‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 77 sur 136 · PERTE DU ROYAUME DE NAPLE · texte numérisé non relu

PERTE DU ROYAUME DE NAPLE

préparéqu'ilétailàcelte perte inévitable,dut pourtant n'y pas être insensible; à la fin d'inie année favorable elle lui l'appelait les désastres de 1700; elle nous mène aux désastres de 1708.

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II. — État des cabales h la Cour : parti de la guerre; parti de la paix. — «An* née 1708 : nouveaux désastres. — Expédition manquée en Ecosse. — Bataille d'Oudenardc: p<>rt<' de Lille. — AfTcrniissrmcnt de la domination autrichienne en if a lie.

Avant d'aborder mienoiivelle époque de désastres, et pour les mieux comprendre, il convient de nous rendre compte de l'état des esprits à la cour dç France, et des partis qui la divisaient.

A enlendro Saint-Simon qui se donne pour bien inslruit de toutes ces menées, il y avait trois partis principaux : la cabale de M"™® de Maintenon ou des seigneurs, la cabale du Dauphin ou de Meudon, la cabale des ministres ou des amis du duc de Bourgogne.

A la première appartenaient les favoris de Louis XIV, les amis du présent règne, qui, tenant leur fortune du roi, lui étaient au moins fidèles, sans se préoccuper de Tavenir : le duc du Maine, Boufflers, Harcourt, Huxelles, les deux Villeroi père et fils, Voisin, qui allait devenir ministre de la guerre. Saint- Simon n'y range pas Villars, quoique ce fut une créature de M"^®de Maintenon, parce que Villars « ne douce tait ni de soi ni du roi; il n'était de rien, et aucun « des partis ne le désirait. » Recueillons en passant cet aveu, qui constate dans Villars une cerlaiiie dignité et indépendance.

La cabale du Dauphin ou de Meudon n'offrait rien de bien honorable. Ce prince de petit cœur et de petit

eî^ppit^ vulgainHdâîns-ses <iësecd€c^ 'Oimiœ ♦lanm^e»-^ goA ts^, a^s^it Bai parép«iiG3ec?eerrtfflaiBBÊ i j ae**taBWii^~ seUedlioinuinoicTini?' tiîk'îi'IkKinBei? -le* Â.afmœmm^ de Coati^ <^ii ippinml l>B^MHaftrf•&aawf^^ef•ll.i-^•iJB— avoir <iooiMe-^oii efeti-* "li^r^^- .^ M#-di^«^ t»f'fc<iiiià>r"'r r-' eemment appeJ*^ iii; ecffjifoé^ ^*ri*^e^>Ci^^iri(ii*i€3e^ A? delà du roi. au d^k* Oi. iM^jpitu i«* ^lîieijclAien: k regaedu due de ik^ut^K^u^ liéfUiÉ^ê't>- s^e-Dï. :*urît>nî les premiers, animés de ijoufje> iiiUroûons, el jkmu^ lant daoB des vues uo j#eu élnnlc^et existes, ilsiî ft^i'*-

380 PKRIODK d'kXPIATION. DEUXIEME PARTIE

maienlleciiïc (le Bourgogne ail gouvernement de leur préférence, et lui inspiraient la pensée de réformes favorables d^ni eôlé au soulagement du peuple, et de Tautreau rélablissemeutdela domination des nobles; ils pouvaient « compter le due de Bourgogne à eux envers etcontre tous (1) ».

On devinait déjà leurs intentions aux doctrines politiques du Télémaque, à ces arrêts contre Tambition des conquérants, leluxedes princesetdes particuliers, la puissance usurpée des ministres flatteurs, dans lesquels Louis XIV avait reconnu la critique directe de son gouvernement. Elles sont encore plus apparentes et moins désintéressées dans plusieurs autres écrits de r^énelon, tels que r Examen de conscience sur les de" voirs de la royauté , et les Mémoires particuliers sur un plan de gouvernement, où, à côté de la voix de la religion et du sentiment de Tutilité publique, l'esprit de parti, <le caste nobiliaire, se fait jour et réclame sa bonne part. Dans V Examen , c'est un cas de conscience pour les rois que de ne pas respecter les droits de chasse des seigneurs, et d^ enrichir leiws domestiçues pendsiiU que les vrais îiobles, d'entre les plus illustres maisons, sont dans le fond des provinces réduits à cacher leur misère (2). T>^n%\e Plan de gouvernement j Fénelon interdit l'ordre du Saint-Esprit et celui de Saint-Michel aux militaires sans noblesse; il ne veut que des nobles dans la maison du roi; il abolit la vénalité des

(1) Saint-Simon, tome IV, page 438.

2) Fénelon, Examen de comcimce, paragraphes xx et xxzn*.

cliari>es militaires , mais il demande que les nobles soient toujours préférés pour les remplir^ et dans la magistrature même il conseille de préférer les nobles aux roturiers à mérite égal pour les charges de premiers présidents et de procureurs généraux, les baillis d'épée aux baillis de robe ; les nobles encore, s'il se peut, pour les charges de lieutenants généraux et criminelsdans les bailliages (1). Mais, comme révélation de ces espérances personnelles, rien n'égale la franchise, Tébahissement de Saint-Simon, quand il raconte ses tête-à-tête avec le duc de Bourgogne, les projets de ce prince contre les maîtres des requêtes, les financiers, le mode de perception des impôts, la longueur des procès. Tordre du tableau, et surtout la promesse de rendre à la noblesse sa prépondérance et aux ducs le titre de Monseigneur. « Un magnifique et prochain avenir, s'écrie-t-il , s'ouvrait devant ùioi. Je connus avec certitude un changement de gouvernement par principes, et la chute des tout-puissants ennemis des seigneurs et de la noblesse qu'ils avaient mise en poudre a leurs pieds (2). » Ainsi, dans la pensée de ces réformateurs, la bourgeoisie, qui avait fait la grandeur du règne et la force de la royauté depuis plusieurs siècles, allait disparaître, et le bonheur public des générations futures se fonder sur le rétablissement des privilèges.

(1) Fénelon, Mémoires particuliers^ en 1711, après la mort du Dauphin, lorsque le duc de Bourgogne semble déjà loucjier au trône.

(2) Saint-Simon, ses lête'à'tète avec le Dauphin, tome VI, chapitres VIII et suivants.

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En 1708, ces calculs n'étaient encore qu'une espérance d'avenir et une espérance secrète. Pour le présent, l'importance des deux cabales deMeudon et des ministres était ailleurs. Celle de Meudon passait pour le parti de la guerre. Le Dauphin, qui ne se cachait pas d'aimer peu le duc de Bourgogne, laissaitvoir une préférence notoire pour Philippe V; l'intérêt de ce fils exigeant une protection efficace, il poussait, et ses amis avec lui, à la continuation des hostilités. La cabale des ministres inclinaità la paix. On a'accuséle duc de Bourgogne de jalousie envers Philippe V; il n'approuvait pas, a-t-ondit, que la France se ruinât pour établir un cadet. II aurait pu, sans motif de jalousie, et par la seule considération des intérêts français, éprouver et soutenir ce sentiment. Il parait que déjà, après la prise de Barcelone par l'archiduc, il s'était daont ré favorable à un projet départage entre son frère et l'Autrichien (1). Ses amis n'étaient certainement pas partisans de la guerre à outrance. Fénelon n'élait pas loin de dénoncer la persévérance à combattre comme un y'dXw point d'honneur qui se tournait en déshonneur, et nous le verrons bientôt regretter la victoire de Villuviciosa comme un obstacle à la paix (2). La duchesse de Bourgogne semble n'avoir pas étéin-

(1) Mémoires du marquis de Saint-Philippe ; Combes, Histoire de ta princesse des Ursins, chapitre xx.

