INFIDÉLITÉS DU DUC DE SAVOIE
se vantail de n'avoir que trente-six morts et quatrevingts blessés^ demeura dans Chiarieten fit par ses travaux une forteresse inexpugnable.
L'insuccès, quoique non décisif, était un obstacle aux projets de Villeroi. Il en découvrit un autre plus fâcheux encore dans les infidélités du duc de Savoie. CSe prince avait eu soin de ne pas engager ses troupes au combat de Chiari. On eut bientôt la certitude que, si Chiari s'était trouvé en état de résistance, c'était parce que Victor-Amédée avait livré au prince Eugène le plan des manœuvresdel'armée française. Cethomme incompréhensible, favorable aux Autrichiens, s'était exposé à leur canon pour mieux tromper la France. Villeroi n'en doutait plus quatre jours après la bataille ; il écrivait à Louis XIV : « Comptez, sire, que dans son cœur il ne veut pas le progrès de vos armes en Italie; » et la semaine suivante : « Cest un prince qui ne connaît que son intérêt, et qui sacrifiera tout pour y parvenir. Il ne se fera aucun scrupule sur les moyens d'acquérir, et lorsqu'il aura obtenu un avantage, il sera tout disposé à manquer de parole et de foi à celui à qui il aura l'obligation de son agrandissement, par l'espérance d'obtenir une plus grande fortune (1). » Déjà il faisait entrevoir, sous prétexte de l'approche de l'hiver, le retour de ses troupes en Piémont, et les Autrichiens lui témoignaient une préférence qui ne l'accusait que trop clai-
(1) villeroi à Louis XI V, 4 et 10 septembre 1701. Pelet, tome I, pages 61 1 et 612.
182 GUERRE DE LA SUCCESSION d' ESPAGNE
rement. Dans toutes les affaires de prisonniers, le prince Eugène affectait toute sorted'égardsetcivilités pour les soldats de Savoie, beaucoup d'éloignement et de dureté pour les soldats de France et d'Espagne. Cette connivence allait, pendant tout le reste de la campagne, entraver les opérations des Français, et assurer aux Impériaux leurs quartiersd'liiver en Italie. Le malheur de Chiari avait corrigé Louis XIV du goût des grandes batailles. Avant même que Villeroi lui en eût expliqué le danger, il avait prescrit de n'attaquer qu'avec prudence, de s'attacher surtout à surveiller et resserrer l'ennemi, et de le contraindre, par le défaut de vivres, à décamper le premier. Entre diverses opérations, il indiquait l'utilité de reprendre Castel-Goffredo et Castiglione^^ deux postes du Mantouan dont l'occupation parles Autrichiens gênaient fort le duc son allié. Tessé fut chargé de rassembler pour cette entreprise des troupes de diverses garnisons. On fut d'abord surpris de voir que le duc de Savoie refusait d'y associer les siennes. On commença à soupçonner le motif de cette abstention lorsque Tessé, arrivant près de ces places, les trouva renforcées de la veille par des régiments allemands, et dut renoncer, par raison d'infériorité, à l'attaque. On comprit enfin tout le mystère quand on sut qu'une lettre de Victor-Amédée était tombée aux mains des Autrichiens. Cette lettre, écrite sans aucune nécessité à un officier piémontais, contenait l'avis du projet des Français sur les deux places; elle avait été ravie au porteur par des gens qui sans doute ne s'é-