PHILIPPE V RÉTABLI
gne; elles commencèrent la campagne aux environs deBadajoz, et après s'être promenées en travers des deux Castilles, la finirent aux royaumes de Murcie et de Valence, à cent cinquante lieues de là. Nous fîmes quatre-vingt-cinq camps, et quoique tout se passât sans action générale, nous en tirâmes autant d'avantage que si l'on eût gagné une bataille; car de compte fait, nous fîmes dix mille prisonniers. »
Philippe V et la reine étaient rentrés dans Madrid aux acclamations générales, aux cris de meurent les traîtres! Louis XIV les félicitait de leur rétablissement et de l'amour de leurs sujets. Il leur écrivait : «Vos « ennemis ne doivent plus espérer de réussir, puisque « leurs progrès n'ont servi qu'à faire éclater le courage «et la fidélité d'une nation toujours également brave « et constamment attachée à ses maîtres (1). » C'était là sans doute un de ae^ éclairs de joie que madame de Maintenon était heureuse de ha voir dans ce temps d'épreuves (2). Mais ce n'était qu'un éclair. L'horizon redevenait bien vite sombre et menaçant. Il avait en vain, après Ramillies, offert la paix à la Hollande, consentant, selon le témoignage de Torcy (3), à perdre l'Espagne pour conserver les Deux-Siciles ; les Hollandais avaient repoussé tout arrangement (4). Ses alliés, dont il tenait à gloire de sauvegarder les intérêts,
(1) (Emres de Louis XIV, tome VI.
(2) M'"^' de Maintenon au dac de Noaillefe, 12 août 17O0u '3) Mémoires de Torcy.
(4) Lettre de Ghamillard à Marcin, 15 juin V} page 497.
360 PÉRIODE d'expiation. PREMIERE PARTIE
succombaient pour sa cause^ sans qu'il lui fût permis d'entrevoir par quel retour de fortune il pourrait les relever. L'empereur Joseph P' avait^de sa seule autorité, et contrairement au droit germanique, mis au ban de l'Empire les électeurs de Bavière et de Cologne, ajoutant ainsi la dégradation à la conquête (1) ; et cette dureté n'annonçait que trop le sort qu'il réservait aux princes d'Italie, et en particulier au duc deMantone. Pendant que le roi perdait ainsi ses ressources et ses espérancesl'uneaprès l'autre, ses ennemisresserraient encore leur alliance, par une résolution énergique de traiter en commun ; et l'Angleterre complétait son unité conformément au projet de Guillaume III, et enchaînait l'Ecosseà sa politique, par line convention qui confondait désormais les deux peuples en un seul gouvernement, avec un seul parlement, sous le nom de royaume de Grande-Bretagne. L'accord, débattu dans les conférences de Cockpit, prèsde Whitehall, en avril 1706, fut ratifié par les Écossais en janvier
(I) Dumont, tome VIII : lettres palenles de l'empereur Joseph, 29 avril 1706; décret commissorial du 10 mai 1706.