(2) Fénelon, au duc do Chevreuse, 3 décembre 1708 : c On ruine et on hasarde la Franco pour l'Espagne ; il ne s'agit plus que d*un point d'honueur qui se tourne en déshonneur s'il est mal soutenu. Ni le roi, ni Monseigneur, ne peuvent venir défendre la France... »

capable d'entretenir chez son mari ces dispositions. Ou a soupçonné cette jeune femme d'avoir eu, dès Venfance^ la dissimulation et Thabiletë politique d^un due de Savoie (1). Aux caresses, à la eonfiaucedu roi et de madame de Maintenon, elle n^iurait répondu que par les apparences d'une fidélité qu'elle u'avait pas. On a du moins de fortes présomptions |>our eroii-e qu elle abusait de la confiance du roi, qu'autorisée par lui a lire par-dessus son épaule, à fureter dans ses papiers^ elle lui dérobait des secrets importants, et les communiquait à son père, pour rompre les desseins de la France et la contraindre à céder. Après sa mort, Louis XIV parcourant les papiers trouvés chez elle t auraitdécouvert les preuves de cette trahisoD,et se serait écrié avec douleur : << Ah ! la petite coquine, elle « nous trompait (5). »

C'était par cette disposition peu belliqueuse que la cabale de Meudon travaillait à discréditer le duc de Bourgogne. Pour atteindre jusqu'à la ]>ersonne, elle exploitait les insuffisances que les amis de ce jeune [)rince eux-mêmes regrettaient de trou %'er encore en lui, certaines petitesses d'esprit, certains goûts vraiment puérils. «Je gémis sans cesse, écrit .Saint-.Si-

« mon dans son discours sur le duc de^Boui^c^e 3;, « de voir des mouches étouffées dans Fhuile^des grains « de raisins écrasés en rêvant, des crapauds crevés

(1) Madame de Caylus : Souveairs en réfatant ce soupçon, atteste au moinâ eon existence.

(2) Mémoirts de NoaiUe».

•3 En 1710, Mémoires, tome V, page 202.

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« avec de la poudre, des hafjalelles de mécanique, le « trop continuel amusement de cire fondue et surtout « de dessins griffon nés, augmenter les insolences par « des problèmes scandaleux. » Le duc de Boia*gogne, amides sciences, en poussait Tétude en détail bien au delà de ce (jui convenait à lui roi; il s'enfermait dans son cabinet avec ses livres, au lieu de chercher dans la vie publique la connaissance des hommes et des affaires. Il était sincèrement pieux, d'inie pureté de mœiu's intacte, grand mérite assurément au milieu de la corruption qui foisonnait tout bas à la cour, et après les exemples de désordres qu'il trouvait dans le passé de sa famille. Mais sa chasteté même le jetait dans des emportements de tendresse pour sa femme, en public, qui le livraient au ridicule, ou lui attiraient des avances regrettables de jeunes femmes légères, sur quoi Saint-Simon exprime IcmémeblàmequemadamedeMaintenon (1). Sa piélé

(1 Lettres do Maintcnon au duc de Noailles, 170() : « La duchesse de Bourgogne est soufl'ranto et soumise à des remèdes. Monsieur son mari est furieux; on no peut appeler autrement la passion qu*il a pour elle ; et je ne crois pas qu'on en ait vu une si dcsagrc^able pour celle qui la cause et pour les spectateurs... Les remèdes les empêchent de vivre ensemble et de là en partie la fureur dont je vous parle. »

Saint-Simon, en 1710, discours cité plus haut:

a 11 serait à désirer que lui (à la duchesse) donnant tout le temps « dont tous deux doivent être contents et si jaloux, et qu'ajoutant à

< leur entier particulier un milieu plus compassé entre la gravité

< et la bonté, la liberté des ))révcnances et des familiarités usurpées « se continssent sur son propre exemple, et lui fissent rendra par « les jeunes dames le respect qu'elles lui doivent en tout lieu et en t tout temps, et dont nulle gaieté n'excuse qui en sort ni qui l'ena dure. »

était étroite. Eu dépit des sages avis de Fénelon, il ne comprenait pas « qu'un grand prince ne doit pas servir Dieu delà même manière qu'un solitaii^eou qu'un particulier (1) ». Sa charité, enchaînée jwr « la frayeur de blesser », le conduisait à une entière ignorance des vices du prochain, et rempèchait de pénétrer les hommes et leur valeur réelle, comme il convient à un roi dans l'intérêt général, d'après le principe que la charité est due au public aux dépens du parliculier. îSa fidélité aux pratiques de dévotion lui faisait confondre Taccessoire avec le nécessaire, et l'éloignait d'assemblées,dedivertissements permis, qu'un prince

Féneion, 15 février 1711, au duc de Ciievreuse : « On dit qu'au lieu de s'être attaché à elle par raison, par estime, par vertu^par fidélité à la religion, il paraît l'être par passion, par faiblesse ei par entêtement, en sorte qu'il fait mal ce qui est bien en soi. »

^1) Fénelon lui écrivait: « Enfant de saint Louis, imitez votre père... La piété n^a rien de faible, ni de triste, ni de gêné : elle élargit le cœur; elle est simple et aimable; elle se fait tout à tous pour lesgagner tous. Le royaume de Dieu ne consiste pas dans une scrupuleuse observation de petites formalités ; il consiste pour chacun dans les vertus propres à son état. Un grand prince, » etc.

Ailleurs (instructions pour M. le duc de Bourgogne adressées à Beauvilliers) : « Je rends grâce à Dieu de ce qu'il lui a donné ce courage pour ne pas rougir de l'Évangite. Il est essentiel qu'un prince de son rang fasse publiquement des œuvres qui excitent les hommes à glorifier le Dieu qu'ils adorent...

