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OCCUPATION DE LA LORRAINE

le roi très-chrétien, ce que le duc de Lorraine alléguera de son côté^ en un mot, de quelle manière l'Empereur, le roi d'Espagne et les princes voisins en témoigneront leur ressentiment (1). » En même temps il rappelait Temple à Londres, en lui recommandant toutefois de laisser sa maison à La Haye, et d'assurer les Hollandais de son prochain retour. Temple, l'auteur de la Triple-Alliance, dévoué corps et âme à son ouvrage, était bien déterminé à ne jamais le défaire; il avait à ce titre la confiance des Hollandais. Son rappel était le signe manifeste d'un changement dans la politique anglaise. De Witt en fut atterré. Temple lui-même commença à comprendre le peu d'accueil que depuis quelque temps ses propositions trouvaient en Angleterre, et il ne douta plus de sa disgrâce, lorsque, revenu à Londres, Arlington évita de lui parler des affaires de Hollande^ et que Clifford lui dit que les ministres des Etats étaient des coquins et de la canaille avec qui Sa Majesté ni aucun prince ne pouvait honnêtement avoir à faire (2). Grâce à cette immobilité de ses voisins^ et plus encore à la supériorité de ses forces, Louis XIV acheva vite la conquête de la Lorraine (5 octobre 1670). L'Empereur essaya de protester, timidement, il est vrai, puisqu'il intervenait, disait-il, non pour faire rendre la Lorraine

(1) LeUre d* Arlington, 1^"^ septembre; vieux style, Il septembte 1670.

(2) Temple à son père, 22 novembre 1670.

à son duc, mais pour disposer favorablement le roi de France en faveur de ce prince. Le ton du vainqueur n'était pas propre à lui rendre de l'audace. L'envoyé d'Autriche demandant une conférence avec les ministres^ Louis XIV répondit qu'il avait l'habitude de traiter ses affaires lui-même. Dans le cours des négociations^ il donna deux raisons de son refus, la prudence et sa dignité. Il n'était pas sage de laisser le duc de Lorraine entre lui et TEmpereur, parce que les indiscrétions de ce prince inconstant pouvaient compromettre l'un et l'autre. On avait fait courir le bruit que l'Empereur entendait prescrire In restitution; le roi ne pouvait souffrir qu'on attribuât à la peur ce qui ne dépendait que de sa volonté. Il fallait donc choisir entre l'amitié ou l'inimitié du roi (1). Léopold n'insista pas.

Cependant l'alliance de la France et de l'Angleterre recevait son dernier complément. Le traité de Douvres n'était connu et signé que d'une partie des conseillers de Charles II, de ceux qui étaient favorables aux catholiques^ Arlington, Clifford, Arundel. Il importait de le faire adopter par les autres, |K)ur assurer à l'exécution le concours de toutes les forces du Gouvernement. Le roi chargea donc Buckingham et ses amis, qui ne savaient rien encore, d'entreprendre d'eux-mêmes, et comme chose nouvelle, un semblant de négociations avec la France

(1) Voir Basnage, 1670. Mignel, tome \\\, (lartic H. .Négociations avec rAutriche, nov., déc. 1670.

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contre la Hollande, reproduisant le traité de Douvres, mais où la question religieuse n'étant pas nommée, ses conseillers protestants pourraient signer sans répugnance. Louis XIV s'y prêta d'autant plus volontiers, qu'il avait besoin de ménager les protestants d'Allemagne et surtout l'électeur de Brandebourg. Cette comédie aboutit au traité simulé du 30 décembre 1670. Charles II n'y parlait pas de sa déclaration de catholicité, mais les deu\ millions promis pour cet acte lui étaient conservés pour frais d'armement. On augmentait la part de l'Angleterre dans la dépouille de la Hollande. Le traité de Douvres lui avait assigné l'île de Walcheren, l'Écluse et Cadsant; ici on lui accordait, en outre, les îles de Woorne et de Goerree : engagement dangereux, selon le marquis de Pomponne, car c'était livrer aux Anglais toute la Zélande, l'entrée au cœur de la Flandre, l'embouchure de la Meuse et le chemin de la province de Hollande. Lyonne lui-même ne s'en aperçut que trop tard : « De bonne foi, disait-il, quand nous avons fait ce traité, nous n'avons pas fait réflexion que Middelbourg et Flessingue étaient dans l'île de Walcheren (1). » Au moment même, on ne considéra que l'avantage d'avoir engagé tous

tl) Mémoires du marquis de Pomponne.

