LA. DIME ROYALE DE VAUBAN
d'un devoir dont ils se croyaient affranchis pour toujours, le clergéet la noblesse contrariés dans leurs habitudes, les gens de robe ne comprenant pas que TÉtat ait à réclamer quelque chose des émoluments de leurs charges, le peuple lui-même, que toute nouveauté épouvante, et tous ceux qui « savent pêcher en eau c( troublewet vivent de toutes «les pilleries et malfaçons c( exercées dans la levée des deniers publics. » Boisguillebert fut éconduit par Chamillard par cette fin de non-recevoir qu'il fallait attendre la paix pour opérer ces réformes. Il se débattit inutilementdans une brochure de forme serrée et piquante, demandant s'il fallaitattendre la paix pour labourer la terreetpourmettre les fermiers en état de payer les propriétaires, et les propriétaires en état de payer le travail des artisans et des marchands. Il fut puni de cette obstination par un exil en Auvergne (1707), d'où les instances de sa famille le firent rappeler au bout de deux mois. Le livre de Vauban ne réussit pas davantage. Selon Saint- Simon, l'opposition de la robe fut ici fortifiée par les préventions des deux gendres de Colbert, Chevreuse et Beauvilliers, et de son neveu Desmarets, incapables de comprendre une si grande nouveauté. Loin d'adopter ces théories étranges, l'autorité en vint à en défendre l'impression, ou à prescrire la saisie des. exemplaires.Il existeàcetégard desarrêts duconseil rendus vraisemblablement après la mort de Vauban (1). On
^ (1) Voir Depping, Cérrespondance administrative ^ une lettre du chancelier (14 juin 1709) à l'intendant de Rouen^ qui parle de deux
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en a conclu que Vauban avait été disgracié, et, pour compléter le mélodrame, qu'il en était mort de chagrin. C'est une erreur, c'est une invention de la malignité humaine, qui ne peut prévaloir contre les dates et les faits réels. Vauban conserva jusqu'au bout les bonnes grâces de Louis XIV, qui en donna une preuve publique à sa mort (l) ; mais ses idées de réformes fi-
arrôts du Conseil dont il ne donne pas la date, pour justifier la saisie d'une édition de la Dimc royale, qui s'imprimait dans cette ville.
(1) Non, Vauban n*a pas été disgracié par Louis XIV, et il n'est pas mort du chagrin de cette disgrâce, comme le veut Saint-Simon. Il est mort, à soixante-quatorze ans, d'une fluxion de poitrine et d'infirmités chroniques dont il disait, dans un de ses derniers ouvrages : Avant que Vàye et le fâcheux rhume qui m'accable six ou sept mois
de Vannée aient achevé d'abattre le peu qui me reste de forces Il
n'est pas vrai non plus que Louis XIV se soit montré insensible à sa mort, jusqu'à ne pas faire semblant qu'il eût perdu un serviteur si utile et si illustre. De pareilles affirmations prouvent que Saint- Simon no tenait compte ni des dates, ni de la suite des faits. Vauban, après la bataille de Ramillies, avait été nommé gouverneur, c'est-àdire défenseur de la Flandre maritime ; nous l'avons vu remplir celte mission et en revenir avec l'honneur du succès, à la fin de 1706; or il est mort à la fin de mars 1707; c'est donc dans ce court espace de temps qu'il faut placer la di^grâce. Mais il paraît que Vauban lui-môme, à cotte date, ne se croyait pas en défaveur; car, se sentant bien malade dans sa terre du iMorvan, au lieu de 8*y renfermer et de ne voir personne, comme l'imagine encore Saint-Simon, il fit demander, malgré la distance, le chirurgien du Dauphin. Il pardlt aussi que Louis XIV n'était pas fort irrité contre le malade ni insensible à son état, car il ordonna au chirurgien de partir sans délai, et, devant ses courtisans, « parla de M. de Vauban avec beaucoup « d'estime et d'amitié; il le loua sur plusieurs chapitres, et dit: Je « perds un homme bien atfectionné à ma personne et à l'État. > Voilà ce que Dangeau enregistrait sur l'heure, le 29 mars 1707, et ce que Saint-Simon, qui suit pas à pas les traces de Daogeau pour Tordre des événements, aurait bien fait de voir et de mettre à profil pour sa véracité. Reste la poursuite du livre; elle est incontestable
HIYER DE 1709 4âa
nancières, réprouvées par les minblres, demeurèrent stériles pour le peuple.
Dans cet état de souffrance au dedans et d'abaissement au dehors^ Tbiverde ITOOse présenta toatàecMip comme un surcroit désespérant, comnie on eompiément de ruine.II commença brusqoenieiiile^jauiiwKr, après plusieurs semaines d'Anne lempésaifluiupe Hsv^hiiihpeuse^ et sévit toutd''abordaTeelaiiift<f'iijffi{be9H^ dès le troisième jour, leroiyeot^Urms^wmiMi.Hu% kailutudes de toute sa vie, ne TO(uiUiitjp2i««(Mitiûr^ j»attoe<^ue la veille ses gardes avaient tff\op«<A(uifiaiit;iill«^itiki)rt{niHU renfermé pendant hait jodiur^ Lie iliai^lttO^iLtaibiflué comme son père a oearJiijBkdne m lie 'cfttaud iiiiiibifi^id., quitta Meudon, devenfui idaiiialiiLliitLi^ à Versaillesdansiinap|iiMl>e9fted^|jJtu^la^ son fils, le duc de Berry^ t'élairl ^i^iiiué u nllei' a in chasse, le page qui portail *jojq iutâl-eul U» Muau i>i^4ilée qu'il fallut lui couper le* doi^ti (1;- C'^Udt, iltl hiiiiut- Simon, le degré ou Itùxnd def»c^exàd i«i r^a^tt^émiJ^dêJU Suède. Toutes les rivière*» tlai^aal priw:*^ «l J^ i^uli^ mêmes de la mer hordes de ^lacse. L^^éli%'xri> iei» plut» forts, Teau de la reine de iJciUi^ie, <làitt«> ieti ai«^fiàt>ii^
après la lettre dn ciianeelier qua Wfm» ix\um> eilé^ ^ mma *iik iM^ ptvMv<^ pas la disgrâce pergoonell* de TiHitwir. Hi eîk ^t <k jam )7</^. pia* de deux ang apn» la mori de Vjitiktfi^ «Ik ti'n mi ^i^iwi ^^t «*f i^ personne: si elle est du 14 Jévrief i7U7,<xmifi^ i'al|jitfî*^4Ji*iAiî l/i^rjuve» suffisantes ud éditeur de la JUir/te royak (îiui^^^J l>ani>,, k* ^tïij^m et les regrets exprimé» par le roi «is wmikuweé pltt*^ Utrd d<^oatfent que la répressioi) d'une tbéi/rie, qu'il r<'f^rdait ccmiifie dan^ereUM-, n'avait pas aflaibli éon eftliiue pirtir légende et le dévciuement de ci^ grand serviteur-
fl^ Dangeau, 8 janvier 1709 et ëuivarUh.
«8 LOUIB XIV. — T. VI
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dechambres à feu, cassaient leurs bouteilles; sur les tables des courtisans, à Versailles, les glaçons tombaient dans les verres. « Plus de commerce à cause du « temps, écrit la marquise d'Huxelles; reneregèleau a bout de la plume. » Les tribunaux étaient suspendus; les spectacles aussi, sauf les comédies dont à Versailles on ne cessait de régaler la jeune cour (1). Le premier effet de cette calamité fut une multitude de maladies, de fluxions de poitrine, un encombrement des hôpitaux qui, se prolongeant pendant plusieurs mois, donna à redouter le scorbut et la peste. On reconnut ensuite avec terreur la nature, Tétendue des autres désastres. Un faux dégel ayant fondu les neiges^ et la gelée ayant repris impitoyablement sur l'humidité, cette recrudescence avait fait périr les arbres, noyers, oliviers, pommiers et vignes; et, menace plus efFrayante,on croyait les blés égalementperdus. Toutes les nouvelles de province s'accordaient sur ce point aussi bien que celles de l'étranger. La conséquence immédiate fut le renchérissement du pain. Dès les premiers jours de mars, les harengères de la halle de Paris se levèrent pour aller à Versailles demander un rabais; elles ne furent ramenées que par les troupes de d'Argenson, qui les arrêtèrent au pont de Sèvres (2). Lafamineavec ses souffrances, avec ses emportements populaires, se dressait déjà comme Une guerre intérieure contre l'autorité royale, pour achever ToMiYre
(1) Lettres de la marquise d'IIuxolles, 24 janvier 1709.
(2) Lettres de la marquise d'IIuxelles.
de la guerre étrangère. « La famine^ disait M"' de Maintenon, vient si directement de Dieu, que c'est une preuve qu'il veut que nous soyons accablés soit par la paix, soit par la guerre. »
Il y avait certainement un calcul coupable au fond de cette misère. On ne comprenait pas cette famine générale « après tout ce qui se disait de l'abondance de blé l'an passé (1) ». On ne comprenait pas davantage que le prix du pain augmentât tous les jours à Paris, lorsque par moments il y avait surabondance de marchandises sur la rivière et sur les marchés (2). Le roi sechargeadedécouvrir ce mystère. Saint-Simon lui reproche de n'avoir pas laissé agir les parlements qui avaient cette police dans leurs attributions, d'avoir prétendu tout faire par ses commissaires et ses intendants. Un édit (avril) ordonna des perquisitions pour connaître partout ce qu'il y avait de blé. Les coupables de déclarations fausses seraient condamnés aux galères, à la mort dans certains cas. Le dénonciateur aurait la moitié du blé non déclaré, et mille francs sur l'amende imposée au coupable (3). Plus tard (juin) un tribunal suprême fut constitué à Paris pour examiner les rapports des commissaires du roi, et prononcer souverainement sur leurs décisions. Mais ces commissaires tardèrent trop à se mettre en route, et laissèrent échapper les détenteurs en donnant aux délinquants le temps de faire disparaître le corps du dé-
(1) Marquise d'Haxelies, 24 août.
