NOUVEAUX MINISTRES
III. — Nouveaux miuistres en France, Chamillrird. — Effet produit en Europe par l'acceptation du testament. — Indécision de l'Angleterre et de la Hollande. — Hésistance ouverte de TA u triche : son manifeste, ses alliances; la Prusse érigée en royaume. — Louis XIV gouvernant l'Espagne; occupation des Pays-Bas par les troupes françaises; premier grief contre Louis XIV. — Préparatifs de guerre en France : mesures financières et levées de tronpes.
Avant d'aller plus loin, pour mieux faire comprendre le rôle de divers personnages dans la guerre de la succession d'Espagne, il convient de dire un mol des changements survenus en France dans les ministres et les secrétaires d'État.
Torcy, neveu de Colbert, déjà secrétaire d'État des affaires étrangères en survivance de son père Croissy, n'avaitpaseu d'abord deplaceau conseil desministres, quoique celle dignité semblât inhérente à ses fonctions. C'était Pomponne, son beau-père, qui \e doublait dans ce conseil, dit Saint-Simon, comme rapporteur des affaires et des dépêches extérieures; il n'y paraissait lui-même que par moments à la suite de Pomponne à titred'auxiliaire. A la fin, le roi, content de lui, l'invita à s'asseoir et à demeurer. Cet instant le constitua ministre d'Etat (9 mars 1699) : il n'avait que trente-quatreans;mais,sacapacité reconnue dépassant son âge, la faveur royale fut uni versellement applaudie comme une justice. Six mois après. Pomponne mourut (sept. 1699); de fonctions administratives directes il n'avait eu que la surintendance des postes. Torey hérita de cette surinlendance et la joignit aux affaires étrangères.
Une autre mort, celle du chancelier Boucherai (2 sept. 1699) entraîna de plus grands changements, Pontchartrain,quisuccombaitî>6uslepoidsde tant de charges,fut heureux dWéchapperenacceptant les fonctions de chanceIier,quoiquelesémolumentsen fussent inférieursàceuxducontr61egénéraldesfinances(l).Il devintdèslorsM./^cAâf/ic^/î^retnefutplusdésignéque sous ce nom. Sesanciennesfonctionsfurent partagées: la maison du roi et la marine, avec le titre de secrétaire d'Etat, passèrent à son fils, jusque-là appelé le comte de Maurepas, qui reprit le nom deilf . de Pontchartrain et ne porta plus que celui-là. Le contrôle général des finances fut donné à Chamillard, ancien magistrat, ancien intendant, ancien administrateur des revenus de Saint-Cyr, d'une grande assiduité au travail, d'une probité exemplaire, d'une simplicité de manières et de conduite louée par Saint-Simon, et aussi d'une grande habileté au billard, par où, dit encore Saint-Simon, il s'était d'abord fait remarquer du roi (5 sept. 1699). Il jouit immédiatement d'une grande faveur. Sa femme, dès le mois de juillet suivant, était autorisée à entrer dans le carrosse de la duchesse de Bourgogne : honnçur que n'avait encore reçu aucune femme de contrôleur général (2). Lui-même, en novembre 1700, il fut fait ministre d'État. Ce n'était pas assez: enjanvier 1701, Barbezieux mourut. Ce fils de Louvois, qui dirigeait depuis dix ans l'administration
(1) D'après Dangeau, le chancelier n'avait guère avec les sceaux plu9 de ^,000 écus; le contrôleur général touchait 200,000 livres.
(2) Dangeau, 24 juillet 1700.