Encore un argument en faveur de ceux qui font aujourd'hui de la connaissance minutieuse de la géographie le salut du genre humain, li est vrai que les diplomates et les officiers d'état-major doivent savoir exactement la géographie, soit pour régler les limites des nations, .soit pour en préparer l'invasion, ou, ce qui vaut mieux, en assurer la défense.

les ministres anglais contre la Hollande, les protestants aussi bien que les catholiques.

Il n'y avait plus en apparence qu'à ouvrir les hostilités; le traité simulé en fixait même le commencement au printemps de 1671. Mais, quelle que fût l'impatience de Louis XIV, elle ne dominait pas sa prudence. Il eût regardé comme téméraire d'attaquer la Hollande avant de lui avoir ôté tout appui du côté de l'Allemagne et de la Suède. L'année 1671 se passa encore tout entière en négociations.

La ligue du Bhin s'était dissoute faute de renouvellement au terme fixé (août 1667), c'est-à-dire à l'époque même où la guerre de dévolution rendait suspects aux princes allemands les projets et la supériorité de leur protecteur. Louis XIV eût bien voulu la reconstituer. Dès février 1669, en accordant ses subsides et ses canons à l'électeur de Cologne , il lui faisait prendre l'engagement de donner les mains au rétablissement de la ligue aussitôt qu'il aurait trois ou même deux adhérents (1). L'année suivante (février 1670) il en obtenait autant de l'électeur de Bavière. Cet électeur, jusque-là hostile , comme son père , à la politique française , promettait de ne pas entrer dans la Triple-Alliance et de travailler à renouveler la ligue du Rhin dont pourtant il n'avait jamais été membre, de prendre parti pour la France dans le cas où l'Empereur ne vou-

{}) Dumont, (]orpH diptomatif^ite, l. VII; le traité cité plus haut, page 16.

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lirait pas transiger pour la succession d'Espagne^ de donner sa fille au Dauphin^ et sa voix à Louis XIV poiu» la dignité impériale à la première vacance. Des tentatives analogues furent faites auprès de Télecteur de Brandebourg. Par un traité qui est resté à l'état de projet (décembre 1669), il était invité à ne pas entrer dans la Triple-Alliance, à faire renouveler la ligue du Rhin par les princes de Brunswick, Lunebourg et Hesse, à appuyer de ses armes les prétentions de la France sur les Pays-Bas; il recevrait en retour les forts de Gueldre, Venloo et Ruremonde(l). Mais le Brandebourg avait déjà sa politique et ses projets à part. Il caressait l'espoir d'être le chef des protestants, et de fonder sur cet accord une puissance rivale de l'Autriche. Il éluda des propositions qui, en aidant au développement de la France, auraient entravé le sien .

La maison de Hohenzollern, en possession de l'électorat de Brandebourg depuis I4I5, n'avait eu d'abord de remarqùablequelessurnomsdesesprinces. Elle avait produit Frédéric Dent de Fer, Albert fAr chille et VUlysse à la fois, Jean le Cicéron^ Joachim le Nestor y Joachim II V Hector Allemand . En 1618 avait commencé son accroissement territorial par l'acquisition delà Prusse. Ce duché, ravi à l'ordre Teutonique par l'apostasie luxurieuse du grand maître Albert de Brandebourg, revenait, après une courte durée de

(1) Voir Mignet, tome III, partie III. Il cite le projet de traité, en latin, inédit, qui est au dépôt des affaires étrangères.

