix était nécessaire pour l'application bienfaisante de ces principes, et déjà dans le ciel serein, qui selevaitsurrEspagne,apparaissait, comme un point noir, la réclamation de l'ambassadeur hollandais.

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