(2) Ma in tenon, lettres.
(3) Dangeau, 28 avril 1709.
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lit. M°* de Mainlenon se plaint aussi du peiid^accord des officiers royauxen ces malières,et de la nécessitéde consulter trop de gens pour qu'il fut possible de statuer à propos (1). Saint-Simon n'hésite pas à accuser les commissaires d'avoir spéculé pour eux-mêmes sur leur autorité et sur le besoin des peuples, fixé au blé des prix trop élevés dont ils profitaient, et empêché les ventes à Tamiable au-dessous du taux officiel. Nous vovonsaumoinsà Rouen un commissaire susciterune émeute formidable en déclarant que le setier de blé au prix de vingt livres était trop abaissé, et qu'il fallait le payer vingt-quatre livres (2). D'autres expédients tentés par le besoin de faire quelque chose n'eurent pas plus d'efficacité. Vainement un arrêtprescrivit à Paris de ne plus fabriquer que deux sortes de pain, Tun à cinq sols la livre pour les riches, l'autre de moindre qualité à deux sols pour les pauvres ; outre l'antipathie des classes populaires pour les distinctions de ce genre, le pain des pauvres était encore trop cher (3).
Cefutégalement un remède inutilequ'unedéclaralion qui se proposait d'encourager la culture des terres par des privilèges. Beaucoup de terres étaient négligées ou même abandonnées tout à fait par les propriétaires ou les fermiers; nous savons que c'était la conséquence des charges exorbitantes qui pesaient sur la propriété. Le roi aurait voulu, par la perspective de conditions meilleures, pousser aux labours, aux ense-
i\) Maintenon au duc de xNoaiJles, 9 juin.
(2; Marquise d'IIuxelles, 5 juillet.
(,3) Dangeau, 1°^ juin; Maintenon, 9 juin.
HITER DE 1709 437
mencemenls, « afin que^ Tintérét des particuliers les c( engageant tous à traTsiUer égai^ooieiîl pour le bieoi <{ publie, les peuples pusseot se consoler cies pertes ce de celte anuêe par FaboiMlatDce île 1 amnée pcoaebaine'l . » Mais une perspeetÎTe^à i^lo^nifere$4jit sans effet sur les souffinances prtè^e^ltes. Aaaisâ M^de Main tenon disait avec douleur: «]>u^aesai<Baa(i»u ï <<b(d c< ne parlait que demillieis deloui^jieSièssfar (iiiiiike«eaiilLe^ (c de carrosses^ de chevaux^ on me pjur-le plcts tff^kt «de c( blé, d'orge eld'aToine. On est fontoe^apé «du *qqc( lagemenl des peuples; mais jusqu'iei ae •<|u'o£Q ùlt « pour eux les irrite; il y a des ^eiibs «de soBL&aw^aise tocc lontéqut lese&eîtentaum^irmiUfie. »
Le mécontentemenl étail geii^aL Ba BouiKgo^iae l'excès de la misère, dans les eampagi>es surtout^ -empêcba de rassembler les états. A Marsrille^ sur cette Méditerranée que les Anglais bloquaient parGibraltar et par Minorque, les habitants fuient longtemps réduits à une demi-livre de pain par personne; on n'osa pas faire la procession de la Fête-Dieu dans la crainte de provoquer une émotion du peufAe{2). ARouen^ dans l'émeute soulevée par rimprudeoee de oe commissaire^ sa maison fut abattue par la multitude; l'iu' tendant était alors au Ha%Te, on brisa au moins ses fenêtres^ on menaça la vie de sa femme, on pilla la maison de son subdél^ué, puis on la renversa. A Paris le péril était plus intense^ et comme permanent. Il fallut
(1) ïsarabert^ Anciennes Lois françaises, tome XX.
(2) Dangeau^ mai et juin.
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retenir à Paris une partie des troupes nécessaires contre Tennemi du dehors, pour assurer la vente du pain dans les marchés par un déploiement de forces imposant, ou la distribution à domicile par des escortes armées (1) ; autrement le pain était pillé,emporté violemment au préjudice des vendeurs. Un jour, près de ral)bave Saint-Germain, cent hommes arrivèrent la hache haute, accompagnés de femmes furieuses, et pillèrent plusieurs charrettes. Onarréta plusieurs coupables qu'on hésita longtemps à punir. D'Argenson futplus d'une fois menacé de mort. A Saint-Roeh, un pjuivre ayant été maltraité par les archers de l'écuelle, ceux-ci furent repoussés parla multitude chez le commissaire du quartier ; les furieux se mettaient déjà en mesure de brûler la maison du commissaire quand d'Argenson arriva avec des Suisses; il fit reculer les incendiaires, mais les femmes le poursuivirent de leurs cris : ati pain! au pain! Une autre fois, ilfutassailli brusquement à Saint-Nicolas des Champs, au sortir d'un enterrement; sans l'arrivée rapide et opportune du guet à pied et à cheval, il était perdu ; les glaces de sa voiture furent brisées à coups de pierre. L'émeute la plus.célèbre fut celle des pauvres employés à enlever une butte de terre sur le rempart près de la porte Saint-Denis. Irrités d'un retard dans la distribution du pain, leur principal salaire, ils pillèrent la maison où ce pain était en dépôt, puis les maisons des boulan-
(1) Marquise d'IIuxellos : « Mon pain me rint avec une escorte, à six sols la livre. » 5 mai 1709.
gers et des pâtissiers ; et de là ils se portaient sur celle ded'Argenson, lorsqu'ils furent refoulés par les gardes-françaises et suisses et par les mousquetaires. On tira sur eux, on leur fit des prisonniers; ils ne cédaient pas encore; le tumulte commencé à sept heures du malin n'était pas apaisé à deux heures de Taprès-midi. Le maréchal de Boufflers parvint enfin à les calmer. Il était très-populaire depuis son glorieux malheur; on savait aussi qu'il était assuré delà fidélité du régiment des gardes, et qu'il n'était pas bon de lecontraindreàs'enservir(l). Il promit de parlerauroi de la misère publique ; le lendemain investi par le roi du soin de veillera l'ordre dans Paris, il mit des corps de garde aux deux hôtels des monnaies, et fil porter ostensiblement à la Bastille huitmille fusils ou mousquets. Boufflers pourvut «t aussi bien soigneusement au pain, et depuis, dit Saint-Simon, on n'entendit plus lemoindre bruit dans Paris. » Mais cet le agitation menaçante avait duré six mois; et le calme de la rue ne mettait pas fin aux murmures.
Ces plaintes ne respectaient.rien,le prestige de l'autorité royale en particulier était irréparablement atteint. Le populaire s'en prenait de ses maux, sans intermédiaire, à celui qui tant de fois s'était fait gloire de les prévenir ou de les soulager. Le dauphin venant à l'Opéra avec le duc de Bourgogne, une multitude, de femmes surtout, se portèrent à sa rencontre, et lui crièrent au pain /en lui montrant avec colère celui
(1) Marquise d'Huxelles, août 1709.
qu'elles étaient réduites à manger, et dont elles n'étaient *pas contentes. Le lendemain on crut qu'il viendrait assister à un combat de taureaux sur le rempart; une foule considérable s'y entassa pour renouveler les cris; il n'échappa que par l'absence à un nouvel aflVont; mais deux jours après il voulut courre le loup : c'était son plaisir favori; il rencontra dans la campaijne des troupes de paysans, qui, comme les' Parisiens, lui crièrent au pain! il s'en tira à peu près en leur jetant de l'argent (1). Du dauphin Tattaque monta bientotjusqu'au roi. Des injures, des menaces redoutables se produisirent dans un débordement de placards insolents, d'affiches appliquées sur ses statues, de lettres anonvmes adressées à ses ministres et à ses courtisans, de cris proférés au tour du château de Versailles, et qu'il entendait distinctement de ses oreilles. On lui fit dire qu'il y avait encore des RavaillacsoudesBrutus; il en fut véritablementému, jusqu'à ce que la réflexion luieûtrappelé que les hommes capables de pareils desseins n'avaient pas l'imprudence de les dénoncer. Il s'entendit reprocher sa magnificence, ses voyages de Marly, ses chevaux, ses chiens, ses valets, ses meubles, sa confiance en M™® de Maintenon . c( On veut me lapider, écrit-elle au duc de Noailles « soH neveu, parce qu'on suppose quejençlui dis rien «de fâcheux de peur de lui faire delà peine. Je vous c( avoue que ces dispositions me glacent le sang dans les «veines. » Combien encore, amoureux de la gloire
(I) Dangeau, et marquise d'IIuxelles, 30 avril 1709.
la malignité paMiipie -set pSathimT jl eÉSiliàir isitrRf ^Êfioit aba issement ei :»a 'SpiemàBsur Qo^sussi ZhjtiiiEh.TSfuitsBitsiÊ^ le Pater Pio^fteréf LtmisÊ IIW^&SîlùB^ sèftsai-
raûoD de déeadenise: « 3M«B«r*pie5î!ç^iiL^«ae^ « votre nom nesL pimis sJÊSM^ai^^ ^^i^Mnm s&^smaaÊÊ: & ^^sfi: « plus SI grande ToCre T^o^KDOilié n est |)ya£& âiklie ticir iià « terre^ ni sur i oodie. Do»iuke2-ikoos iirotire pmsL cpii « nous manque de tonss eùtfcés. Pardcom^ a oo&eiiBie- « mis qui nous oqI battus, et non à no^ ^ènèrwtu\ qui « les ont laissés aire. Ne soeeumb^ p^ a loules les c ten tatioos de la Malatefioii^ et détÎTrez-iKH^ de Cksat- « millard. ^ O temporal La fiaUerte jadis le déifiait: le grand Cdbert leû-^Doéme s était aventuré jt^u'a lui dire qu'il naaratitd autre b(H-ne à sa puissance que sa Tolonté; et n^fitesantrironie populaire ue le plaçait en fiwje du Dieu unique que pour le convaincre de son humanité par ses humiliations et sou impuissance.