cette dynastie bâtarde^ à la branche ainée delà famille. Outre cette origine peu honnête, Théritage était grevé de conditions assez gênantes ; c'était un fief de la Pologne , qui imposait le serment et Thommage envers un roi étranger ; c'était un domaine isolé sans communication avec le Brandebourg dont le séparaient, à grande distance, la Poméranie et plusieurs provinces polonaises. Mais la suite a prouvé que ces groupes d'États épars pouvaient être les jalons d'un grand empire, si le possesseur savait s'en servir comme de camps avancés au milieu des princes intermédiaires, comme de moyens de chicanes spécieuses et d'invasion en temps opportun. Les dissensions de l'Allemagne, la guerre de Trente Ans, les rivalités des États du Nord, offrirent à la maison de HohenzoUern l'occasion d'essayer avec persévérance et avantage ce système frauduleux. L'électeur Frédéric- Guillaume , le premier qui ait porté ensemble ces deux noms demeurés à peu près inséparables chez ses descendants, obtint à la paix de Wéslphalie (1648), grâce à la fermeté de la France (1), la Poméranie ultérieure qui le rapprochait de la Prusse , et la province de Magdebourg qui arrondissait sa puissance dans le bassin de l'Elbe. Par son intervention dans la rivalité de Charles-Gustave et de Jean-Casimir , il affranchit la Prusse de la suzeraineté de la Pologne (traité de Wehlau, 1657); indépendance qui

{\} Voir notre chapitre V, deuxième section, t. I : Paix de Weslphalie.

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préparait la royauté de ses successeurs sur les bords de la Vistule. Enfin le règlement définitif de la succession de Clèves et Juliers (1666) lui assigna le duché de Clèves et les comtés de La Marck et de Ravensberg ^ dans le bassin du Rhin : troisième groupe d'où devait sortir un jour la Prusse-Rhénane. Par ses succès , Frédéric-Guillaume mérita le nom de Grand-Électeur qui le distingue entre les princes allemands au xvii* siècle ; il devint réellement le souverain prépondérant de T Allemagne du Nord. Dès lors , il ne pouvait voir qu'avec jalousie ou inquiétude tout projetcapable de consolider la prépondérance française sur les bords du Rhin. Louis XIV essaya vainement de l'armer contre l'Espagne^ et de le tourner contre les Hollandais^ en lui représentant que les Hollandais^ en vertu d'anciens arrangements, tenaient garnison dans plusieurs de ses villes du duché de Clèves , qu'ils étaient bien plus maîtres chez lui que lui-même , que la France le délivrerait de cette assistance gênante; l'électeur ne se laissai prendre à aucune raison ni promesse; il songeait bien plutôt à défendre la Hollande. L'antipathie des Hohenzollern pour lagrandeur française commençait. Mais ce que l'Électeur de Brandebourg refusait obstinément^ Louis XIV, à force de persévérance, l'obtint de là plupart des anciens alliés du Rhin. Il n'est pas sans intérêt de remarquer Gourville parmi les agents qu'il employa; l'ancien complice de Fouquet , non encore relevé de ses condamnations à la taxe et à mort, était admis provisoirement à mériter

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sa réhabilitation par des services de tout genre. Il négocia surtout auprès de la maison de Hanovre (1). Le duc de Hanovre (10 juillet 1671) promit de ne pas aider les Hollandais et de fermer ses États à leurs auxiliaires ; il livrerait au contraire le passage et des vivres aux troupes françaises, moyennant 10,000 écus par mois pendant deux ans et la restitution de ce que les Hollandais lui avaient pris. L'évêque de Munster conclut deux traités (28 juillet 1671) : par le premier, qui était public, il restait neutre ; par le second, qui était secret, il ouvrait ses Etats et mettait ses ressources à la disposition du roi, moyennant un subside mensuel de 10,000 écus. L'évèque d'Osnabruck, de la maison de Lu nebourg, tout en ne promettant que sa neutralité , donnerait des preuves de son affection aux intérêts et service du roi [2), c'est-à-dire laisserait les armées françaises circuler chez lui el acheterdesvivres; un subside mensuel de 5,000 écus, etdes secours, s'il était attaqué lui-même, seraient sa récompense (23 octobre 1671). L'électeur de Cologne, déjà lié à la France depuis deux ans, s'engagea plus étroitement (11 juillet 1671) adonner aux Français le passage, des vivres , des magasins , à leur laisser construire un pont surle Rhin à l'endroit qu'il .leur plairait de choisir. Cet électeurétaitde la famille de Bavière. On a vu que l'Électeur de Bavière luimême avait, l'année précédente, accepté résolument

(l) Mémoires de Gourville.

