‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 30 sur 136 · MALHEURS DE CATINAT · texte numérisé non relu

MALHEURS DE CATINAT

« Après cela on dira qu'on leur livre le Mantouan^ « la facilité de s'approcher du Pô et d'y construire des « ponts, d'où l'on tire déjà je ne sais combien de con- « séquences fâcheuses. Je laisserai dire dorénavant; (c jene veux plus tomberdanslesirrésolutionsdepren- « dre un parti. » Cette fermeté fut mal accueillie. Les Français reculaient; l'ennemi venait d'occuper Ca.stel- Goffredoet Castiglione, deux villes du Mantouan; le duc de Mantoue demandait du secours contre les partis autrichiens qui pillaient son territoire. Tessé et Vaudemont se plaignaient à la cour de France que le maréchal, à Desenzano, eût laissé défiler, pendant tout un jour, l'armée ennemie qui prétait le flanc entre le lac et des rochesî, sans attaquer ni avant-garde, ni flanc, ni arrière-garde. Ils représentaient le Milanais comme fourmillant de fugitifs que la peur des Autrichiens poussait de la campagne dans les villes. Tessé proposait même de donner à Câlinât quelque commandement d'armée dont il connût un peu mieux le pays, et demandait un nouveau général auquel il promettait de « faire faire encore un beau reste de campagne ». Louis XIV se fâcha.

Il auraitpu s'en prendre tout aussi justement au duc de Savoie; car Victor-Amédée, généralissime, était le supérieur de Catinat. Il était à Desenzano, et n'avait pas trouvé à redire à l'inaction du maréchal (1). Mais

(1) Louis XiV le rappelle à Victor-Amédée dans la lettre môme où il lui annonce la disgrâce de Catinat; mais il se contente de lui dire: a Puisque vous ne les avez pas attaqués, je suis persuadé que vous l'avez fait pour le mieux. »

178 GUERRE DE LA SUCCESSION d'eSPAGNE

puisque Catinitj)renaît sur lui seul la responsabilité du plan de campagne, ce fut à lui que le roi adressa une lettre dure (10 août 1701), pleine de reproches acerbes, où toutes ses manœuvres étaient étalées comme autant de fautes. Il lui ordonnait à la fin de rassemblertoutes ses troupes,des'as8urer les provisions nécessaires,cequi n'exigeait pas plusde vingt-quatre heures, et de marcheraux ennemis par lepluscourtchemin possible, de les harceler sans relâche, de les contraindre à accepter une bataille. Deux jours après il aggrava cette leçon déjà si dure en lui imposant un maître. Alléguant d'un côté la fatigue dont Catinat pouvait être accablé, de l'autre le besoin possible de partager les troupes entre le Milanais et le Mantouan, il envoya Villeroi en Italie pour partager avec Catinat le soin des opérations militaires sous le commandement supérieur de Victor- Amédée. Catinat fut sensible à cetafrront,mais il le supporta avec une noblesse qui a contribué à sa popularité dans l'histoire. Il se contenta d'écrire à Chamillard pour obtenir d'être rappelé d'Italie à la fin de la campagne. En attendant il continua à servir, dans un rang inférieur, avec la même activité, la même vigilance, le même dévouement qu'au premier (1). Rendons enmêmetempsjusticeà Villeroi. Le favori s'honora à son tour par la délicatesse de ses procédés envers le disgracié. Il n'affecta aucune supériorité sur Catinat ; il le traita comme son égal, voulut qu'il prît alternativement avec lui le mo/ du duc de Savoie, et fit

1) Catinntà Chamillard. 28 août.

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