Ce n'est pourtant pas qu'il n eût pris sa pan du mal publie par des privations volontaires .lia vait restreint notablement la dépense de ces Marly tant reprochés. Il mettait ses pierreries auiL mains de Desmat^ets pour les engager si Voa pouvait trouver un préteur^ il envoyait sa vaisselle d'or à la Monnaie. M»^ de Main tenon y envoyait sa vaisselle d'argent, en disant : « S'il n'y tt avait qu'a manger sur de la faience^ nous en serions « quittes à bon marché ; i> et avec la même simplicité elle mangeait du pain bis pour ménager « l'espèce de « froment » et donn^* l'exemple. A côté d'eu\, U eha* rite privée redoublaitd'efforts- Verthamon, unmagis-
trat, possédait àqiielques lieuesdeParis une propriété bien approvisionnée de blé ; les paysans lui en demandèrent cinq cents boisseaux à rendre après la récolte; illes leur donna sans condition et envoya par-dessus cinq cents pistoles à ces pauvres gens. Le parlement^ la chambre des comptes se cotisèrent à six cents livres par président et deux cents livres par conseiller. On voyait, à Paris, le curé de Saint-Sulpice en surplis, dans les marchés, distribuant de l'argent aux pauvres pour payer le pain qu'ils avaient sous les yeux et qu'ils n'aiu*aientpuse procurer sans cette aumône. L'archevêque, cardinal de Noailles, faisait fondre son argenterie pour en donner le prix aux affamés. L'évêqne de Lisieux, voyant un jour passer trois bataillons sans subsistance, leur envoya à chacun mille livres. Tout cela était excellent, mais ce n'étaient au fond que des soulagements partiels et temporaires. Comme pour donner il faut avoir, beaucoup ne donnaient pas parcequ'iis ne recevaient plus; à ceux-ci leurs rentes faisaient défaut, dont le payement était suspendu ou diminué, à ceux-là le payement de leurs terres, absorbé par la rigueur des taxes ou détruit par la sférilité ou par la mortalité des bestiaux. Alors les malheureux que personne ne pouvait secourir se pressaient aux portes des hôpitaux où souvent la place manquait, ou s'en allaient à travers les campagnes quêter une existence incertaine ou insuffisante, et quelquefois mou* raient d'inanition sur les chemins, ce Le comte de Lauc( bépine, qui revient de Lyon, par Roanne à Paris, «écrivait la marquise d'Huxelles, a trouvé sur sa route
« Irente-deux personnes mortes dont huit avaient été «tuées. » De tels récits colportés, amplifiés par la compassion comme par la haine, entretenaient, aigrissaient la désolation; et ces lugubres tableaux sont restés la rancune des contemporains et de la postérité contre le gouvernement d'alors (1).
Un pareil temps n'était pas propice à l'organisation des armées, aux préparatifs d'une campagne. Villars venait d'être nommé, pour 1709, au commandement de l'armée de Flandre. A peine rendu à son poste, il entrevitavec horreur la ruine, la dis[>ersion de l'armée par la faim. Il trouva des officiers subalternes qui avaient vendu leur dernière chemise pour vivre, des soldats qui avaient livré leurs justaucorps et leurs armes pour avoir du pain, et amaigris comme des gens qui avaient beaucoup souffert et souffraient encore. Il mil tout son art à leur faire prendre patience. « Je « passe dans les rangs, écrivait-il, je caresse le soldat « et j'ai la consolation d'entendre plusieurs dire : c< Monsieur le maréchal a raison, il faut savoir souffrir c< quelquefois. » Les capitaines consentaient à ne manger comme les soldats que du pain de munition. Les officiers de la garnison de Saint- Venant, pourvu qu'ils eussent du pain, puisqu'il en faut pour vivre, se disaient d'ailleurs tout résignés à se passer d'habits et de
chemises.Cette résolution dans lamisère, celte abnégation de soi pour la patrie, était sans doute un reste d\
(1) Lettres de Maintenon, de la marquise d'Huxelles; / Dangeau; Mémoires de Saint-Simon.
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poir. M"** de Main tenon se plaisait à dire qu'il n'y avail queM.deyillarsdequirontiraitqiielqueconsolation, etellecriailan miracle. Mais il s'en fallait de vingt-cinq mille sacs de farine que la subsistance fût assurée jusqu'au l"mai. Le pain du jour ne se distribuait qu'à des heures irrégulières, quelquefois on l'attendait jusqu'à la nuit. Pour nourrir lesbrigades qu'il mettait en marche, le maréchal était contraint à faire jeûner les autres. Revenu à la cour pour exposer la situation, il acquit la certitude que le roi était sans ressources. «Je «mets ma conUance en Dieu et en vous, lui dit Louis « XIV, mais je n'ai rien à vous ordonner parce que je <c ne peux vous donner aucun secours. » Réduit à se pourvoir tout seul, Villars recourut à la force; il somma les intendants de Normandie, Picardie, Soîssonnais et Champagne, de lui faire voiturer des grains. Il savait que, dans beaucoup de villes, les magistrats, pour défendre la subsistance des habitants, interdisaient aux boulangers de rien vendre au dehors et aux soldats. Dans cette peur commune de mourir de faim, chacun se retirait en soi, et avait horreur de partager. Villars menaça les villes les plus prochaines d'exécutions militaires, et les contraignit par cette autre peur à tirer pour lui quelque chose de leurs réserves (1). Douloureuse situation : les Français insensibles aux souffrances de l'armée qui était leur unique salut, et l'armée traitant la France en pays conquis pour être en mesure de la sauver.
(1) Mémoires de Villars, où se trouvent quelques-unes de ses lettres et de M™o de Maintenon.
Aussi Louis XIV s'élait-il rjésigné à demander la paix, à Tacheler au prix.des plus pénibles sacrifices. A quelques jours de dislance, Villars était parti en Flandre pour reconnaître ce qu'on pourrait faire de Tarmée, et le président Rouillé en Hollande pour tenter une négociation définitive. Cette entreprise réservait au roi une de ses plus grandes humiliations (5 et 15 mars 1709).
Il avait deux obstacles à surmonter : la convoitise effrénée de ses ennemis et la résistance inattendue de Philippe V lui-même à ses projets. Nous avons vu que, depuis Ramillies, il avait plusieurs fois offert * d'abandonner la plus grande partie de la monarchie espagnole et de n'en réserver que les Deux-Siciles à Philippe V. Mais ce sacrifice, si considérable qu'il fut, avait été rejeté comme insuffisant par des vainqueurs infatués de leujrs succès et déterminés à s'agrandir aux dépens de la France aussi bien que de l'Espagne. Pendant qu'il échouait devant ces calculs impitoyables,PhiIippeV luienlevait le moyende continuer ses offres, en refusant de se prêter à aucune concession. Consolidé en Espagne même par ses victoires et le dévouement des peuples, le jeune roi prétendait demeurer roi d'Espagne et ne rien céder delà monarchie. Sourd aux insinuations de son grand-père, il lui avait écrit dès le 12 novembre 1708, après OlTdenarde et pendant le siège de la citadelle de Lille : « Je suis pénétré des prétentions chimériques des Ance glais et des Hollandais; je ne veux pas seulement <( croire que vous puissiez les écouter, vous qui, par
« VOS actions, vous êtes rendu le plus glorieux roi du
«monde Je suis outré qu'ils puissent seulement
c( s'imaginer qu'on m'obligera à sortir d'Espagne tant « que j'aurai une goutte de sang dans les veines. Je « ferai tous mes efforts pour me maintenir sur le trône « où Dieu m'a placé et où vous m'avez mis après lui, « et rien ne pourra m'en arracher ni me le faire céder «que la mort (1). » Tout ce qu^il consentait à accorder, c'était un traité de commerce, contraire au vieux monopole espagnol, qui ouvrirait aux Hollandais*, et peut-être au\ autres alliés, un commerce lucratif avec les colonies du Nouveau-Monde (2). Ces sentiments de Philippe V allaient devenir de plus en plus les sentiments de la nation, et, s'ils devaient un jour consacrer en Espagne la dynastie française, ils n'étaient au début qu'un empêchement décisif à la paix. Ils serviront aussi à expliquer la plus célèbre et la plus intolérable des exigences des alliés.
