COMBAT DE CHIARI
valoirauprèsdeLouis XIV son zèle, son attachement au service, sa vertu, comme chose (Tune louange immortelle [\).
L'arrivée de Villeroi ne changea pas la position. Il apportait Tordre impérieux d'aller en avant, « de « passer les rivières, de chercher Tennemi, de faire « l'impossible pour combattre plutôt que d'avoir la « honte devoir les Impériaux hiverner en Italie (2). » Il n'est donc pas seul responsable des revers qu'entraîna l'exécution de cet ordre. Il le serait plus justement de sa confiance exagérée en ses ressources, de sa crédulité au dévouement du duc de Savoie. Dès sa première dépêche à son maître, il était sûr de sa supériorité,desesapprovisionnements: «Le pain, disait-il, « nenousmanquera pas, quelque événementquepuis- « sent amener les affaires. » Il admirait les troupes de Victor-Amédéeparfaitementbelles, lestes, bien pourvues, d'unedisciplineexemplaire, et ledévouement de ce prince qui renchérissait sur tous les serviteurs du roi. Il se pressa donc (T entreprendre. Le 31 août, il repassait l'Oglio, pour aborder l'ennemi, sans être inquiété, et le soir il exaltait l'ardeur de l'infanterie qui avait traversé la rivière sans pont, et l'impatience de combattre qui animait les soldats et les cavaliers. Le lendemain (1" septembre) il se porta sur la petite ville de Chiari. On l'avait assuré que les ennemis n'y
(1) Villeroi au roi, première dépêche, 24 août 1701. Pelet, tome I.
(2) Lettres de Villeroi à Louis XIV, du 2 et du 19 septembre, dans lesquelles il donne à entendre que, s'il a été battu, c'est au roi qu'il faut en rapporter la première cause. Pelet, tome 1, pages 320 et 609.
180 GUERRE DE LA SUCCESSION d'eSPAGNE
avaient laissé qu'un détachement d'infanterie soutenu de quelques cavaliers. Il aurait « pu examiner davan- « tage ce poste, » comme il en convient lui-même ; mais Tavis du duc de Savoie, confirmé par Vaudemont, lui tint lieu de prudence. On ne voit pas qu'il ait consulté Catinal; il s'avança au signal donné par le tambour de Victor- Amédée. La surprise fut grande de trouver toute l'armée d'Autriche sous des retranchements auxquels elle avait travaillé depuis trois jours, et appuyée parderrière aux muraillesdela ville; elle avait du canon dont tous les coups portaient; celui des Français mal à l'aise sur un terrain inésral n' v ripostait que faiblement. Ce fut en vain qu'ils y suppléèrent, officiers et soldats, par une admirable valeur; le duc de Savoie en particulier, «dans un péril «continuel,» reçut plusieurs coups dans ses habits. On parvint même à forcer quelques retranchements sur la droite, mais à la gauche les attaques se redoublaient sans succès. En une heure les pertes étaient déjà considérables. Le duc de Savoie fut d'avis de remettre l'attaque au lendemain pour se donner le temps de reconnaître les lieux. Villeroi lui représenta qu'il vaudrait mieux ne pas rester sur un terrain aussi défavorable, où le canon n'avançait qu'avec peine, où lestroupes ne pouvaientse déployer; que, vingt bataillons seulement ayant été engagés, il restait assez de forces pour attaquer avec supériorité dans des lieux plus accessibles et avec un front plus étendu. Le duc de Savoie consentit. On se retira du champ de bataille, y laissant deux mille morts ou blessés. L'ennemi, qui