« Mais on prétend que M. le duc de Bourgogne va au delà des œuvres nécessaires pour évitertout scandale, et pour vivre avec régularité en chrétien. On est alarmé de sa sévérité contre certains plaisiri. on s'imagine même qu'il veut critiquer les aiilfi?s, et les former selon ses vues scrupuleuses. — En écoutant de tels discours, j'ai compté sur l'exagération du monde: on appelle souvent excessif en piété ce qui est à peine suffisant ; mais je craindrais d'un autre côté que le prince ne la tournât un peu trop aux pratiques extérieures. qui ne sont pas d'une nécessité absolue, n

LOUIS XiV. — T. VI. 2o

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inlelligcnt met au nombre de ses devoirs, ou au moins des convenances. On Tavail vu, un jour derÉpiphanie, refuser après les offices de paraître à un bal de Marly, pour ne pas profaner une si grande fête; une autre fois refuser d'accompagner le Dauphin au spectacle, quand une complaisance bien placée eût été imeaifnable vertu {!) . (jà et là, il lui échappait des paroles qui semblaient être la censure du roi. Fénelon n'hésitait pas à lui reprocher une dévotion qui se tournait à critiquer S071 ffrand'pêre {2) . C'est même par ces inexpériences que s'explique en grande partie la défiance qu'il inspirait par moments à LouisXIVetàmadîime dcMaintenon, et qui retombait sur Fénelon et Beauvilliers regardés comme ses inspirateurs. Quand on savait le roi ainsi prévenu contre les défauts de son petit- 15 Is, les adversaires avaient beaujeu à les exploiter pour leurs intérêts. C'est dans la campagne de 1708 que la rivalité éclata ouvertement, et contribua pour une part sérieuse à augmenter les embarras publics.

Le débutdecette année fa taie futl'avortement d'une entreprise sur l'Ecosse. L'acte de réunion de l'Angleterre et de l'Ecosse en un seul royaume n'avait pas satisfait tous les Ecossais. A en croire Berwîck, une partie notable de la noblesse était prête à se soulever pour le lils de Jacques II. Quelques-uns des ministres de Louis XIV virent dans cette promesse une occasion d'enlever l'Ecosse et l'Irlande à l'héritière de

(1) Fénelon, Instnictions ])oi/r le duc de Bourgogne, adressées à Beaiivilliers.

(2) Fénelon au duc de ClieVreusc, 7 avril 1710.

EXPÉDITION d'Ecosse 387

Guillaume III, de suseileraux Anglais une guerre eivile^elderavir aux alliés l'argent et les troupes de l'An* gleterre (1). Louis XIV y destina six mille hommes de débarquement et une escadre. Berwick ajoute que la menace parut redoutable aux Anglais, alors dépourvus de soldats dans leur île ; la Banque royale de Londres faillit être ruinée par l'empressement des particuliers à venir retirerleur argent. Mais ilaurait fallu le concours sincère de Chamillard, et du ministre delà marine, Pontchartrainfils. Le premier qui avait peur de Berwick Técarta du commandement où semblaient l'appeler sa naissance et ses relations avec les Jacobites; le second allégua sa pénurie pour ne pas fournir les forces maritimes suffisantes. Le mauvais temps apporta une autre difficulté. Pendant que le prétendant était retenu à Dunkerque par les vents contraires, une flotte anglaise eut le temps de se rassembler. L'expédition, partie seulement le 17 mars, rencontra en vue d'Edimbourg un ennemi plus fort qu'elle. Si le comte de Forbin, commandant de l'escadre française^ eût voulu risquer ses vaisseaux, le débarquement eût ^^ été possible; il n'avait, dit naïvement Berwick, qu'à se faire échouer dans la rivière d'Edimbourg; peutêtre ses vaisseaux auraient été brûlés par l'ennemi, mais le prétendant aurait mis pied à terre, ce qui suffisait, avec l'assistance de la noblesse écossaise, pour assurer le succès de l'entreprise. Forbin ne poussa pas si loin le dévouement à Jacques III. Il n'aperce-

(1) Lettre du duc de Chevreuse à Fénelon, 9 avril 1709.

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vaitd'ailleurs aucune réponse de la côte à ses signaux ; il ramena ses vaisseaux, non sans en perdre quelquesunSjàDunkerque. Le premieressaidu prétendant pour reconquérir l'héritage des Sluarts n'avait pas été brillant, il ne lui en resta que le nom de chevalier de Saini- George qu'il prit à cette occasion, et celui de Pr^/^/irf^r que les Anglais lui donnèrent désormais (1). Pours'eu dédommager, il demanda à servir comme volontaire dans Tarmée française de Flandre (2).

En Flandre, la campagne précédente avait él^ bonne, si on la compare aux désastres de Ramillies, par la défensive de Vendôme qui avait empêché Marlborough de faire aucun progrès. Maintenant Louis XIV voulait reprendre vigoureusement l'offensive dans les Pays-Bas; il y envoyait une Ijelle armée de cent trente bataillons et de deux cent seize escadrons, et pour commandant supérieur^ le duc de Bourgogne assisté de Vendôme ; il comptait sur la présence du jeune prince pour relever les esprits abattus par les malheurs précédents. Averti que le prince Eugène rassemblait une armée sur la Moselle, il avait prévu que cet ennemi se porterait au secours de Marlborougli, ou queMarIborough irait rejoindre Eugène pour agir sur le Illiin; en conséquence , il avaitprescrit au duc deBourgogne,età Berwickchai^ j celle année de l'armée d'Alsace, de se tenir en corn* munication permanente, et de s'envoyer à propos les

(1) Saint-Simon^ tome IV. Dangeau, 3 avril 1708.

(2) Mémoires de Berwick, an 1708, à la fin.

BATAILLE d'OUDENARDE 389

renforts que les dangers de Vun ou de Tautre rendraient nécessaires (1). De tous ces préparatifs, de tontes ces coml)inaisons^ ne pouvait-on passe promettre le succès?

Le plan aux Pays-Bas était de reporter les hostilités sur la Meuse, pour avoir des champs de bataille plus favorables à la cavalerie, soulager la Flandre, et éloigner Tennemi des chemins qui menaient en France; il parut d'abord réussir. Marlborough, refoulé dans le Brabant, neput empêcher les Franeaisde reprendre Gand et Bruges (5 et 6 juillet); de simples détachements suffirent à ces exploits, et le bon accueil fait par les habitants aux vengeurs de Philippe V était comme une consécration de sa royauté parle consentement des populations. La consternation des autres villes invitait à les attaquer ; rien ne paraissait mieux indiqué que l'occupation d'Oudenarde pourôter aux alliés leur unique passage sur le haut Escaut, et les couper des villes de la Lys, Courtray et Menin. Par malheur, Mariborough se dirigeait vers TEscaut pour reprendre Gand; Eugène avançait à marches forcées pour le rejoindre; et si Berwick, conformément aux recommandations du roi, accourait de son côté vers le duc de Bourgogne, on ne pouvait^ quelle que fût sa diligence, recevoir son assistance avant cinq ou six jours. Dans ces conditions^ il ne convenait pas aux Français de s'attacher au siéged'une ville ; il fallait au plus vite repasser l'Escaut avant que

