COMBAT DE CARPI
lesquels un fils du duc de Chevreuse, succombaient. La cavalerie, toujours brillante dans les charges, était décimée par un feà violent d'infanterie. Il fallut se retirer ; retraite honorable assurément puisque le vainqueur n'osa pas poursuivre, mais abandon aux Autrichiens de la rive droite de T Adige et du chemin du Milanais. La guerre de la succession d'Espagne commençait par un échec pour la France.
Quelquesjoursauparavant les troupesduducde Savoie avaientenfin rejoint les Français: ((debeaux hom- « mes à qui il ne manque rien, » disait Catinat lui-même. Toutefois, ce renfort inspirait peu de confiance. Catinat, tout en rendant à Victor- Amédée le témoignage qu'il avait envoyé cela tête de ses troupes», exprimait le désir que ce prince ne vînt pas de sa personne àFarmée, où il ne pouvait être « qu'avec peine et inquiétude» et danger pour les deux couronnes. Tessé écrivait aussi au roi: « Je crains toujours que, sous a prétexte de conserver l'Alexandrin, il ne redemande « ses troupes ; car il aimerait mieux un village de plus « ou l'investiture d'un fief que sa fille reine d'Espace gne (1). » Les Piémontais n'avaient pu servir dans la surprisedeCarpidont ils étaient trop éloignés. Victor-Amédée, quand il arriva lui-même, ne servit pas davantage, ou plutôt il ne fut bon, selon l'opinion commune, qu'à livrer aux Autrichiens les plans des Français. L'événement de Carpi fut le point de départ
(1) Voir, Mémoires du général Pelet, la lettre de Catinat au roi du 2 juillet 1701, page 266, et la letlre de Tessé, du 8 juillet, dans les pièces justificatives, page 586.
176 GUERRE DE LA SUCCESSION d'ESPAGNE
des malheurs de Catinat. Maintenant que Tennemi avaitenvahi larive droite de l'Adige, il importait de le ruiner par une grande bataille, ou de lui fermer soit la routede Mantoue, soit la rontedu Milanais par leMincio, les deux seuls objets qu'il pût avoir en vue. Catinat, par une prudence qui parut excessive, jugea que ses troupes n'étaient pas en nombre pour hasarder une bataille rangée. Il crut plus sage de garder le Mincio dans une position à peu près intermédiairequipermettrait d'accourir à volonté sur Mantoue ou sur Peschiera. Mais pendant qu'il examinait de quel côté se tourner, l'ennemi traversa le Mincio à sa sortie du lac de Garda, passa à Desenzario et s'avança vers Lonato qui était la route du Bressan auquel confinait le Milanais. Aux alarmes des habitants, aux réclamations du prince de Vaudemont qui voyait déjà Milan occupé, Catinatjugea qu'il importait avant tout de se replier sur la frontière du Milanais, derrière l'Oglio qui, dans son cours inférieur, bordait cette province, comme l'Addadansson cours supérieur. Ceparti pris, il l'annonça au roi comme irrévocable,comme le seul moyen de salut. «La source de nos fautes,écrivait-il(l),aétéde (( vouloir remédier à toutce que les ennemis pouvaient « faire et de ce qu'on trouvait des inconvénients à « tous les partis qu'on aurait vouluprendre.Jemesuis « proposé présentement de suivre un objet, et dechoic( sir, s'il se peut, celui qui est de plus de conséquence.
(1) 4 août 1701. Pelet, tome I : pièces relatives à la campagne d'Italie.