‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 44 sur 136 · CAMPAGNE DE 1702 EN ITALIE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE 1702 EN ITALIE

tait à contributions les électorats de Trêves^ de Mayence, et le Palatinat^ Marlborough entrait dans Liège le 31 octobre. Il avait laissé à Tallard Téclat d'une expédition toute française par l'activité, de quelques coups de main heureux sans résultats durables, et il s'était assuré à lui-même une position avantageuse pour l'avenir, en resserrant le théâtre de la guerre par l'occupation presque entière de la Gueldre, et par celle de Liège qui dominait le cours de la Meuse. Telle fut la première campagne de Marlborough. Les Anglais l'exaltèrent non sans raison; on proclama dans la Chambre des communes que Marlborough avait réparé F honneur anglais y ce qui voulait dire sans doute que Guillaume III l'avait laissé compromettre, et on lui assigna une pension de cinq mille livres sterling. C'était aussi la première campagne du duc de Bourgogne^ Ses amis auraient bien voulu lui en faire une gloire éclatante; déjà Fénelon, par tendresse de précepteur aimé, parlait de ces merveilleux commencements (1); mais en dehors de sa bravoure personnelle, il était raisonnable de se rabattre, comme Saint-Simon, à beaucoup â^ application et (Taffabi^ iité (2). C'est justice d'ailleurs de reconnaître que, tenu en brassière par Boufflerset les lieutenants généraux, il n'était responsable ni de ce qui s'était fait sans lui, ni de ce qu'il n'avait pas pu empêcher.

Heureusement l'Italie dédommagea les deux cou-

Ci] Fénelon : lettre à Ghevreuse, 24 juillet 1702. (2) Saint-Simon, Mémoires, tome II, chapitre xxxi.

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ronnes de ces pertes et de ces affronts. Vendôme et Philippe V en eurent le mérite. Vendôme, le conqueranl de Barcelone, substitué à Villeroi prisonnier, avait pour mission de conserver le Milanais et le Crémonais, de débloquer Mantoue, de rendre au duc de Mantoue ses villes occupées par Tennemi, et de préserver le duc de Parme de l'invasion autrichienne. Il exécuta ce plan dans toutes ses parties. Un caprice singulier des événements le mettait en face du prince Eugène, son cousin germain (1); il semble que la parenté, loin de gêner les opérations, n'ait servi qu'à leur imprimer plus de vigueur ; les deux cousins échangèrent plus d'une fois des procédés ou des paroles qui sentaient la haine de famille (2). Le voyage de Philippe V en Italie avait pour but de confirmer Naples et le Milanais dans son obéissance, et de le recommander luimême à l'estime publique en mettant en vue sa valeur et ses qualités royales. Cet objet fut également atteint. L'entreprise n'était pas sans danger. Ses amis crai-

(1) Vendôme était fils de Laure Mancini ; Eugène, fils d'Olympe Mancini.

(2) Eugène essaya une fois de faire enlever Vendôme dans sa maison. Vendôme affecta de craindre un attentat d'£ugène contre la vie de Philippe V et fit redoubler la garde du roi d'Espagne. Une lettre qui parlait de ce danger tomba aux mains d'Eugène ; il la renvoya à Vendôme avec ce commentaire : « On fait savoir à M. le duc de Vendôme que le prince Eugène n'a jamais été un assassin : il est môme connu dans le monde sur le pied de ne servir que pour l'honneur et la gloire, oulre qu'il sert un maître qui ne s'est jamais servi de pareilles voies et qui est incapable de les commander. Ainsi, s'il n'y a pas d'autre raison qui ait fait redoubler les gardes, on les peut, sur ma parole, laisser dans le premier état. » Voir Mémoires de Noailles.

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