1) Pelet, tome VIII : lettre du roi à Vcndômi», 29 mai 1708,

Marlborougheûtatteint ce fleuve, et le contenir dans leBrabanl. Ici commencent les fautes, et la première fut de Vendôme. Trop confiant en ce qu'il croyait avoir d'avance sur l'ennemi, il perdit trois jours à boire et à dormir (1); et quand enfin l'armée commença à passer l'Escaut à Gavre, on apprit que Mariborough le passait déjà au-dessous et au-dessus d'Oudenarde sur des ponts qu'il avait eu le temps d'établir. Le duc de Bourgogne pressa la marche pour contrarier l'opération, mais il était trop tard, a Lorsc< que la tête de l'armée française arriva à la portée c( d'Oudenarde, on trouva les ennemis déjà passés en c< si grand nombre que leurs débouchés étaient assuccrés; et ils eurent le temps de s'y poster dans un c( terrain avantageux, formant une espèce d'amphi- « théâtre environné de ravins, de bois et de haies. « On était si près les uns des autres, qu'il ne fut plus a possible de reculeî' ; une affaire générale devenait a inévitable (2). »

Les fautes s'accumulèrent les unes sur les autres. Le combat se donna sans ordre et en détail, à mesure que les troupes françaises arrivaient, «et tout devint com*- (c bats particuliers sans nulle correspondance des uns «avec les autres. » L'infanterie ne put combattre que séparément ; la cavalerie était en grande partie réduite à l'inaction par la difficulté du terrain; l'espace faisant défaut, il y eut plus de la moitié de Tar-

(1) Mémoires de Noailles.

(2) Général Pelet, tome VIII. Nous croyons plus sûr d'emprunter textuellement l'exposition do ces faits à un homme du métier.

mée <|ud .n^tânsnt ^smoins tàe ia : àatêe , san&a^ r iptm-

/ogef ((] i. A 'entendre ^^endonte. -aes sisnBGBTTres.-«c^s tenla1ih«& fuirent touf ou-^ ccmtissrieefi |Mrr ées iciftoifis dudue'âf'BouiqpPQ^rnequi iuiolif«eâatcsix,|iattr agir, lUtiiïictLiuirufisiieeu im^natitsiaiy^q i^* traTcsWnieM pouitLanl^anî* dimrmaye , lanliil là^éeifiAes qui oWikâJiikiiÉt «çue àm» leur ixïmpnmijum. îLm valeur la pies liéroûigiie -san^^ «nsemiik' dfsvHÎl iéi«e ïb»puissanll^ aûsÉne les oamiiiiiaisnniB d^ aliiêî* : ïm-

poumae die flai£iiiti@t»v'^ «oaÊ^&nmkssÊ^^ÊmMT Janm^H tenir, élaii touj^in^ mme&ée ^ini un ieii fkmàÊÊàmkit et mîauiL oo^rî'i €ft |iar iiae e^^nderîe jiàu!^ tààÊSfti ^ifSfn fois eUe s'araiiea eonti^e le§ pfisfiiaiK < hw iirii ^ momeot elle poussa îtisqa^a une demHbejiie. €!l #e|it fois elle fut refoulée. Elle aUaôt élre d^Miffdée de toutes parts, quand la oiiit arrirant mît fin an eonnbat; il durait depuis trots heures de raprè&-4nîdi (11 juillet 1708).

Il avait été san^ant, un des plus rudes de fai guerre, mais il n'était pas décisif. La perle de Tenneini égafaût celle des Français : trois mille hcMiiines selon k^ évaluations les plus probables. Les Français n'avaient perdu ni artillerie^ ni drapeaux, ni étendards, ni ba-

(1) La comparaison est de Vendôme, dans la lettre écrite au roi pour sa justification.

(2^ C'était une préoccupation de Louis XIV, même avant l'ouverture des hostilités: lettre du roi à Vendôme, 20 mai 1708 : Pelet, tome VIIL

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gages (1). Plus de cinquante de leurs bataillons et près de cent quatre-vingts escadrons, qui n'avaient pas donné, étaient intacts et en état de reprendre la lutte. Vendôme était d'avis de ne pas quitter le champ de ba* taille, et de recommencer le lendemain. Cet avis, pour avoir été soutenu avec emportement et en termes insolents contre le duc de Bourgogne, n'en est pas moins encore aujourd'hui jugé comme le meilleur par les hommes du métier. Il ne fut pas du goiit des officiers généraux qui opinèrent pour la retraite immédiate. Vendôme avait commis la première faute en tardant à passer l'Escaut, le duc de Bourgogne en commit une aussi grave en se laissant entraîner par les officiers généraux à ordonner la retraite. C'est alors que commença la vraie déroute. Une partie des troupes découragées se dissipa dans diverses directions, les unes vers Tournay, les autres vers Lille, d'autres vers Ypres; pour ces trois villes seulement Berwick en compte neuf mille. En même temps Marlborough, qui ne songeait qu'à se retrancher sur le terrain conquis, voyant ses adversaires lui céder la place, expédia des partis à leur poursuite, qui ramenèrent des prisonniers nombreux, neuf mille encore selon Berwick, dont trois cents officierset quelques ofliciers généraux. Le gros de l'armée marcha toute la nuit à travers beaucoup d'inquiétudes et de dangers pour les princes ; arrivé sous Gand, on se retrancha comme (les vaincus derrière le canal de Gand à Bruges.

,1) Relation do d'Arlagaan ; Pelel, tome VIII, page 386.

« Cet événement, dit un historien militaire (1), changea bien la face des affaires. Avec une armée fort supérieure nous nous trouvâmes réduits à une défensive timide et difficile. » Elle fut difficile surtout par le défaut d'accord des généraux français, etlepeude concert de leurs opérations. Le prince Eugène avait assisté et pris part de sa personne à la bataille d'Oudenarde, sans son armée à qui il avait du laisser le temps de se rassembler derrière lui sous Bruxelles et Louvain. Son projet était de la réunir sans délai à celle de Marlborough pour entamer, à efforts communs, le territoire français, et prendre une ville de la frontière de France, Ypres,Tournay>Mons ou Lille. Pendant que les deux alliés poursuivaient inflexiblement ce plan de jonction, les troupes françaises restaient dispersées à de grandes distances, et ne savaient pas convenir d'opérations communes. Le duc de Bourgogne demeurait sous Gand dans la pensée, également partagée par la cour, que tant que Ton conserverait Gand et Bruges, Tennemi serait impuissant à assiéger une ville française ou à s'y maintenir après l'avoir prise (2). Berwick, arrivé quelques jours après la bataille, n'avait pas rejoint le duc de Bourgogne; il avait cru plus pressé de mettre en état de résistance les villes françaises qui paraissaient mena<5ées, et d'y répartir une bonne partie de ses bataillons. Grâce à cette séparation des deux armées, et à cet afïaiblisse-

(1) Polet, lome VUI, page 38.

(2) Voir sur ce sujet les lettres de Louis XIV, de Bergeyck, dans Pe!et. tome Vlli, pages 397 et suivantes.

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ment de eellede Berwick, Marlborough s'enhardissait à lancer des partis sur T Artois et la Picardie, ponry établir la contribution. Ces ravageurs brûlèrent un faubourg d'Arras, parurent à Lens, pénétrèrent jusqu'à DouUens, Péronne, Saint-Quentin. L'Artois subit une imposition de 1 ^700,000 livres, que Louis XIV autorisa ses sujets à payev pour éviter (T être brûlés (1).

