‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 71 sur 136 · LES ALLIES A MADRID · texte numérisé non relu

LES ALLIES A MADRID

dronsde l'armée française de Barcelone, qui rentrait en Roussillon, reprendraient la route d'Espagne par Bayonne ; il l'invita à dominer noblement sa douleur, « étant, lui écrivait-il, du sang dont vous êtes, et dans « le rang où Dieu vous a placé (1). » Philippe V se montra digne de ces conseils. Il courut en poste à cheval de Pau àPampelune, de Pampelune à Madrid, et là il trouva une première récompense dans l'accueil enthousiaste des Castillans. Mais la capitale n'offrait aucune sûreté. Dès que les généraux alliés avaient appris la levée du siège de Barcelone,ils s'étaient mis en mai> che vers Madrid ; ils espéraient y trouver les Anglais de Catalogne, et écraser enfin d'un seul coup sous leurs forces réunies la royauté française. Berwick, trop faible pour livrer une bataille, ne pouvait que les amuser ^ comme il dit, par des manœuvres douteuses, et son but était surtout de s'avancer au delà de Madrid derrière l'Hénarès, jusqu'à Guadalaxara, pour hâter sa jonction avec les renforts de France. Dans cette nécessité, la jeune reine Gabrielle de Savoie se retira sur Burgos avec les Conseils, tantôt ekposée à être prise par des partis d'Anglais, tantôtmanquantdelitou de pain (2), mais toujours intrépide et d'autant plus po* pulaire. Philippe se rendit à l'armée de Berwick, pour se montrer aux Espagnols, et réfuter le bruit, répandu par ses ennemis, qu'il se réfugiait en France* Aussitôt qu'il fut sorti, la plupart de ces grands

(1) (Ewores de Louis XÎV, tome VI.

Lettres de la princesse des Ursins à M'"^ de Mainlenon.

356 PÉRIODE d'expiation. PREMIERE PARTIE

d*Espagne, dont nous connaissons les intentions, écrivirent aux alliés pour hâter leur arrivée à Madrid. Ces lettres étaient nombreuses et signées sans honte. Un historien espagnol (1) affirme qu'il en a eu la copie entre les mains, et que, s'il ne nomme pas les signataires, c'est par ménagement pour les premières familles du royaume. D'autres, impatientés de la lenteur des alliés, allèrent au-devant d'eux; quelques-uns prenaient même la route de la Catalogne pour en ramener plus tôt l'archiduc. Attirés par tant d'assurances, les Portugais et les Anglais entrèrent à Madrid le 27 juin, dans tout l'appareil du triomphe et proclamèrent Charles III ; un détachement envoyé par eux en fit autant à Tolède avec le concours empressé de la reine douairière, veuve de Charles IL Ce fut pour leurs soldats, après les longues marches depuis la frontière du Portugal, une étape dont ils abusèrent. Ils se livrèrent à tous les excès de l'oisiveté, aux vins d'Espagne, à la débauche. Les protestants d'Angleterre et de Hollande se donnèrent la satisfaction de triompher du culte catholique; ils entraient dans les églises le chapeau sur la tête, insultaient aux cérémonies, et bravaient les Espagnols dans leurs sentiments les plus intimes. Un de leurs généraux en chef était le Français

Ruvigny, protestant émigré en Angleterre, fils de l'ancien ambassadeur de Louis XIV, et devenu mvlord Galloway par la grâce de Guillaume III.

(1) Mémoires de Saint-Philippe; voir la Princesse des Ursins, par Combes, chapitre xxi.

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