‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 40 sur 136 · LES NOUVEAUX GÉNÉRAUX DR LOUIS XIV · texte numérisé non relu

LES NOUVEAUX GÉNÉRAUX DR LOUIS XIV

valait un homme de plus; que Berwick, maréchal à trente-cinq ans, a justifié cette faveur, même avant Almanza, parsa sagesse et sa capacité, de Taveu même de Saint-Simon (1); que Villars, partout où il a paru, a rétablila fortune, sauvé T Alsace par son activité, forcé par ses campements Marlborough à Tadmirer, et deviné et indiqué à la postérité le vrai chemin de Vienne. En poussant cet examen jusqu'aux importances secondaires, on trouverait encore contre la sentence de Saint-Simon, dans Saint-Simon même, la preuveque le goût, la faveur, le cabinet ne faisaient pas tous les choix, et qu'au lieu de prétendre conférer la capacité, leroilacherchaittoutefaitepourla récompenser; tels, par exemple, plusieurs des maréchaux créés en 1703 : Vaubàn, dont Saint-Simon ne songe pas à atténuer l'éloge; Chamilly,rancien défenseur de Grave,dont il dit que sa «promotion longtemps retardée fut généralement applaudie » ; Huxelles, l'ancien défenseur de Mayence,dont il avoue les services dans toutes les campagnes sur le Rhin, et jusqu'à Tallard qu'il loue de sa victoire de Spire avant la catastrophe d'Hochstett (2). N'en est-ce pas assez pour établir qu'il ne fa ut

(1) Saint-Simon, Mémoires, tome III. II s'agit de la guerre en Espagne en 1706, et des succès qui rétablirent Philippe V sur le trône : « Tel fut l'étrange succès du siège mal entrepris de Barce- « lone, et la rapidité avec laquelle Philippe V fut reporté sur son « trône, par son courage, l'affection de la Castille, la sagesse et la « capacité de Berwick, et les secours si prompts du roi, son grandit père. »

(2) Saint-Simon, tome II, pages 431 et suivantes; tome III, page 23.

pas juger des choix de Louis XIV, même dans sa vieillesse, par la faveur continuée de Villeroi, ou par la confiance accordée en un moment malheureux à La Feuillade, gendre de Chamillard ?

Il est plus juste de chercher ailleurs les véritables causes des malheurs de la France dans cette longue guerre d'Espagne. Le roi en a sa part de responsabilité par son opiniâtreté à vouloir diriger de loin les opérations,à prescrire des plans sans connaissance suffisante des lieux ou des moyens d'action disponibles,à indiquerdes expédients dont l'apparente justesse ne tient pas contre la réalité pratique des faits. C'est ce que Catinat lui représentait dès ledébut, avec une fermeté digne d'étremieux écoutée : « Votre Majesté m'a « fait l'honneurde me dire qu'elle ne connaissait l'Ai- « sace que par ses cartes (1).... Elle me permettra de « lui dire que les gens qui sont sur les lieux voient « mieux que ceux qui n'y sont pas, et que, quand on « ne parle pas de certains expédients, c'est que cela est « rejeté et réprouvé comme chose à quoi on ne peut ni ce doit penser, et qu'on a trouvé inutile d'en par- « 1er (2). » De leur côté, les ministres, et surtout celui delà guerre Chamillard, ne sontpasà la hauteur des besoins. « Le branle donné du temps de M. deLoua vois est perdu ; l'argent et la vigueur du commande- « mentnousmanquent. r^ Le mot mérited'autantplus

(1) Mémoires du général Pelet» tome II : lettre de Catinat au roi, 17 juillet 1702.

(2) Ibid. : lettre de Catinat au roi, 27 juin 1702.

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