Tout en louantcette énergie, mais convaincu que sa tendre amitié pour les siens devait céder au bien de son royaume (3), Louis XIV chercha à ranimer les négociations. « L'opinion commune était alors qu'on ne « pouvait parvenir à la paix que par les offres et «l'intervention des Hollandais. On eût dit qu'ils « étaient les gardiens de son temple, que la clef en était « entre leurs mains, et que l'entrée en serait interdite
(1) Mémoires de Noailles, tome II.
(2) Mémoires de Torcy, tome I**".
(3) Œuvres de. Louis XIV ^ tome VI : lettre à Philippe V, du 26 novembre 1708.
« àceux qu'ils refuseraient d'y introduire (1). » Aussi bien cette importance leur appartenait vis-à-vis delà coalition; quand insupportaient la plus grande partie des dépenses de la guerre, c'était justice qu^ils eussent la première voix dans les conseils; mais elle réduisait Louis XIV à recourir d'abord aux plus insolents de ses ennemis, à ceux qui triomphaient le plus durement de leur supériorité présente, et dont les rancunes trouvaient le plus de jouissance dans l'humiliation de leur . ancien vainqueur. La nécessité l'emporta sur les répugnances. Le gouvernement hollandais, consuUé indirectement dans les premiers jours de 1709, avait fait répondre qu'aucune négociation ne pourrait s'ou« vrir si l'on ne prenait préalablement pour base l'abandon de l'Espagne, des Indes, du Milanais, des Pays- Bas à l'archiduc, un traité de commerce favorable à la Hollande, ei ce qui avait été ajouté dans les pourpairlevs antérieurs; phrase vague d'où pouvaient sortir bien des réclamations inattendues, soit de la Hollande, soit de ses alliés. En outre, ce n'était pas le grand pensionnaire Heinsius lui-même qui formulait les propositions, c'était un député aux Etats, Vanderdussen, pensionnaire de la ville de Tergow, que les Français et les Espagnols connaissaient pour avoir eu quelques conférences avec lui, et dont la parole n'engageait paa le gouvernement. Malgré l'insuffisance de ces garanties, malgré les résistances de Philippe Y, le besoin de terminer la guerre poussa Louis XIV à accepter
(l) Mémoires de Torcy.
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comme base de la pai\ les arrangements proposés par Vanderdiissen : il lui demanda un passeport pour un négociateur, et envoya en Hollande Rouillé, président au grand conseil, et ancien ambassadeur en Portugal (5 mars 1709).
Il consentait à abandonner l'Espagne, les Indes, le Milanais et les Pavs-Bas: mais il entendait réserver à Philippe V Naples et la Sicile, et y a jouter laSar- • daiirne et les villes de Toscane dont la destination n'avait encore été l'objet d'aucun débat; toutefois son néirociateu r éta it au lorisé à se désister successivement sur ces deux derniers points, selon le besoin des négociations. Il prenait sur lui d'obtenir le consentement de Philippe V à ces énormes sacrifices; el, en cas de refus de ce prince, il s'engageait à rappeler les troupes françaises qui servaient alors en Espagne. La part qu'il offrait aux Hollandais consistait en un traité de commerce et une barrière de villes dans les Pays-Bas pour la sûreté de leur territoire. Le traité de commerce, conforme aux conditions de Ryswick, les exemptait du droit de 50 sols par ton neau et rétablissait le larif de 1664, sauf pour douze articles dont la fabrication et le débit périraient en France s'ils n'étaient protégés efficacement contre la concurrence étrangère; par cette faveur, ils le reconnurent eux-mêmes, la condition de leurs né^ociants en France devenait supérieure à celle de toutes les autres nations. Quanta la barrière, où l'on crovait savoir qu'ils voulaient comprendre un bon nombre de villes frontières de France, il leur offrait la Gueidre
espagnole, ou le duché de Luxembourg à la place d'Ypres et de Maubeuge. Vis-à-vis de T Angleterre, il était prêta reconnaître la royautédelareineainsique Tordre de succession établi en faveur de la maison de Ilano* vre ; et dans la prévision des prétentions des Angiaiii sur Dunkerque, cet objet de leur haine depuis 1662, il se résignerait, à la dernière extrémité, à sacri fier cette ville. En retour de tant de coIlcesî*ion^♦, il sollicitait pour les électeurs de Bavière et de Cologne, î^s al lien, leur rétablissement dans toos leurs droit** (1).
Tant de bonnevolonté ne fut pos récompensée. D'abord le négociateiir firanoais fut traité comme un homme odieux an publie avec qui il ne fait pas bon d'être trouvé en relations d'affaires. Les^ Flollandais affectèrent de se cacher pour le voir, soit qu'ils pris^ sent plaisir à loi Élire sentir la hniiiefpieîm nation in«ç^ pirait aux ProviiKes-T^nies,- soit rpi^iU r^raij^Rwn^ pour enx-niŒies te BiéeoBMCenfement: de léiti*<r MWé^ peu ÊivofaJ>le*a! t* ptiH.- Ajrivé a A^Vf^<î^,'^<V<M41é^a4-' tendit cpi^oci îfi.i îînrtirpiàc mv rîmidi^3i&n>6iwr; pms^ iKt avissccretrssppi^Ààtir^deniwmi^,.^^ sans Imiamft «oniiaitremértïelej^ rimt» de?r derfx' p^n^sonnes ^%i'\k ^ t^mn^^amitx;: (^^*klMimt-Vî«ideM4K«ff*Tl f^ Baxs pa&Hïûnnmt»*: (fer ^^cuxi^jtimu. ^i^rM^t- ^n- \^f Tenirs^ ^Vfîiaîffenv^-tHfi|ttii^i*;ïfl%Mr^ lent^^
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conférences. Les exigences répondirent à cet accueil injurieux. Pour croire à la renonciation de Philippe V à la couronne d'Espagne, les Hollandais voulaient la parole de Philippe V ; celle de Louis XIV ne leur suffisait pas. S'ils consentaient eux-mêmes à laisser Napies et la Sicile à Philippe V, ils ne pouvaient répondreduconsentementdeleursalliéSjCtdéjà ils rejetaient au nom de (ousla proposition relative à laSardaigne et aux villes de Toscane; à la conférence suivante, ils retranchèrent aussi la Sicile. Ils prétendaient satisfaire l'Allemagne par le rétablissement du traité de Munster entendu dans le sens allemand; l'Angleterre par la restitution des conquêtes françaises en Amérique et par l'abandon de Dunkei'que; le due de Savoie par la restitution ou la conservation de tout ce qu'il avait perdu ou occupé ; le Portugal par l'adhésion de la France à tous les traités passés entre ce royaume et les alliés; enfin eux-mêmes parle droitde tenir garnison dans Bonn, Liège et Huy et par une barrière com* posée de Maubeuge, Condé, Tournay, Menin^ Ypres, Furnes et Lille : cette ville de Lille autrefois la conquête personnelle de Louis XIV, perdue par lui l'année précédente, et dont il réclamait instamment la restitution. Telles furent, dèsledébut,leurs propositions; et ce qui en augmentait la rigueur, c'était le ton de protection dédaigneuse dont elles étaient soutenues. Les deux Hollandais n'admettaientpas que le roi pùtrésisterà leurs conditions. Loind'avoirà se plaindre^ il leur devait bien plutôt une grande reconnaissance. Sans leur intervention, l'Angleterre, par exemple, nebor-
nerait certainement pas son indemnité à Dunkerque. Qu'était-ce que la restitution ou la perte de quelques villes en comparaison du reste de ses conquêtes dont la paix lui assurait la possession? Ce résultat fort estimable^ il en aurait l'obligation aux Provinces-Unies; car les alliés avaient le projet unanime de réduire la France au traité des Pyrénées, et s'ils étaient laissés à eux-mêmes, ils l'accompliraient sans pitié (1).
Ce fut bien pis quand le secret des conférences eut transpiré et que Marlborough et Eugène furent accourus à La Haye pour s'opposera la paix. Marlborough réclamait au nom de sa cour la rupture des conférences, et le renvoi de Rouillé, s'il n'était pas autorisé à faire des offres plus larges. Eugène réclamait pour l'Autriche toute la monarchie espagnole sans la moindre réserve, et pour l'Allemagne le traité pur et simple de Munster. Marlborough signifiait même avec affectation que peu importaient les résolutions particulières de la Hollande. « La France se trompe, disait-il, si elle croit faire la paix malgré l'Angleterre et l'Autriche, sLelle se flatte que la Hollande puisse arracher par la force leur consentement. Il faut, pour obtenir la paix, que la satisfaction des alliés soit complète, et les négociations secrètes interrompues. » Ce refus de traiter par l'Angleterre et l'Autriche rendait de plus en plus nécessaire à la France un accord avec la Hollande; en satisfaisant celle-^i^ elle réussirait peut-être à contre-balancer les deux autres
(1) Mémoires du marquis de Torcf .
