‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 56 sur 136 · DEFECTION DU DUC DE SAVOIE · texte numérisé non relu

DEFECTION DU DUC DE SAVOIE

lanlpourle Piémont, avait laissé devant eux une partie de Tarmée française sous le commandement de Vaudemont. C'était de cette position éloignée et surveillée que le ducde Savoie attendait les secours. Le premier effort de Stahrenberg ne fut pas heureux. Deux mille cavaliers qu'il envoya comme avant-garde par la rive droite du Pôfurent surpris par Vendôme(25 octobre), tués ou dispersés vers Gènes qui refusa de les recevoir; il n'en arriva pas quatre cents à Victor- Amédée. D'un autre côté le maréchal de Tessé, gouverneur du Dauphiné,entra dans la Savoie (novembre) eten détermina la soumission parla prise de Chambéry(l). Victor- Amédée semblait donc perdu; tout à coup il échappa par une négligence de Vendôme. Celui-ci n'avait pas pris la peine de vérifier la situation des Français sur la Secchia; il ne s'était rendu compte ni de leur dépérissement, ni des renforts reçus par l'armée ennemie. Dans les derniers jours de décembre, Stahrenberg franchit la Secchia sans opposition avec la plusgrande partie de ses troupes, et arriva rapidement dans le duché de Parme. Vendôme déconcerté nepouvait croire à une marche vers Turin à une si grande distance. Il supposa une ruse de. guerre, il poursuivit mollement l'agresseur, s'occupant plus de lui barrer le retour que d'entraver sa marche en avant. Quand il compritenfin la vérité, il essaya de réparer ses retards, de devancer l'ennemi, de lui disputer le passage des défilés ou des rivières si nombreuses dans ces contrées. Chaque fois

(1) Dangeau, 19 novembre 1703,

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il leur tua du monde, il leur prit des traînards^ des bagages, et il envoyait au roi la relation de ces petits succès, qui rassuraient la cour (1). Mais chaque fois aussi Slahrenberg passait; au prix dequelques pertes^ peutêtre mêmede quatre mille hommes, selon lesbulletins réunis de Vendôme, il atteignait son but. Le 16 janvier 1704, il rejoignit à Alba le ducdeSavoie et lui remit une armée capable d'arrêter au moins pour un temps les entreprises des Français.

Tel fut le dernier complément de la GrandeAlliance. Ébauchée par un traité de Guillaume III avec le Danemark, elle s'était organisée par Taccord de l'Angleterre et de la Hollande avec l'Empereur; elle s'était ensuite étendue à la Prusse et aux Cercles de l'Empire; elle se rattachait enfin le Portugal et la Savoie. De quelque côté que Louis XIV portât ses regards, il ne voyait autour de lui que des ennemis déclarés et un protégé onéreux. Huit nations étaient réunies contre lui, et, si l'Espagne ne lui faisait pas la guerre, il avait à faire la guerre pour l'Espagne ; le cercle et le théâtre des hostilités s'étendaient avec le nombre de ses adversaires. La supériorité, qu'il avait en somme conservée depuis trois campagnes, lui échappait par l'impuissance de la soutenir; Theure des désastres allait sonner.

(1) Voir Dangeau, derniers jours de décembre 1703 et janvier 1704.

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