1^) Dumont, Corps diplomatique, tome» VII; texte du irai lé.

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l'alliance de Louis XIV. Pour compléter renchaînement de la maison de Wittelsbach à la politique française^ le due d'Orléans, frère du roi, épousa la fille de l'électeur Palatin (octobre 1671).

Le chef-d'œuvre de l'art fut sans doute d'amener enfin l'Empereur à ne pas contrarier les projets de la France. Léopold se débattait depuis trois ans entre les propositions des Hollandais , les reproches de l'Espagne, l'adresse du ministre français Grémonville, et les intrigues de l'impératrice douairière, sa belle-toère, quise vendait à la France pour des parures de diamants dignes d'elle et du monarque donateur (1). Il ne se décidait ni à entrer dans la Triple-Alliance, nia garantir le traité d'Aix-la-Chapelle, ni à prendre confiance en Louis XIV. De temps en temps ses ministres, gagnés par l'Espagne, faisaient des scènes à Grémonville pour le forcer à quitter Vienne. On crut un instant que la rupture ouverte allait éclater. Les principaux seigneurs hongrois, Nadasti, Serin (Szerini), Frangipani , Tattembach , avaient comploté un soulèvement formidable. Découverts et condamnés (avril 1671), leurs supplices en différentes villes inaugurèrent un système d'oppression impitoyable pour " Hongrie. On soupçonna assez facilement qu'ils avaient eu la France pour complice; et au moinsdans les années précédentes Louis XIV n'avait pas été pur de toute complicité avec Serin (2). Mars la violence

(1) Voir dans Mignet les dépêches de Grémonville sur ce sujet.

(2) Voir plus haut, chap. xvii, l'« section, les aveux de Louis XIV dans ses Mémoires, relativement aux mécontents hongrois.

même des ministres autrichiens leur donnait un tort, dont, après le premier moment, ils craignirent les conséquences. Une lettre de Louis XIV (24juin 1671), habile mélange d'amitié et de menace, fortifia cette réflexion. Il y rappelait avec quel bonheur Grémonville avait servi les deux souverains dans le traité de leur étroite union pour le partage de la succession espagnole. Il niait tout rapport de son ministre avec les Hongrois qu'il qualifiait sans façon de scélérats , réclamait la publication des preuves de cette innocence qui se trouvaient au procès, et demandait si TEmpereur voulait renoncer à Tamitié promise (1). La secousse détermina Tapaisement. Léopold , circonvenu par des assurances doucereuses , se laissa persuader que la France n'en voulait ni à l'Espagne ni à l'Empire, qu'elle n'avait en vue que sa défense contre les membres de la Triple-Alliance. On lui promettait le maintien de la paix de Munster, Texécution ex.icte de la paix d'Aix-la-Chapelle. A ces conditions il accepta un traité de neutralité. Il s'engagea, en cas de guerre entre le roi très-chrétien d'une part , et les rois d'Angleterre et de Suède et les États des Provinces-Unies d'autre part, à ne se mêler de cette guerre ni par lui ni par autre , sinon par une entremise de ses offices pour procurer la paix, à ne faire aucune confédération avec ces rois ou Etats pour leur défense contre le roi très-chrétien, à ne leur donner aucun secours en armes, argent, conseils ou quelque

(1) CEwiTes de Louis XIV, tome V.

autre chose que ce fut (!•' novembre 1671). Ce traité, préparé par les soins de Lyonne, fut aussi le dernier succès de ce ministre. II n'avait pas même vu la conclusion finale. Cet homme capabley comme Tappelle Louis XIV, venait de mourir (1*' septembre 1671), épuisé à la fois par le travail et par Fabus des plaisirs.

Lyonne laissait également en bonne voie une négociation avec la Suède. Car la diplomatie française ne s'était pas plus rebutée des résistances de Stockolm que des indécisions de Vienne ; elle avait renoué, dès la première apparence favorable, avec ses anciens alliés du Nord. Comme il était encore dans la destinée de Louis XIV de trouver vite des remplaçants à ses serviteurs ou d'y pourvoir par luimême, il acheva en peu de temps ce que Lyonne avait commencé.