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à les ramener à quelque modération. Mais s'il y avait avantage pour elle dans cet expédient, les Hollandais crurent que le besoin de leur assistance les autorisait à tout oser. Le roi entrant dans la voie des concessions, ils formulaient à chaque conférence quelque demande nouvelle, soit sous prétexte de la barrière, | soit en faveur de leur commerce, soit au profit des alliés, afin d'être en état de se faire écouter de ces alliés. Aux objections de Rouillé, ils répondaient par l'impuissance actuelle de la France: « Jusqu'aux ce gazettes à la main, disaitVanderdussen,toutdécou- « vre l'état de la France, la misère affreuse de ses proie vinces; il n'est plus temps de biaiser; le salut du a royaume dt^pend delà paix et d'une paix prompte « c[ui prévienne l'ouverture de la campagne. S'il est « permis aux armées d'agir, les prétentions des alliés « n'auront plus de bornes ; en vain les bons républi- <c cains gémiront des malheurs de la France ; ils ne <c seront plus maîtres de les arrêter. » Ainsi ils n'en voulaient pas être dédits ; la France était vraiment leur obligée. C'était pour la sauver de l'abîmeque ces bons médiateurs s'acharnaient à la dépouiller.
Leur mauvaise foi ne tarda pas à éclatercontre toute pudeur. Déjà le roi leur avait tout accordé sur l'article de commerce. Malgré ses répugnances il leur avait cédé pour leur barrière, outre Menin et Ypres promis d'abord par lui, Furnes fortifié, Condé et Maubeuge. Il les croyait satisfaits quand tout à coup ils réclamèrent encore Tournai et refusèrent expressément de rendre Lille. Lille pourtant, dans les conférences an-
lérieures, ils avaient laissé entrevoir rintention de ne pas la garder. Quand Rouillé leur rappela cette sorte d'engagement tacite, ils osèrent lui dire : « Vous Ta- « vez toujours supposé, mais nous ne Tavons jamais « pensé; nous vou$ avons laissé croire ce qu'il vous « a plu. Lille, au commencement d'avril, était encore « en mauvais état; lesFi^nçais le savaient; nous avions « lieu de craindre qu'ils n'eussent dessein d'en pro- « fi ter ; il était de la prudence de vous laisser croire « qu'elle vous serait rendue par la paix. Lille est « présentement en sûreté ; ne comptez plus sur la (( restitution. » C'était là négocier à la Hollandaise, et voilà, dit Torcy, dans cet aveu, la seule preuve de sincérité qu'ils aient donnée. Ils ne s'inquiétaient pas davantage d^obtenir quelques modifications des alliés. Le prince Eugène réclamant le rétablissement du traité de Munster, les Hollandais signifièrent qu'il était indispensable d'accorder ce rétablissement. Marlborough ne voulait entendre parler d'aucun dédommagement pour Philipf>e V; les Hollandais s'en tenaientà cette volonté des alliés. Mais ils avaient promis au commencement d'employer leurs offices pour conserver à Philippe V les Deux-Siciles, au moins le royaume de Naples ; quand Rouillé les en fît souvenir : « Nous n'avons promis, dirent-ils, que « de contribuera lui conserver le litre de roi dont il « était revêtu, » et encore ils se récrièrent et voulurent chicaner sur le moi promis.
Pour surcroît de contradiction, Louis XIV n'était pas même secondé parles siens. Il avait pris sur lui de
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promettre l'adhésion de Philippe Va ses concessions^ et Philippe V persévérait dans la volonté de ne pas céder.PendantqnelevieuxroiafFaibli, épuisé, découragé par les revers, se soumettait à une déchéance flagrante pour éviter désormais la guerre, son petit-fils se déclarait tout prêt à l'affronter avec l'ardeur et la témérité d'un jeune homme. « Il y a des circonstances, écrivait a Louis XIV (29 avril 1709), où le courage doit céder « à la prudence, et comme les peuples, zélés présen- <( tement, pourraient bien ne pas penser toujours de « même, il vau t mieux songer à régner en quelque en- « droitque de perdreen même temps toussesEtats(l).)> Philippe V avait pris son parti; il ne consentait à en changer à aucune condition. Son langage même respire une dignité et cm héroïsme qui intéresse pour lui : « Dieu m'a mis la couronne d'Espagne « sur la tête, je la soutiendrai tant que j'aurai « une goutte de sang dans mes veines. Je le dois <c a ma conscience, à mon honneur et à l'amour de « mes sujets. Je suis sûr qu'ils ne m'abandonnea ront pas, quelque chose qui m'arrive, et que, si « j'expose ma vie à leur tête, comme j'y suis ré- <( solu, jusqu'à la dernière extrémité, pour ne pas les « quitter, ils répandront aussi volontiers leur sang « pour ne pas me perdre. Si j'étais capabled'une là « clieté pareille à celle de céder mon royaume, je suis « certain que vous me désavoueriez pour votre petit- (( fils. Je brûle de le paraître par mes actions comme
(1) Œuvres de Louis XIV, tomo VI : lettre à Amolot.
« j'ai l^honneur de Têtre par mon sang : ainsi je ne « signeraijamais de traité indigne de moi (1). »
Mais ce traité indigne, par quelle voie la France pouvait-elle y échapper? « Louis XIV, dit Torcy, « moins troublé de ses peines intérieures [eï doc< mestiques) que de la souffrance de son peuple, « était toujours occupé du besoin de le soulager « et de terminer la guerre. » En présence des dernières prétentions des Hollandais , il réunit en conseil le Dauphin, le duc de Bourgogne, et ses cinq ministres, le chancelier Pontchartrain, Beauvilliers, Torcy, Chamillard et Desmarets. Laissons parler Torcvavec Témotion et l'accent d^un témoin et d'un acteur de cette scène mémorable. c( La relation « des dernières conférences (de La Haye) lue au « conseil dissipa toute espérance de la paix. On en (c sentit encore plus la nécessité de l'obtenir, quelque « prix qu'elle pût coûter. Le duc de Beauvillïkrs^ « prenant la parole, employa les plus fortes raisons (c pour représenter à quel point cette paix qui fuyait « était nécessaire; à quelles extrémités le roi et le c( royaume se trouveraient réduits, si malheureusece ment on laissait échapper l'occasion de la conclure. a II s'étendit en termes pathétiques et touchants sur « les suites funestes d^une guerre qu'il serait désor- « mais impossible de soutenir ; il fit envisager, et (( clairement, le personnage affreux que le roi serait
(1) Mémoires de Noailles, tome H : Philippe V à Louis XIV^ 25 avrl 1709.
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« peiil-êire forcé de faire pour contenter ses ennemis « et recevoir d'eux les conditions qu'ils jugeraient a « propos de lui imposer. — Le chancelier enchérit (( encore sur cette cruelle peinture, et tous deux, sV (( dressant au ministre de la guerre comme a celui « des finances, les pressèrent de dire à Sa Majesté, en « ministres fidèles, s'ils croyaient, connaissant partice culièrement Tétat des troupes et des finances, qu'il « lui fût possible de soutenir les dépenses et pru- « dent de s'exposer aux hasards de la campagne. — « Une scène si triste serait difficile à décrire quand « mcme il serait permis de révéler le secret de ce (( qu'elle eut de plus touchant. »
Ce que Torcy ne révèle pas, tout cœur sensible le comprend, avant même d'en avoir lu ailleurs le détail explicite. A cet exposé de sa misère, Louis XIV pleurait avec les princes et avec ses ministres. Il ne lui restait donc plus de sa grandeur qu'une plus grande amertume, et de sa prospérité passée qu'un surcroit d'infortune par le contraste. Il se rappelait aussi 1672et les Hollandais à ses pieds, et lui, dans l'emportement de la victoire, rejetant superbement leurs offres si humbles. Il reconnaissait que Dieu lui renvoyait humiliations pour humiliations, et il sacrifiait à la nature en pleurant son abaissement. Qui aurait la dureté de n'y pas compatir? Ses ennemis eux-mêmes n'ont jamais refusé à sa douleur un respect mérité. Mais il le mérita mieux encore en acceptant cette justice. Dans la même séance^ le chrétien surmonta l'homme, le devoir l'emporta
sur Torgueil. Son premier devoir était de sauver le pays, et ce salut dépendait de la paix; il se déclara prêt aux sacrifices que la paix exigeait. Il consentit à abandonner Tournay et Lille, à démolir les fortifications de Dunkerque, à faire sortir de France le prétendant, à exécuter le traité de Munster au sens allemand et à rendre Strasbourg démantelé, à ajourner ses réclamations pour les électeurs de Cologne et de Bavière; à ces conditions il espérait encore obtenir pour Philippe V les Deux-Siciles, ou au moins le royaume de Naples. Tel fut le sens des nouvelles instructions envoyées à Rouillé (1). La dépêche contenant ces ordres, rédigée par Torcy, « fut lue et écoutée avec une égale douleur c< dans le conseil du 28 avril. La fermeté du roi ne se « démentit pas ; sa résolution était prise. »
Ce second acte de soumission échoua comme lèpre mier. Torcy s'était offert à aller lui-mêmeen Hollande pour seconder Rouillé par des pouvoirs plus étendus; informé à fond des intentions du roi, il pouvait, sans attendre de nouveaux ordres, profiler des moments propices à une conclusion. Le ministre se résigna, comme Rouillé,àrhumilitéetaux dangers d'un voyage incognito, avec un de ces passeports que les Hollandais avaient consenti à délivrer pour de simples courriers. Arrivé à Rotterdam, il sollicita l'entremise d'un banquier sur lequel il avait des lettres de crédit, pour se faire conduire à La Haye. Le banquier entra sans
;1) Voir cette dépêche dans les Mémoires de Torcy, seconde partie, tome I^r.
