CAMPAGNE DE 1702 EN ITALIE
gnaient pour lui le poison et les trahisons d* Italie, même celles du duc de Savoie, qui avait grand intérêt à la mort de son gendre; quand c'est Fénelon qui parle ainsi (1), on se demande quel était donc ce singulier beau-père, capabled'inspirer de tels soupçons ! Chamlay avait aussi exprimé la crainte des conspirations et des assemblées de Naples, des agents déguisés du prince Eugène et du conseil de Vienne, et surtout d'une flotte anglaise et hoUandaisequi pourrait barrer leretour (2). Philippe Vnes'émut pas deces appréhensions; aucun plaisir, aucune satisfaction n'était à ses yeux comparable à celui de chasser les Allemands d'Italie. Des Espagnols voulaient s'opposer à son départ : « Je leur répondrai, dit-il, dans le vaisseau (3). » Il avait désire emmener sa jeune femme; elle, de son côté, aurait bien voulu le suivre. Il y renonça, malgré sa tendresse extrême , sur les représentations de Louis XIV, par la pensée de laisser aux Espagnols, comme gage de leur attachement, ce qu'il avait de plus précieux, et de ne pas s'embarrasser de trop d'équipages quandil avait avant toutà défendre ses États{4). Dans la campagne précédente, les Autrichiens avaient envahi toute la contrée de l'Adige à l'Oglio, occupé le duché de Mantoue, sauf deux villes : ils bloquaient Mantoue depuis le commencement de l'hiver,
^1) Fénelon, Mémoires sur la campagne de \7Q2.
(2) Ghamlay, Mémoires de février I7Q2.
(3) Dangeau, avril 1702, Mémoires de Noailles.
(4) (Euvres de Louis HV, tome VI : lettres de Louit XIV et de Philippe Y.
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et, sur la rive droite du Pô, menaçaient de leur alliance les petits souverains, entre autres le duc de Parme. Tels étaient les points que Vendôme avait à délivrer. Heureusement la garnison de Mantoue tenait ferme contre le blocus, grâce à d'audacieuses sorties qui renouvelaient ses fourrages et ses vivres, et affaiblissaient l'ennemi par la perte, tantôt d'un poste avantageux, tantôt d'un bon nombre de prisonniers et de morts. Vendôme en profita comme d'un répit pour mettre son armée au complet^ protéger le duc de Parme, et nettoyer le chemin du Mantouan. Au mois de mai il se porta au secours des assiégés. Un de ses lieutenantsenlevaenquelques heures Castel-Gk>ffredo, qui aurait pu tenir quelques jours, et lui-même apparaissant sur la rive droite du Mincio, les Autrichiens repassèrent la rivière et laissèrent Mantoue libre au moins d' un côté (24 mai) . Accueilli dans la ville comme un libérateur, Vendôme ne se fit pas illusion sur Timportance des positions que l'assiégeant tenait encore dans le voisinage; mais avant de les attaquer, il jugea
pluspresséd'assurer ses communications parderrièrc. Il fitassiégerCastigIione,qui se rendit le 1 "juin. Cette conquête le rendit définitivement maître de tout le pays et des rivières depuis Crémone j usqu'à Mantoue, et intercepta tous les secours que les Autrichiens avaient j usque-là reçus par le lac de Garda. Ils n'avaient plus que r Adige pour communiquer avec T Allemagne ; Eugène fut réduit à se tenir sur la défensive et à éviter les combats décisifs par une inaction savante.