‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 10 sur 142 · OCCUPATION DK LA LORRAINE US · texte numérisé non relu

OCCUPATION DK LA LORRAINE US

nait avis que le chevalier de la Pourille, qu'on avait fait partir secrètement de la cour, avant de rompre le camp de Saint-Germain, s'était mis à la tête des troupes qui étaient en garnison sur les frontières de Lorraine, qu'il était entré dans ce pays et s'était emparé de la ville de Nancy ; que ces peuples s'attendaient si peu à cette entreprise et qu'elle avait été conduite avec tant de diligence et de secret, qu'il avait pris la duchesse et qu'il s'en était fort peu fallu qu'il ne se fût saisi de la personne du duc ; que ce prince s'était retiré dans Bitche, petite place, mais très-forte, et que là il assemblait le plus de forces qu'il lui était possible pour se défendre... ; que l'armée française qui avait campé proche Saint-Germain avait marché du côté de Péronne, sous le commandement de M. de Vaubrun, mais qu'on avait donné ordre de diviser les troupes en deux corps, dont l'un irait joindre le marquis de Créqui, en Lorraine, et l'autre du côté de Sedan, où il s'arrêterait pour s'opposer aux entreprises qu'on pourrait faire du côté de la Flandre ou du côté de la Hollande...

« Après cela, M. de Wittet les autres commissaires s'étendirent fort sur l'importance de cette saisie de la Lorraine, disant que cela coupait entièrement la Bourgogne du reste des provinces d'Espagne, et que cela empêchait toute la communication que les Pays-Bas espagnols avaient avec cette province, et qu'elle se voyait aussi privée de celle des Suisses et de plusieurs princes allemands.

De sorte qu^on pouvait comparer la Lorraine à la citadelle d'une ville qui commande à tout le reste. Ils ajoutèrent que la duché de Luxembourg se voyait aussi en quelque façon bloquée, et qu'elle ne pouvait plus donner de secours aux autres provinces des Pays-Bas espagnols ni en recevoir; que les Français mettraient bientôt le pied sur la gorge aux électeurs de Mayence et de Trêves, et que, par conséquent, quand la France commencerait à attaquer la Flandre, après s'être rendus maîtres de la Lorraine, la comté de Bourgogne serait à eux en une heure de temps aussi bien que la Flandre en peu de jours... Enfin^ ils me dirent qu'ils avaient aussi eu avis, par la même poste, de tous les préparatifs de mer que les Français faisaient et de l'état où était leur flotte, dont ils me donnèrent la liste que je vous envoie (1).» Les Hollandais n'avaient plus qu'une espérance, c'était que l'Angleterre pourrait encore faire pencher la balance du côté qu'il lui plairait et se rendre l'arbitre de toutes les affaires de la chrétienté; sans cela ils étaient résolus de laisser agir le bon Dieu, et de voir la France à leurs portes sans se remuer (2). Quel coup de grâce pour eux quand il fut évident que l'Angleterre les abandonnait ! D'Arlington répondit à Temple, courrier par courrier : « Sa Majesté ne sait pas bien ce qu'elle doit dire, ni les plaintes qu'elle doit faire à cet égard, jusqu'à ce qu'pn ait appris ce que dira

(1) Temple, Lettre à milord Ârlington, 2 septembre 167(i. • (2) Temple. Ibid.

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