On ne sut pas davantage rompre le plan de jonction (les ennemis.Outrele nombre suffîsantde troupes pour le siège d'une grande ville, il manquait à Marlborough l'artillerie et les munitions. Eugène, qui les rassemblait à Bruxelles, avait à craindre, pour les transporter à leur destination, de se heurter contre les Français. Berwick, par deux fois, proposa Li réunion deson armée avec celle du duc de Bourgogne, et une marche d'ensemble vers la Dender pour surprendre et disperser les convois, ou couper les deux armées ennemies, retenir Eugène dans le Brabant, et empêcher Marlborough d'y rentrer. La première fois, Vendôme objecta que sa position à Gand était bonne, que les menaces de siège n'étaient qu'une feinte pour le déposter; il ne remua pas ; la seconde, il affecta de craindre pour Bruges, s'il s'éloignait de Gand; il ne remua pas davantage. Les convois passèrent ainsi librement ; le dernier était composé de soixante-dix pièces de vingt-quatre livres de balle, de plusieurs autres de seize et de douze livres, de soixante mortiers, de cinq mille chariots chargés de munitions. Ces masses arrivèrent de

(1) Louis XIV au duc de Bourgogne, 30 juillet 1708.

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396 PÉRIODE d'expiation. DEUXIEME PARTIE

hommes de milice bourgeoise, distribués en quatre régiments, partageaient les travaux de la garnison. Mais les ressources des assiégeants étaient grandes. Eugène conduisait lesattaquesaveceinquante-deuxba taillons; Marlborough se tenait en observation avec soixantedouze bataillons et cent vingt-quatre escadrons. Il ne convenait pas de laisser les assiégés à eux-mêmes; une armée de secours était indispensable. Louis XIV ordonna au duc de Bourgogne de rallier l'armée de Berwick et de marcher au secours de Lille. Aussitôt les incertitudes, les rivalités d'opinions, recommencèrent. Le duc de Bourgogne était d'avis de marcher sans perdre de temps. Vendôme au contraire croyait utile de laisser l'infanterie des ennemis s'émousser au siège ; Lille pouvant tenir plus de trois semaines, ce délai suffisait bien à préparer la délivrance. A mesure qu'on avança, et quand on eut rallié Berwick, les sentiments changèrent des deux côtés; on agita divers projets qui relardèrent la marche. Lorsque enfin on fut arrivé à Mons-en-Puelle et qu'on eut considéré la position des ennemis, ce fut Vendôme qui demanda l'attaque immédiate, ce furent le duc de Bourgogne et Berwick, de concert avec la plupart des lieutenants généraux, qui s'y opposèrent. Vendôme, furieux, écrivit au roi que la bonne volonté de son armée devenait inutile par les conseils du maréchal de Berwick et de plusieurs lieutenants généraux, et demanda son congé. Berwick écrivait à Chamillard : « Il est triste de perdre Lille, mais il est encore plus triste de perdre l'unique armée qui nous reste, ou qui puisse arrêter

SIÈGE DE LILLE 3f>7

Tennemi après la perte de Lille. » Entre deux sentiments si opposés, le duc de Bourgogne décida qu'il convenait de les soumettre au roi, et d'atlendre ses ordres.

Louis XIV, par un instinct tout français, ne cessait dans ses lettres de pousser à Taction au risque d'uii mauvais succès : « Ce mauvais succès, disait-il à son petit-fils, serait moins déshonorant pour votre personne et pour Tarmée que la démarche de ne vous étreapproché desennemis que pour leur voir prendre Lille. » Il lui fut donc fort désagréable d'apprendre que ses oixlres étaient encore ajournés^ et qu'il avait à se prononcer de nouveau. Il expédia saos délai CIuh mil lard en Flandre pour signifier sa volooté^ et pcMiitant vérifier la situation et se cooformer aux mescutfi» qu'elle exigerait. Le résultat de Veoquêle tut tftste. Le débat en présence du mioLstre n'aboutit qu^à hû faire reconnaître qu'il était trop Uird^ que k U;Êm^ perdu dans les marches aolérkfut«^ avait yn^timâh^ ennemis pour perfectionner leun» f^etr>ttebci«iitnit». Comme le roi exigeait une l^ataille^ on te&ia UB mmu^ lacre d'attaque pour déniontr^ qu^il était im^o^M^ d'attaquer. On seportadeMon^-en^'Fuelleà Poot-^ Marck avec des alluresd'agression.P<^it-étrerennemi se voyant menacé suspendrait-il le i^^e pour ne veil* 1er qu'à sa défense ; peut-être cette suspension^ a raj>proche de la mauvaise saison^ le réduimit-elleâ aban* donner ses travaux. Pauvre espoir! On ne découvrit aucun chemin sûr pour l'aborder, et l'essai du canon sur ses retrancliements démontra leur solidité. Ven-

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dôme lui-môme déclara qu'il renonçait à tout acte de vigueur, et le roi se résigna (1). Si le secours de Lille par une bataille était décidément impossible, il convenait de le tenter par d'autres moyens; celui d'introduire des renforts dans la place fut reconnu impraticable; on trouva plus raisonnable de faire la guerre aux convois de munitions et de vivres, principale ressource des assiégeants, dont la privation les réduirait à la retraite. Des mesures furent prises pour fermer l'Escaut de Tournav à Oudenarde et les routes d'Atli et de Bruxelles. Celte manœuvre échoua comme les autres. Une flotte venait de débarquer à Ostende des troupes anglaises, et une grande quantité de munitions (22 septembre 1708). Marlborough, qui en avait grand besoin, envoyait pour les recevoir sept cents chariots avec cinq mille hommes d'escorte, et en disposait dix mille autres sur le chemin. Leduc de Bourgogne, persuade quede ce convoi dépendait le sort de Lille, expédia pour l'arrêter le comte de Lamothe. Lamothe était un maladroit qui allait devenir célèbre par son incapacité morne. Il ne fut pas averti du départ du convoi; quand il connut la vérité, il voulut courir après; à Wy nendal il rencontra entre deux bois des troupes qui lui étaient inférieures en nombre; il les attaqua si sottement qu'il fut battu. Il s'en excusa, il est vrai, par la désobéissance et la lâcheté de son infanteriequi avait fait feu au lieu d'userde la baïonnette, et avait pris la fuiteà la première déchargede l'ennemi,

1) Mémoires de Derwick : Polet. lome VIII.

mais le convoi passa et arriva àMenin oùMarlborough le reçut comme un gage de la prise de Lille (29 septembre 1708). On ressentit vivement à Versailles Taffrontet les conséquences de cet échec, a II n'est pas naturel, écrivait Chamillard à Berwick, qu'étant (vous) maître du pays et des places avec une armée du moins égale à celle des ennemis, ils fassent passer tous leurs convois et prennent Lille sans que le duc de Bourgogne y forme aucun obstacle. Le public peu charitable en attribue la cause au peu d'accord qui est entre M. de Vendôme et vous (1). »