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retard chez le grand pensionnaire Heinsius; le représentant du roi de France attendit dans 2m^ espèce de salle ou antichambre que le bourgeois de La Haye voulût bien le recevoir (6 mai 1709). Il commença ses négociations par les Hollandais, dans un reste d'espoir qu'ils se prêteraient peut-être à quelque médiation; Marlborough et Eugène étaient d'ailleurs absents de La Haye. Comme les Hollandais étaient avant tout préoccupés de leur barrière, il tacha de les gagner en ne leurfaisant attendre que peu de jours leur satisfaction personnelle; après quelques discussions, de facilitéenfacilité,il leur promit successivement Tournay et Lille. Ils s'en montrèrent bien contents, mais ils n'en furent pas moins opiniâtres à soutenir toutes les prétentions de leurs alliés. On en peut juger par l'article d'Espagne seul. PourrepousserledédommiigementréclamépourPhilippeV, ilsafFectaientdedouterque Louis XIV pût le contraindre à accepter cet arrangement. Torcy eutbeau leurpromettreque, pour assurer le consentement de son petit-fils, le roi lui fixerait un délai de trois mois et que ce terme passé en cas de refus, il l'abandonnerait à ses seules forces. Ils n'entendaient rien lui laisser de la monarchie espagnole. Naples et la Sicile leur paraissaient une ^am^r^ nécessaire même à la conservation duTvroK possession de l'Empereur. Si le roi de France voulait absolument que son petit-fils fût roi, il n'avait qu'à ériger pour lui U Franche-Comté en royaume. Quand Marlbourough revint le 18 mai, la saison plus avancée semblaitrendre plus imminente l'ouver-
tiire de la campagne. Effrayé de cette perspective, le roi, pour éviter à tout prix la reprise de la guerre, autorisait Torcy à de plus larges concessions si elles étaient nécessaires; il allaitjusqu*à priver Philippe V de Naples et de la Sicile sans dédommagement ; il espérait qu'en retour il n'aurait plus à sacrifier Strasbourg ni Dunkerque. Il comptait encore sur l'avarice sordide de Marlbourough pour s'en faire un instrument; il réservaitau négociateuranglais deuxmillions s'il parvenait à obtenir les Deux-Siciles pour Philippe V, ou pour la France Dunkerque ou Strasbourg; Irois millions pour les Deux-Siciles et l'une des deux villes françaises; quatre millions pour les Deux-Siciles et les deux villes conservées ensemble (1). Aucun de ces calculs ne réussit. Marlborough commença par se faire promettre la démolition des fortifications de Dunkerque, la destruction de son port, la cession de Terre-Neuve, enfin l'abandon de toute la monarchie espagnole sans aucune réserve, et il continua à appuyer toutes les exigences de ses alliés. Cette fois il fut sourd à la voix de l'argent. Torcy essaya sans succès d'aborder cette question en lui parlant vaguement de ses intérêts particuliers. A ce mot d'intérêts, Marlborough rougissait et détournait la conversation.
Le prince Eugène dépassa encore les convoitises des autres nations. Il ne se bornait plus à Strasbourg, même fortifiée; il redemandait toute l'Alsace, tantôt
(1) Attesté et expliqué catégoriquement par Torcy, et dans une dépêche de Louis XIV du 14 mai.
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pour la rendre à la maison d'Autriche, tantôt pour mettre en liberté les dix villes impériales devenues françaises, tantôt pour disposer delà province en laveur de quelque ami, tel que le duc de Lorraine. Un peu plus tard en se rabattant à ne plus demander que le traité de Munster, il entendait retrancher de ce traité tout ce qui était favorable à la France. D'une part il faudrait rendre aux villes de la préfecture de Haguenau leurs anciens privilèges, et à l'Empereur la ville impériale de Strasbourg acquise pourtant à titre onéreux par la paix de Ryswick ; de l'autre, la France n'aurait ni Brisacli, ni Philipsbourg, et elle abattrait sur la rive gauche du Rhin toutes les forteresses qu'elle y avait élevées en vertu de la paix de Westphalie: Huningue, Neuf-Brisach, le fort Louis. Torcy déclara qu'il n'avait pas le pouvoir d'accepter, et fit entendre aux alliés que proposer de pareilles conditions, c'était prouver qu'on ne voulait pas la paix.
Cette inlention éclatait à chaque pas; par exemple* dans l'appui opiniâtrement accordé à toutes les ambitions du duc de Savoie, qui voulait s'approprier, en France, Briançon et Montdauphin. Il semblait que la coalition prît plaisir à faire de celte protection une offense personnelle à Louis XIV. La même pensée se manifesta encore plus directement dans les mesures qui furent mises en avant pour obliger Philippe Va sortir d'Espagne. Il ne suffisait pas, disait-on, que le roi abandonnât Philippe V à ses seules forces en retirant d'Espagne les troupes françaises. Il n'était pas
juste que la guerre finît pour la France seule, et que l'Empereur et ses alliés eussent encore à combattre pour mettre Tarchiduc en possession de son héritage. Mais le roi, répondait Torcy, ne peut faire la guerre à son petit-fils pour le détrôner, et Marlborough lui-même en convenait. Eugène demandai tau moins le passage par la France pour Tarmée alliée envoyée contre Philippe V; personne dans la conférence n'osa appuyer cet avis. Alors Heinsius proposa un moyen terme que Louis XIV ne pouvait pas accepter: c'était que trois villes d'Espagne et trois villes de France fussent immédiatement remises comme otages aux mains des Hollandais; les trois villes de France étaient Valenciennes, Cambrai et Saint-Omer. Les villes d'Espagne n'étant pas au pouvoir de Louis XIV, il était dérisoire de les réclamer de lui, et livrer les trois françaises, c'était ouvrir la France aux alliés. Torcy et Rouillé comprirent que la conclusion de la paix était impossible.
Avant de rompre tout à fait, pour mettre les alliés dans leur tort par un document authentique de leurs excès, et aussi pour retarder encore de quelques jours l'ouverture des hostilités, Torcy demanda au grand pensionnaire Heinsius un écrit officiel, qui réunît en corps toutes les prétentions des vainqueurs, et permît au roi de les examiner d'ensemble. Heinsius le donna le 29 mai 1709. Ce sont \es préliminaires de LaHaye, ce monument fameux d'infatuation et d'abus de la force. Nous en connaissons déjà les traits les plus significatifs; mais il nous semble utile d'en présenter une énu-
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méralion rapide et serrée, pour démontrer par Taccumulalion les avidités et les espérances des vainqueurs^ et leurs égoïsmes rivaux, les dangers où la France était tombée, et les pièges plus dangereux encore que lui tendait la mauvaise foi de ses ennemis :
Abandon de toute la monarchie d'Ëspajgne au roi Charges III , à la réserve de ce qui doit être donné à la couronne de Portugal, au duc de Savoie y et à la Bollandepom m barrière. Si \educ d'Anjou n'a pas quitté l'Espagne dans un délai de deux mois, le roi très-chrétien et les princes et États stipulants prendront de concert des mesures convenables pourTy contraindre. Jamais la maison de Bourbon, même par extinction de la maison d'Autriche, ne pourra posséder aucune ville, fort ou pays, dans l'étendue de cette monarchie. Spécialement^ la France ne pourra se rendre maîtresse des Indes espagnoles, ni y envoyer des vaisseaux pour y exercer le commerce directement ou indirectement;
Restitution à l'Empire et à l'Empereur, de la ville de Strasbourg et du fort de Kehl, dès que quelqu'un se présentera aux portes de la ville ou du fort, muni d'un plein pouvoir de Sa Majesté Impériale ou de l'Empire; restitution de Brisach à la maison d'Autriche, remise en vigueur du traité de Munster en Alsace, mais destruction des forteresses françaises, et conservation de Landau à l'Empire;
Reconnaissancedelaroyautéde la reine Anne, abandon de Terre-Neuve par la France à l'Angleterre, démolition des fortificationsdeDunkerqueet destruction de son port;
A la Hollande, la barrière promise, y compris le quartier de Haule-Gueldre, le larifdel664,etrexemption de la taxe des einquanle sols par tonneau ;
Au due de Savoie, la restitution de la Savoie et du comté de Nice, et l'abandon d'Exilles, de Fenestrelles, et de la vallée de Pragelas , de telle sorte que le mont Genèvre soit désormais la limite entre la France et la principauté de Piémont;
Au roi de Prusse la principauté de Neucliâtel et le comté de Valengin;
Au Portugal, tous les avantages que stipulent les traités conclus entre cette couronne et ses alliés ;
Aux quatre cercles de l'Empire associés à la ligue, comme aussi au duc de Lorraine, le droit de faire au Congrès, outre ce qui est déjà accordé, toutes les demandes qu'ils ti'ouveront convenir.
