‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 33 sur 136 · INFIDELITES DU DUC DE SAVOIE · texte numérisé non relu

INFIDELITES DU DUC DE SAVOIE

taient pas rencontrés par hasard sur son chemin (1). Au commencement d'octobre, les Autrichiens étant toujours à Chiari, et les Français dans un camp fortifié tout voisin, on crut reconnaître que le manque de vivres allait forcer le prince Eugène à décamper; il était sage d'examiner dans quelle direction on le poursuivrait, et d'empêcher surtout qu'il ne se rabattit sur le duché deMantoue. Dans la conférence tenue à ce sujet, leducdeSavoieétonna encore tout le monde par ses conseils de faiblesse. Au lieu d'avancer, il opina pour rétrograder au delà de l'Oglio, afin de mieux assurer le Milanais, dût-on compromettre le Mantouan où il serait toujours possible, disait-il, de rentrer plus tard. De pareils avis ne pouvaient être inspirésqueparledésirdeconserver toutes ses troupes et délaisser au prince Eugène la facilité de s'établir en Italie. Mais comme il avait le commandement supérieur, il était difficile de le contredire. On demeura pourtant où l'on était, parce que l'ennemi ne bougeait pas encore; mais quelques semaines plus tard, te mauvais état des chemins rendant aux Français l'approvisionnement très-difficile, il devint nécessaire de rétrograder en effet sur la rive gauche de l'Oglio. Il y avait tout lieu de craindre que l'ennemi ne profitât de ce mouvement pour prendre l'avantage. Villeroi avait averti Louis XIV, non sans justesse, que c< la première démarche qui se ferait par l'une des deux armées déciderait de la campagne et des quartiers d'hiver. »

(1) Général Pelet, tome I, campagne d'Italie.

184 GUERRE DE LA. SUCCESSION d'eSPAGNE

Il y eut même quelques escarmouches dans Tune desquelles Catinat fut blessé. Despièces de canon espagnoles s'embourbèrent à quelques pas de la rivière, et prirent quelques heures pour être retirées. Puis à la pluie succéda la neige et la gelée (14 novembre); pour donner le couvert aux hommes et du fourrage aux chevaux, il fallut se séparer en quatre ou cinq quartiers. Tout invitait donc l'ennemi à profiter de ces embarras. Eh bien, ce fut ce moment même que le duc de Savoie choisit pour reprendre ses troupes et rentrer avec elles dans ses Etats. « Que Votre Majesté, écrivait Vil- « leroi, fasse réflexion dans quelle conjoncture M. le «duc de Savoie retire ses troupes de l'armée. Quelle « diminution de force pour nous, et quelle opinion « cela peut donner aux ennemis.... La trahison qu'il (( vient de faire à Votre Majesté ne se peut oublier et « mérite un ressentiment éternel (1). »

A la suite de ces mésaventures, Villeroi ne parvint qu'à s'établir dans le Crémonais, à égale portée du Milanais et du Mantouan, pour veiller sur l'un et sur l'autre. L'ennemi, obligé par la faim et le mauvais temps à quitter son poste de Chiari, cessa de menacer le Milanais. Mais, entre TOglio et le Mincio, il fut libre de revenir sur le Mantouan ; il y occupa plusieurs positions qui tenaient Mantoueen échec, et il ne manqua cette ville importante que grâce aux torrents de pluie qui lui en interdirent l'approche. Il en fut au moins

(1) Général Pelet, tome 1 : lettres de Villeroi à Louis XIV, 17 novembre et 9 décembre 1701.

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