Un seul homme, à ce moment, soutenait Thonneur des armes françaises et commandait le respect et Tudmirationà tous. Le vieux Boufflers, jeune encore d'activité, de vigilance, de force et de bravoure, étonnait à la fois les habitants de Lille par ses soins paternels, les soldats par sa présence à tous les dangers, les assiégeants par la vigueur indomptable de sa résistance. Il avait établi une sage distribution de vivres, pain, vin, viande, qui garantit jusqu'à la fin le nécessaire à chacun; lui-même il vivait comme les soldats^ Une se couchait pas ou dormait tout habillé; une fois, après une blessure à la tête, il refusa de se laisser soigner pour ne perdre, disait-il, ni forces, ni temps; il fallut une sorte d^émeute de la population et des soldats pour le décider à garder la chambre vingt-quatre heures. Harcelé par le prince Eugène, le plus entreprenant des ennemis, il rendait coup pour coup. Sor-

^1) Pelet, tome VIH, page 465.

lies fréquentes, grauds combats contre les tentatives d'assaut, retours acharnés contre tous les progrès des assiégeants, aucun effort, aucun sacrifice ne le lassa depuis le 15août jusqu'au 23 octobre. «Toutfutdisputé pied à pied tant que chaque pouce de terre le put être(l). » La nuit on réparait aux remparts les brèches de la journée; quand des pans entiers de murs eurent été abattus, on les remplaça par de gros arbres et des grilles de fer. A quelques jours de distance, si Ton n'avait pu le faire plus tôt, on revenait sur les positions perdues pour les reprendre. Use livra quinze grands combats, sept entre autres pour la défense du chemin couvert ; dans un, Eugène fut blessé si grièvement à la tèle, qu'il dut pendant quelques jours se laisser remplacer par Marlborough, et que, à Versailles, on le disait trépa?ié (2); dans un autre, cinq mille ennemis restèrent morts. On évalue à dix mille blessés et à dix-huit mille morts les pertes des assiégeants pendant les trois mois. Un renfort inespéréétait venu fort a propos, le 28 septembre, fortifier la constance de Boufflers; un chevalier de Luxembourg avait réussi par une ruse hardie, à la faveur d'un déguisement, à introduire dans la place deux mille cavaliers, deux mille fusils et quarante milliers de poudre (3); et ce chevalier, fidèle à son succès, figurait à la tête des plus intrépides défenseurs. Le 10 octobre encore, après quatre attaques inutiles sur le chemin couvert, lésas*

(1) Saint-Simon.

(2) Dangeau, 5 octobre 1708.

(3) Pelet, tome VIII, page 107.

siégeants culliiités par quatre cents dragons, ne paraissaient c< pas plus avancés » que le premier jour. Mais si la vaillance deBoufïlers n'avait pas de bornes, il ne pouvait se dissimuler à lui-même que les ressources matérielles étaient bien près de lui faire défaut. De sa garnison dedixmillehommes, il ne lui en restait plus que cinq mille cinq cents, et à peine quarante milliers de poudre. C'était peu pour continuer à défendre une aussi vaste étendue de remparts d'ailleurs entamés profondément. Il considéra qu'il pourrait au moins tenir encore dans la citadelle seule, et c'était aussi l'avis du roi, et arrêter assez longtemps les assiégeants pour donner à une armée de secours mieux inspirée le loisir d'arriver à son aide et de le délivrer par une diversion heureuse. Il offrit donc de capituler pour la ville seule, si on lui faisait des conditions honorables. « J'accorderai tout ce qui sera compatible avec « mon devoir, » répondit Eugène, plein de respect et d'admiration pour les grands mérites du vaincu. Boufflers fut libre de renvoyer dans les villes françaises ses malades, ses blessés, les cavaliers du chevalier de Luxembourg, de transporter tout ce qu'il pourrait dans la citadelle et d'y continuer la résistance(23 octobre 1708). Toutefois il ne voulut rien décider sans le consentementduducdeBourgogne, commandant supérieur de l'armée de Flandre; il lui fitporter le projet de capitulation. Le duc dé Bourgogne campait alors à Tournay; quand arriva l'envoyé de Boufflers, il jouait à la paume, son jeu favori; malgré l'urgence de l'affaire, il continua sa partie au grand étonnement de

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tous les assistants, et, seulement quand ellefut finie, il prit connaissance du message, et y répondit par son approbation et force louanges pour Boufflers. Il était loin, le pauvre jeune prince, d'enmériterautant pour lui-même. Inexpérience, enfantillage, ou insensibilité au\ malheurs publics, dequelque nom qu'on qualifie cette conduite dans un général en chef, elle ne pouvait que fournir de nouvelles armes à ses ennemis qui en usèrent, et Thistorien la croirait forgée par la haine de parti, si elle n'était attestée avec insistance par Saint-Simon qui la déplore (1).

On ne consentait pas encore à regarder la campagne comme finie; on ne désespérait pas d'une revanche; il en coûtait trop de s'arrêter sur une défaite. Puisque Boufflers croyait possible la continuation de la résistance, il n'y avait qu'à le seconder par quelcpie entreprise énergique. On agita différents avis : barrer l'Escau ta Marlborough, et intercepter les convois dont les alliés tiraient toute leurforce,etqu'ils ne pouvaient recevoir que par Ostende; menacer quelque grande ville des Pays-Bas, Bruxelles par exemple, pour attirer à son secours les troupes engagées devant la citadelle de Lille; l'électeur de Bavière poussait même la simplicité jusqu'à s'imaginer que les habitants de Bruxelles, à son arrivée, accourraient enfouie auprès de leur ancien gouverneur. Toutes ces combinaisons échouèrent. Bruxelles ne se laissant pas surprendre , il fallut en préparer le siège. A cette nouvelle, Mariborough

(1) Saint-Simon, tome IV, chapitre xx, page 239.

et Eugène, avec legrosde leurs troupes, passèrentrEscaut malgré les fanfaronnades de Vendôme et à son insu, et avancèrent rapidement dans la direction de Bruxelles. Le choc fit reculer Tarmée du duc de Bourgogne des environs deTournay à Douai; quant à rélecteur il se retira de Bruxelles avec tant de précipitation qu'il abandonna son canon, ses munitions de guerre et de bouche, tous ses blessés et malades. Boufflers seul, quoique toujours investi, faisait une fière et utile contenance. Alors le roi perdit patience. On pourrait appeler cette année Tannée des fautes; après celles de Vendôme, de Bourgogne, de Berwick peut-être, le roi en ajouta une qui leur servit de complément parcequ'elle consacra leurs conséquences (1). La citadelle de Lille tenait toujours; les alliés étaient rassemblés en corps d'armée fort rapprochés les uns des autres. Le roi envoya au duc de Bourgogne Tordre de séparer ses troupes pour leur donner le repos qu'elles avaient bien mérité. Il recommandait bien de garnir les villes importantes, et en particulier Gand et Bruges, mais il n'eût pas été moins utile d'en protéger les approches par des campements qui leur auraient servi de premiers remparts ; c'était l'avis de Vendôme, et cette fois Berwick le trouve bon sans hésiter. Le roi passa outre ; le 8 décembre la séparation était faite et les ducs de Vendôme et de Bourgogne étaient