Ainsi les préliminaires ne disaient pas toute la pensée de leurs auteurs; Il fallait s'attendre, dans le Congrès, à des prétentions nouvelles et imprévues. Bien plus, les conditionsdeceCongrèsallaientréduire la France à l'impuissance de se défendre, pendant qu'elles doubleraient les forces de ses ennemis. Il était accordé une suspension d'armesde deux mois. On s'efforcerait d'achever les traités définitifs dans ces deux mois ; dans le même temps le roi très-chrétien aurait a retirer ses troupes d'Espagne, à évacuer les villes des Pays-Bas espagnols où il tenait encore garnison, et toutes les autres villes et pays spécifiés, en y laissant les canons, l'artillerie, les munitions de guerre qui s'y trouvaient, et même à raser les fortifications de Dun-
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kerqiie et combler son port. A ce prix seulement la suspension d'armes pourrait être continuée jusqu'à la conclusion définitive de la paix. Or il était impossible d'exécuter, en deux mois, les travaux de destruction de Dunkerque; il n'étiût pas plus facile de changer en dcuxmois les résolutionsbienconnues de Philippe V. Cependant la France aurait ouvert toutes ses portes, cédé les villes qui défendaient ses frontières, livré ses canons et ses munitions, et ses ennemis accrus de toutes ces dépouilles seraient libres, à l'expiration des deux mois, de recommencer les hostilités avec un avantage irrésistible. Ce n'était donc qu'une /r^y^Cû/)tieuse, selon l'expression de Torcy, combinée par les alliés à leur profit unique, et pour la France une sorte de suicide par uneconnivence dégradante aux préméditations de ses ennemis contre elle.
Torcy laissa Rouillé en Hollande, pour y attendi'e la réponse du roi, et lui-même il rentra en France, bien résolu à nejamais conseiller au roi une faiblesse indigne de lui et de la nation. Le 2 juin, Louis XIV envoya à Rouillé l'ordre de révoquer toutes les offres qu'il avait faites tant aux États-Généraux qu'à leurs alliés, et de quitter La Ilaye.
IV. — Rejet des préliminaires de La Ilaye. — Nouvelle adhésion des Espagnols à Philippe V ; l'esprit public en France favorable à la guerre. — Campagne de 1709. — Victoire en Alsace. — Bataille indécise de Malplaquet. — Persistance de la gêne publique. — Nouvelles tentatives de paix; conférences de Gertruydenderg. — Campagne de 1710; les hostilités languissent dans les Pays-Bas. — Revers inattendus de Philippe Y : Almenara et Saragosse. — Les alliés semblent l'emporter définitivement.
On raconte qu'à la nouvelle de la rupture, il y eut grande joie à La Haye. Les Etats-Généraux votèrent avec enthousiasme la continuation de la guerre. On vit Marlborough et Tenvoyé autrichien Sinzendorf embrasser avec transport plusieurs députés. Ils croyaient la Franceépuisée ; ils l'avaient donc réduite à se livrer elle-même par une résistance impuissante; ils allaient s'en partager les lambeaux tant convoités, selon un plan du prince Eugène.
En Espagne, par un sentiment contraire, la joie ne fut pas moins grande. Les Castillans n'avaient appris qu'avec désolation que Louis XIV les livrait à l'archiduc. Si encore la monarchie eût passé tout entière aux mains de ce prince, la conservation de leur unité aurait pu les consoler. Mais son avènement même était un démembrement par les parts, non définies, qu'il fallaitabandonner au duc de Savoie, au Portugal et à la Hollande, à des puissances hérétiques ou amies d'hérétiques. Dans cette crainte, les grands se serraient de plus en plus autour de Philippe V; un d'entre eux, un mécontent, avouait qu'il aurait un double plaisir à remplir ses devoirs de bon sujet, puisqueceseraità la fois contrarierlesdesseinsde la France.
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Philippe répondait à ce dévouement par des marques d'une confiance entière, par la promesse de ne jamais renoncer au trône d'Espagne. Pendant les négociations, ils avaient remporté un grand avantage sur les Portugais (à la Gudina, 7 mai 1709); cette victoire quelleinsius lui-même présentait aux alliés comme digne de considération (1) avait affermi leur confiance en leurs forces. Ce fut bien mieux quand ils purent croire que Louis XIV, dégagé de toutes ses promesses, et malgré le besoin qu'il avait de ses troupes du côté du Nord, leur en laisserait pourtant une partie comme auxiliaires (2) .
En France, comme la situation avait deux faces, il y eut aussi lutte entre deux sentiments opposés. Le premier mouvement fut d'indignation contre les exigences des alliés, et d'appel aux armes pour l'honneur du pays, a Tous les bons Français, tout ce qui a une (c goutte de sang français dans les veines,» ont applaudi à la rupture ; <( la guerre vaut encore mieux que la <c honte. » Mais bientôt la réflexion rabattait cette fermeté. Comment faire la guerre a quand on n'a ni blé ni argent? » Alors la défaillance chassait l'enthousiasme. C'est encore M"*" de Maintenon qui l'avoue dans un langage vraiment digne de l'histoire: <c Comte ment sauvera-t-on la France, s'il n'y a plusde Fraa- <£ çais ?. . .» c< Le maréchal de BoufQers et moi nous sé- « chons de tout ce que nous voyons de lâche et de tout
(1) Mémoires de Torcy, dépôcho du 22 mai 1709.
(2) Dangeau, juin 1709; Mémoires de Noailles, tome II; lettre d'Ameiot à Louis XiV, 1<''' juillet 1709.
c< ce que nous redouions de funeste. » Mais elle-même, çà et là, au moins par compassion, elle semble avoir sa part de cet abattement. c(M"° la duchesse de Bourc< gogne est encore un peu plus triste que moi, elle c< connaît trop le fond el les circonstances de son état; c( elle aime le roi, elle aime son mari, elle aime son c< père, elle aime sa sœur. Tous ces endroits-làlui fource nissent assezde matières à seschagrins. — Il s'y joint c( un soupçon de grossesse, et dans l'état où nous somc< mes, faire des princes, c'est presque faire des malce heureux (1). »
Ce fut le premier sentiment, le plus noble, qui l'emporta. Le roi y poussa énergiquement par ses paroles et par ses actes. En même temps qu'il rappelait Rouillé, il annonça à Villars (3 juin) la rupture des négociations, et la nécessité de reprendre les armes (2). Dans ce besoin urgent de mettre la nation de son côté, il ne craignit pas de la prendre pour juge entre luietses ennemis. Il fit publier les Préliminaires ^ afin que personne n'ignorât les sacrifices qu'il avait consenti à subir et les odieuses prétentions de ses insatiables voisins. Il y joignit un manifeste adressé à tous les gouverneurs de provinces et de villes, pour commenter ces prétentions, et faire voir que, sous prétextede leur sûreté, les alliés ne se proposaient que d'accroître leurs Etats aux dépens de la France, de s' ouvrir une entrée facile dans le royaume toutes les fois qu'il leur plai-
(1) Maintenon au duc de Noailles, 9 et 22 juin 1709. ;2) (Euvres de Louis XIV, tome VI .
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rail de commencer laguerre,el,sousrapparenced'une suspension d'armes de deux mois^ de détruire par la main même du roi les derniers remparts qui pouvaient encore les arrêter. Son appel à l'honneur national était encore d'un ton plus élevé et plus capable d'entraîner les cœurs. «Je passe sous silence, disait- <( il^ les insinuations qu'ils m'ont faites de joindre mes (( forces à celles de la ligue, et de contraindre le roi « mon petit-fils à descendre du trône s'il ne consentait «pas à vivre désormais sans Etats. Il est contre l'hu- « manité qu'ils aient seulement eu la pensée de m'en- « gager à former avec eux une pareille alliance : mais «quoiquema tendresse pour mes peuples ne soit pas « moins vive que celle que j'ai pour mes propres en- « fants, quoique je partage tous les maux que la guerre «fait souffrira des sujets aussi fidèles, et que j'aie fait « voir à toute l'Europe que je désirais sincèrement les « faire jouir de la paix, je suis persuadé qu'ils s*oppo- « seraient eux-mêmes à la recevoir à des conditions « également contraires à la justice et à l'honnewr du « nom français (1). »
Il accorda à l'opinion publique une salisiactionqui lui coûtait beaucoup. Tout le monde était alors déchaîné contreChamillard. C'était à ce ministre qu'on s'en prenait des troupes dénuées de tout, des places dégarnies, des magasins vides. On ne lui tenait plus aucun compte ni de l'activité qui avait si vite rétabli les ar-
(1) Co manifeste se trouve dans les mémoires de Torcy, tome I, et dans le Journal de Dangeau.
mées après Ilochstelt et RamilUes, ni de son ardeur à se mettre en pièces présentement pour le service (1), ni de ce qu'il ne pouvait pas faire dans un moment de /)^/i?/n^ universelle. Le roi Favait longtemps soutenu contre ses ennemis parce qu'?/ lui faisait pitié ; ï\ le sacrifia enfin (10 juin) les larmes aux yeux (2), et le remplaça par Voisin, ancien intendant en Hainautet conseiller d'Etat. Il importait encore dérégler la campagne que les ennemis se hâteraient d'ouvrir. Comme l'armée du Dauphiné sous Berwick paraissait être en bon état et bien retranchée contre les insultes de Victor-Amédée, il mit sa principale attention à fortifier celle de Flandre; il envoya ce qu'il put d'argent à Villars, et prit des mesures pour lui faire voiturer du blé de Picardie et de Bretagne. Il se résolut à laisser des troupes françaises au roi d'Espagne, à la prière de la jeune reine, et dans cette pensée qu'affermir Philippe Vêtait labonnemanièred'ôter aux alliés l'espérance de le dépouiller sans dédommagement. Il ne négligea pas non plus d'encourager lescorsairessiredoulés des Anglais et des Hollandais. Ceux de Saint- Malo en particulier faisaient de temps en temps de belles prises, qui troublaient les succès de la coalition. Duguay-Trouin surtout y avait mérité le grade de capitaine et récemment des lettres de noblesse; il
(1) Cette phrase est de M"^® de Main tenon.