(I) Mémoires de Berwick : « Ainsi finit celte campagne d'autant plus malheureuse qu'elle ne devait pas Tôlre. Il fallut, pour la rendre telle, que nous fissions sottise sur sottise; et malgré tout cela, si Ton n'avait pas fait la dernière, on aurait eu beau jeu l'année d'après. »

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immédiatement rappelés à la cour. Le lendemain la citadelle de Lille capitula; ce résulta tétait prévu; mais ce que le roi n'avait pas voulu entendre apparut dans sa triste réalité; le vainqueur se trouva le maître du pays, libre de manœuvrer et d'entreprendre à son gré. Il n'y avait plus de corps d'armée français pour lui disputer le chemin. Sans hésiter, il se porta sur Gand, la ville qui, par sa situation, était la clef des rivières et des canaux et la route de ses convois. Dès le 13, Marlborough parut devant Gand ; Eugène^ le 18, compléta l'investissement. Le malheureux Lamotlie était chargé de la défense; il avait une belle garnison, il croyait surtout avoir pourvu à tous les besoins par des approvisionnements. Déconcerté par la vigueur de l'attaque, il se vit déjà prisonnier de guerre s'il s'obstinait à irriter l'ennemi. 11 capitula avec les honneurs de la guerre le 30 décembre. Bruges fit comme Gand dans la nuit du P^ au 2 janvier. Comme tout venait à point aux alliés I Trois jours après commença l'hiver de 1709, qui allait rendre impossible tout campement au dehors, tout remuement de terre, toute opération militaire, et qui les força eux-mêmes à séparer leurs troupes.

La rémunération que le roi assigna aux principaux auteurs des événements de la campagne parait assez justement proportionnée. 11 disgracia véritablement Vendôme, lui retira les honoraires de général d'armée, et réconduisit successivement de Marly et de Meudon.Le duc de Bourgogne fut épargné. II était, de l'aveu deFénelon, fort décrédité auprès des mili-

taires perses jeux indécents, sa paresse à mon ter à cheval, ses hésitations à prendre un parti. II s'était fait tort à se tenir renfermé au lieu de se communiquer aux officierset aux soldats, à ne pas garder le secret de ses délibérations (1). La cabale de Meudon avait tout exploité, jusque dans les gazettes, pour TéloufTer au moins sous le ridicule. Il échappa cependant par Tart de sa femme et de Fénelon. La petite duchesse, par M""® de Maintenon, avait lenu le roi en garde contre ces accusations. Quoiqu'elle eût peu de goût pour la personne de son mari (2), elle comprenait qu'elle n'était rien sans lui, et que sauvegarder l'importance de l'un c'était sauvegarder l'importance de l'autre. Fénelon avait de plus donné à son élève le conseil d'aborder franchement le roi , d'avouer ses fautes, mais aussi de mettreen lumière tous les obstacles qu'une cabale ennemie lui avait suscités. Il suivit cette marche et s'en trouva bien ; il reçut la promesse d' un commandement pour l'année suivante. De récompenses, il n'en pouvait être question que pour un seul

(1) Correspondance de Fénelon, lettres au duc de Bourgogne et au duc de Chevreuse, septembre et octobre 1708.

(2) Il faut bien citer ici le texte d'un ami dévoué, de Saint-Simon, qui mérite d'être cru par son attachement. Gela dérange un peu des idées toutes faites, mais l'histoire ne doit se proposer que la vérité : (( Je ne crois pas qu'elle eûjt du goût pour la personne de monseigneur « le duc de Bourgogne, ni qu'elle ne se trouvât importunée de celui « qu'il avait pour elle. Je pense aussi qu'elle trouvait sa société pe- « santé et d'un avenir qui le serait encore plus. Mais parmi tout (( cela elle sentait le prix et l'utile de son amitié, et de quel poids « serait un jour sa confiance. Elle n'était pas moins touchée de sa « réputation, d'où dépendait son poids pendant bien des année*. » Saint-Simon, tome IV, page 196.

homme. Bou(fl€u^s occupait alors radmiration générale. Les honnêtetés des ennemis avaient précédé les faveurs du roi. Le prince Eugène, après la capitulalion, avait tenu à honneur de faire le premier visite au maréchal. Il l'avait placé à côté de lui pendant le défilé, l'avait reçu à sa table avec les officiers généraux et leur avait fourni des voitures pour se rendre à Douai. A Versailles, le roi déploya envers Boufflers toutes les délicatesses de cette grâce où il excellait, et qui fascine quelquefois jusqu'à Saint-Simon. Il lui laissa le choix des récompenses. Le maréchal se défendant de rien demander, de rien désirer: «Voici, c( lui dit-il, ce que j'ai pensé; je vais vous le dire afin de c( savoir ce que je pourrais y ajouter pour vous satisc( faire. Je vous fais pair, je donne à votre fils la survi- (cvance du gouvernement de Flandre, etj'y joins pour c( vous les grandes entrées qui sont celles des premiers «gentilshommes de la Chambre (1). » Le maréchal tomba à genoux en se déclarant comblé, et dans cette cour si envieuse il n'y eut personne qui trouvât la faveur supérieure au mérite. La France entière y applaudit comme à une réparation de son honneur. Un ravon de sa vieille gloire lui apparaissait dans l'éclat du défenseur de Lille, qui attestait qu'en dépit des humiliations etmêmedes fautes, elle était toujours la mère des grands hommes, la terre de la vaillance et du désintéressement.

La campagne n'avait pas été également malheu-

(1) Dangeau, 16 décembre 1708.

relise sur tous les points. En Espagne, le duc d'Orléans avait fort avancé la soumission de la Catalogne par la prise de Tortose, de Balaguer et autres bourgs fortifiés, pendant que son lieutenant le chevalier d'Hasfeld occupait Dénia et Alicante dans le royaume de Valence. Mais un fâcheux soupçon s'élevait contre lui, d'avoir combiné avec les seigneurs mécontents et les Anglais un projet de démembrement de la monarchie espagnole qui le constituerait lui-même roi de trois provinces (1). La défiance de ce complot, dont la moitié au moins a été confirmée par ses aveux à Saint- Simon et à Louis XIV, rendait bien difficile son retour en Espagne. Du côtédes Alpes, Villars avait soutenu, sans trop de dommages, une défensive laborieuse contre l'insatiable ardeur de Victor- Amédée à envahir le territoire français. S'il avait perdu Exilles et Fenestrelle, il avait conservé la Savoie et forcé son adversaire à s'éloigner de Chambéry en incendiant les moissons de ses sujets. Mais ce qui devenait vraiment considérable, c'était l'usage que l'Empereur faisait de sa victoire en Italie, et son projet évident de rendre à l'empire germanique son ancienne étendue, et à la maison de Habsbourg sa prépondérance, sous couleur de préserver l'Europe de la domination française.

A la suite de la conquête de Naples, Joseph P' avait

(1) Voir Combes, Histoire de la princesse des Ursins. Ce complot, que les amis du duc d'Orléans affectent de représenter comme une invention de la haine de M"»° des Ursins contre le prince, est clairement et heureusement discuté et élucidé dans le chapitre xxviii.

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mis la main sur les Etals de Mantoue, comme sur un fief éelîu au suzerain par la révolte et la défaite du vassal. Il lui fallut en abandonner une partie, le Montferrat, au duc de Savoie, à titre de fief impérial, sans quoi Victor-Amédée, las d'attendre son salaire, menaçait de quitter la coalition; mais il s'adjugea le reste, le Mantouan proprement dit, qui est demeuré depuisce temps propriété autrichienne. Au mois de juin 1708, par un décret promulgué à la diète de Ratisbonne, il notifiaàritaliesavolontéderétablirau delà des Alpes Tancienneautorité impériale des Othon et des Barberousse. Il entendait reprendre, dans cette contrée,tous les fiefs usurpés, examiner l'aliénation des autres. Il déclarait abusif l'hommage de Naples et de la Sicile au saint-siége, niait au pape le droit de nommer aux évêclîés et au très bénéfices dans ce royaume, et sommait le souverain pontife de faire raison au duc de Modène des usurpations dont se plaignait ce prince. C'était sa vengeance contre Clément XI, qui, dans l'affaire de la succession d'Espagne, en évitant de se prononcer ouvertement pour Philippe V, avait encore moins servi les intérêts de l'archiduc Charles; et telle est aussi la mesure, la valeur réelle du prétendu dévouement de l'Autriche à la papauté; respectueuse, filiale même quand elle trouve son compte temporel àrallierautour d'elle les catholiques; hostile et prête à toutes les violences quand le saint-siége se rencontre comme un obstacle sur son chemin. Le pape s'émut; il invita les princes d'Italie à considérer le danger qui les menaçait, à former une ligue pour leur défense. Il pressa

Louis XIV d'y entrer, et obtint que le maréchal de Tessé fût envoyé en Italiepour sonder les dispositions des princes. Il fit des levées dans lecomtat Venaissin, fortifia plusieurs places, et put croire un moment que ses.forces lui suffiraient; il n'y avait alors qu'un petit nombre d'Impériaux dans l'Italie centrale, la masse était dans les Alpes à combattre pour Victor-Amédée contreVillars.L'accueilfaitàTesséparGênes, Venise, Florence, semblait aussi promettre desalliés ; Venise surtout, qui avait tant favorisé les entreprises de l'Autriche, en devait être d'autant plus aux regrets qu'elle était maintenant la pkis menacée^ Ces apparences furent entièrement démenties à la fin de la campagne. L'Empereur s'était d'abord occupé de conquérir pour sa maison l'île de Sardaigne (août 1708). Quand il fut maître de cette province espagnole, et les Anglais, ses alliés, deMinorque^etPort-Mahon, le fort de la guerre

retomba sur l'Etat ecclésiastique. Les Impériaux, revenus des Alpes, y eurent sans peine la supériorité du nombre; les alliés manquaient au pape; Gênes seule

avait armépoursa défense; lesautres Etats, gagnés par lemarquisdePrié, agent de l'Empereur, s'étaient bien gardé de provoquer un ennemi à qui tout semblait réussir (l).Pendantque les troupes pontificales, abandonnées à elles-mêmes, ne pouvaient soutenir aucune lutte sérieuse, les Impériauxlevaient à leurgré descontributions, et vivaient àlatariare aux dépens du pays. Le pape fut réduit par les plaintes de ses sujets autant

(1) Pelet, Mémoires militaires, tome VllI.

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que parles menaces de ses ennemis, à admellre dans Rome le marquis de Prie et à entier en négociations avec lui. Sur ces négociations il n'y avait pas d'équivoque : FEmpereur exigeait avant tout que le pape reconnûtla royauté deCliarles III en Espagne. Envain Tessé essaya^ par rironie plus que par le raisonnement, de |)rouverqu'il neùdlixiii^SLSïaeilre la crainte à /a place (le la religion y de T honneur et de la justice {}). La royauté de Philippe V n'était pas un dogme, ni un droit divin, qui engageât la conscience, et pour lequel le chef de rÉglise dût mourir; ce n'était qu'un fait soumis, comme tout ce qui est humain, aux vicissitudes et aux nécessités des temps. Clément XI voyait Ferrare et le fort Urbin bloqués, ses cotes menacées par les flottes alliées, ses Etats livrés au\ exécutions militaires du plus fort; il avait le couteau sous la gorge; il céda, et reconnut Charles III pour roi en Espagne; ils'engagea à désarmer, à ne garder que cinq mille hommes dont cinq cents cavaliers, et à laisser le passage libre par ses Etats aux troupes impériales. L'Autrichien joignit l'insolence à l'oppression ; il n'eut pas même la pudeur d'exécuter pour sa part le traité, ni de respecter l'humiliationdu vaincu. Prié laissa continuerencore quelque temps les ravages des Impériaux ; et quoique le pape eût défendu expressément, dans cette calamité^ tout spectacle et tout plaisir dans Rome, il se permit de donner la comédie et un bal dans son palais^ sous

(1) Lettres de Tessé^ recommandées par Saint-Simoa comme pièces curieuses.

prétexte qu'engagé envers les dames il ne pouvait manquera sa parole.

En quatre mots, l'Espagne réduite pour toute possession extérieure à la Sicile, la domination impériale rétablie en Italie, la suprématie anglaise sur la Méditerranée consolidée par la conquête de Minorque, et le territoire français entamé par la perte de Lille, tel était le règlement des comptes de l'année 1708.

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III. — État intérieur delà France. — Ruine des finances. — Chamillard cède le contrôle général à Desmarets, — Réformes réclamées. — La Dime royale de Vaub.ui. — Hiver de 1709; misère et mécontentement publics. — Louis XIV sollicite la paix. — Préliminaires de La Haye.

Le compte intérieur, celui des finances, était encore plus difficile à liquider. Chamillard avait d'avance condamné son administration, quand il disait au commencement de la guerre : ce N'attendez rien de bon de « ma part tant que l'Empereur disputera la succession « d'Espagne, et qu'il aura pour alliés les Anglais, les c( Hollandais avec tous les princes de l'Europe (1); » et LouisXIV attestait l'insuffisancedes mesures prises par son ministre, lorsque dans les premiers mois de 1708, comme pour imposer à ses généraux Tobligation de vaincre, il écrivait à Vendôme : «L'état de « mes finances ne me permet plus de continuer une c( pareille guerre (2). » Chamillard n'avait fait que copier et aggraver Pontchartrain; en dehors de la taille, des aides, de la capitation, il n'avait pas trouvé d'autres expédients que ceux de son prédécesseur : refontes des monnaies, emprunts , créations d'offices, taxes arbitraires sur tout ce qui pouvait avoir un nom, ou donner prétexte à l'impôt. Il avait refondu cinq fois les monnaies, en 1700, 1701, 1704, 1705, 1706, les haussant ou baissant au détri-

(1) Depping,Correspondance administrative: Chamillard à deHariay, 23 mai 1703.

(2) Pelet, Mémoires militaires^ tome VIII.

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