(2) C'est Saint-Simon lui-môme qui parle des yeux rouges et mouillés du roi après une audience donnée au fils de Chamillard. Voir aussi les lettres de M™« de Main tenon et les Mémoires de Berwick, 1709.
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armait encore en ce moment sept vaisseaux. Le roi, pour encourager ce zèle, déclara qu'il renonçait à son droit du cinquième sur les prises (27 juin).
On ne tarda pas à voir qu'il savait bien comment il faut mener les Français, selon sa propre expression. Une ardeur honorable répondit à sa confiance. A l'armée de Villars, la lecture'des préliminaires et l'orgueil des ennemis soulevèrent rindîgnation des soldats; quand ils apprirent à la suite le rejet de pareilles propositions, ils poussèrent un cri de joie et d'ardeur d'en venir aux mains avec ces insolents (1). Par tout le royaume, on remarqua, cette année, plus de zèle pour les enrôlements, plus de fidélité au drapeau dans les recrues. A la cour, malgré plus d'une répugnance, un bon nombre de personnages offrirent au roi leur vaisselle d'argent, soit en don provisoirejusqu'àceque Tamélioration de ses affaires lui permîtd'en rembourser le prix, soit comme moyen de remettre des espèces en circulation. La ressource était sans doute insuffisante. La vaisselle d'or du roi, sacrifiée la première, n'avait rendu que quatre cent mille livres ; la vaisselle d'argent des particuliers n'en donna guère qu'un million quatre cent mille. Mais ce sacrifice n'était pas à dédaigner dans un commencement de campagne; il permettait déjà d'envoyer aux armées quelques secours fort appréciables dans cet état de misère (2); il offrait d'ailleurs un exemple de dévouement qui ne tom-
(1) Mémoires de Villars.
(2) Lettres do Maintenoii, juin 1709.
baitpassansfruitde Versailles sur Paris, des plushaates classes sur le peuple; on aime en effet à trouver sur la liste des donateurs le sculpteur Girardon à côté des noms les plus aristocratiques. Saint-Simon seulmurmure d'avoir à s'imposer cette privation et se vante de l'avoir réduite aux proportions les plus modestes. Il est fidèle à son habitude de se désintéresser de tous les devoirs et de tous les malheurs publics (1).
Sous l'impulsion de ces sentiments, là campagne de 1709 annonça chez les Français un renouvellement
de forces qui surprit les alliés, et les avertit une première fois que leurs espérances pourraient bieïi être mal fondées. Il fallait, en Flandre, tenir tête à Eugène et à Marlborough. Sur le Rhin une armée inipériale, grossie d'un renfort de Hongrie, menaçait l'Alsace, et au delà la Franche-Comté où des conspirateurs de toutes les classes lui promettaient de livrer aux Alle-
(1) Se désintéresser de fous les devoirs. . . Ce mot n'est pas trop dur pour ce médisant égoïste, pour ce fainéant sans vergogne, qui n'a d'autre emploi que de guetter les défauts, les ridicules, les fautes ou les malheurs du prochain, afin de s'en prévaloir à son profit, de déprécier tout ce qui travaille^ de rabaisser tout ce qui s'élève, et de se démontrer sa propre supériorité par le peu de valeur de ses contemporains. A vingt et un ou vingt-deux ans, furieux qu'on ne lui reconnaisse pas encore des qualités militaires qu'il n'a paSj il quitte pour toujours le service, ou les autres auront au moins, malgré leurs fautes ou leurs erreurs humaines, le mérite de ne pas s'épargner. A l'époque d'Oudenarde, il se disirait des calamités publiques en se promenant de château en château, et il en fait sans embarras le titre d'un de ses chapitres : Je vais me promener sur la Loire, Quand yile est assiégée, et que le danger de celte ville est devenu la grande inquiétude des esprits sérieux, il ne trouve rien de plus opportun que de faire valoir sa perspicacité en pariant, sous forme de jeu^
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mandscet ancien fief de TEmpire. Berwick, dans les Alpes, avait à contenir le duc de Savoie et les auxiliaires allemands de ce prince qui cherchaient un chemin pour rejoindre les autres en Franche-Comté, et par derrière un nouveau mouvement des fanatiques du . Languedoc toujours prêts à profiter des invasions étrangères. Il fut pourvu à tous ces besoins avec honneur sinon toujours par des victoires.
Villars avxiit une armée inférieure de cinquante mille hommes à celle de Tennemi; il ne disposait que d'une petite artillerie de campagne contre deux cents bouches à feu bien servies. Il se borna d'abord à la guerre défensive, à la protection de la frontière. Campé dans la plaine de Lens derrière un fossé revêtu de terre, il imposa tant de respect aux alliés que ceux-ci n'osèrent pas l'attaquer. Il manœuvra ensuite pour concentrer leurs efforts sur Tournay dont les fortifi-
contre quatre pistoles, que Lille succombera sans secours et sans combat; et il s'étonne, comme d'une noirceur horrible, qu'on raccose dHmprouver tout, d'être mécontent et de se délecter de tous les mauvais succès. Ici, sous prétexte que le sacrifice de la vaisselle d'argent ne rapportera pas assez, il s'y soustrait vilainement. « Quand je me « vis, dit-il, presque le seul de ma sorte mangeant dans de Targent, « j'en envoyai pour un millier de pistoles à la Monnaie et je fis ser- « rer le reste. J'en avais peu de vieille de mon père et sans façon, a de sorte que je la regrettai moins que l'incommodité et la malpro- « prêté. » De telles paroles se commentent d'elles-mômes. Que le talent de médire avec art et d'amuser la malignité humaine a de beaux privilèges I Voilà pourtant l'homme que, depuis cinquante ans» on admet comme la plus grande autorité historique du dix-septième siècle, comme le juge en dernier ressort d'une des plus brillantes époques de notre histoire, parce qu'il prend à lâche de la ravaler. Voir le livre de Ghéruel : Saint-Simon considéré comme historien.
calions, capables d'une longuerésistanee, lui permettraientde gagner du temps. La ville investie le 27 juin, il s'attacha à troubler les assiégeants par des attaques partielles, comme la prise de Warneton où d'Artagnan fit prisonniers les seize cents hommes de la garnison. Malheureusement la rareté du pain le retenait près des places françaises; il ne pouvait jamais avoir de pain que pour un jour à la fois, et il ne lui était pas permis de s'avancer avec toutes ses forces à trois lieues de soncampement. Pour nourrir les brigades envoyées contre Warneton, il avait fallu fâirejeûner celles qui ne marchaient pas (1). Cette pénurie et les clameurs des habitants de Tournay, qui craignaient la famine, entraînèrent la reddition de la ville le 27 juillet, mais non celle de la citadelle dont la défense retint encore l'ennemi jusqu'au 2 septembre. Pendant ce temps, l'Allemand Daun, auxiliaire de Victor-Amédée, manœuvrait pour entrer par la Savoie en Franche-Comté et occuper Annecy. Mercy, général de l'Empereur, passaitleRhinàRhinfels, avec la connivence des Suisses, et jetait un pont entre Huningue et Brisach pour hâter l'arrivée de ses renforts. Cette combinaison fut glorieusement déconcertée. Le maréchal d'Harcourt commandait l'armée d'Alsace; pendant qu'il gardait lui-même les lignes de Lauterbourg menacées par l'électeur de Hanovre, le comte du Bourg, son lieutenant, veillait' sur la haute Alsace. A la nouvelle du mouvement de Mercy, le maréchal renforça du Bourg
(1) Mémoires de Villars.
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de deux régiments de drngons et lui envoya Tordre de combattre fort ou Faible. Du Bourg ne fit pas attendre Texécution. Le 26 août, il assaillit Mercy près de Rumerslieim et le vainquit complètement en une heure^l demie de combat. Deux mille cinq cents prisonniers, tous les canons, tous les équipages des Allemands, les bateaux de leur pont, beaucoup d'étendards et de drapeaux, restèrent aux mains du vainqueur. On évalua à quinze cents le nombre de leurs morts sur le champ de bataille, à mille ceux qui se noyèrent dans le Rhin. Le reste disparut par une fuite rapide. Mercy blessé se réfugia à Baie avec 150 hommes, laissant derrière lui son carrosse et sa cassette,où Ton trou va toutes les preuves du complot qui avait failli cpiiter la Pranche-Comtéà la France,etdes desseins du prînceEugène pour le morcellement du royaume (1). L'électeur de Hanovre, qui attendait l'effet de la marche de Mercy pour attaquer les lignes de Lauterbourg, rebroussa chemin. Dans les Alpes, la défaite d'un lieutenantde Daun près de Briançon, avec une perte de douze cents hommes tués ou blessés, correspondait presque jour pour jour à la victoire de Rumersheim. La nouvelle de la défaite de Mercy décida Daun à rentrer dans le Piémont et à abandonner ses projets d'invasion en France (2).
La Flandre réclamait de nouveaux efforts. Villars avait de lui-même représenté au roi qu'il serait pru-
(1) Dangoau, Journal, 31 aoflt ot 1^'^ septembre.
(2) Mémoires do Herwick.