Les Suédois, ces fiers champions de la Triple- Alliance, n'avaient guère soutenu plus d'une année . leur personnage d'amis vertueux et incorruptibles à l'argent. Les cinq cent mille écus réclamés de l'Espagne n'étant venus ni de l'Espagne ni par la Hollande, ce retard diminifàit sensiblement leur estime pour les ennemis de la France. Ils s'aperçurent que l'Espagne avait beaucoup d'incapacité, beaucoup d'ignorance des affaires, et que la Hollande ne se souciait de la Suède que quand elle croyait en avoir besoin (1). Une dépêche d'un diplomate français trace de ces politiques un portrait dur et plaisant,

(1) Voir Mignet, tome lil, partie II : dépêche du 19 août 1671.

que les faits ont bien justifié : <( Quand on a fait^ « dit-il, quelque séjour à Stoekolm, connu la va- « nité des Gascons du Nord, la présomption qui « leur persuade qu'on ne s'aperçoit pas de leur faic< blesse et de leur pauvreté, et qu'on ne peut se « passer d'eux, le peu d'honnêteté qu'il y a dans « leur conduite, les cabales qui régnent dans le « sénat, d'un côté la faiblesse et l'inapplication de « ceux qui le composent, et de l'autre l'animosité « particulière de ceux qui, sans songer au bien de « l'État, n'ont pour but que de traverser les des- « seins de leurs ennemis ; tout cela joint ensemble « fait qu'un homme, aussi bien instruit que vous « l'êtes, ne peut être surpris de tous les change- « ments qui arrivent.... Si le sénat de Rome eût c< eu aussi peu de penchant pour la guerre que celui « de Suède en a aujourd'hui, l'Empire romain n'au- « rait pas été d'une si grande étendue. Ces mes- « sieurs qui gouvernent ici sont à peine rassemblés, « et ne parlent déjà que d'aller passer à la cam- « pagne trois semaines aux fêtes de Pâques, un « mois à celles de la Pentebôte, et deux aux jours « caniculaires; quand ils auront touché l'argent, <( ils ne songeront plus à rien qu'à attendre avec « beaucoup d'impatience un autre terme pour reee-

« voir (1). »

Vers le milieu de 1671, ils avaient cru trouver leur avantage à se retourner vers la France. Pom-

(1) Mignet, tome III, partie II : dépêche de Courtin à Pomponne.

poDne^ alors ambassadeur à La Haye^ mais qui avait précédemment résidé à Stockolm^ leur fut aussitôt expédié, à la grande surprise et inquiétude des Hollandais. Il confia aux Suédois les desseins de Louis XIV contre la Hollande, et les rassura sur rhonneur de leur passé en déclarant qu'il n'était pas question de toucher au traité d'Aix-la-Chapelle. Avaient-ils peur que le roi eût l'intention de ruiner les Etats protestants : il leur suffisait, pour dissiper ce soupçon, de considérer que le roi s'alliait avec l'Angleterre et la Suède, deux Etats protestants ; c'était assez dire que ses desseins contre la Hollande ne regardaient que la politique. Sur ces entrefaites, Lyonne étant mort. Pomponne fut nommé à sa place ministre des affaires étrangères; mais il demeura encore plus de deux mois à Stockolm, n'en voulant partir qu'avec une négociation assez avancée pour ne pouvoir être rompue par un caprice. Secondé par l'ambassadeur anglais, qui confirmait tout ce qu'il avait avancé des desseins de Charles II, il posa les bases d'une alliance active. Les Suédois offraient d'abord leur neutralité, moyennant un subside annuel. Peu à peu ils se laissèrent amener, par l'espérance d'un subside plus fort, à promettre leur coopération. Ils voulaient bien s'opposer par les armes à l'Empereur et à tout prince d'Empire qui viendrait en aide aux Hollandais. Seulement, par une vieille rancune de voisinage, ils tenaient à exclure le Danemark des avantages de l'alliance française. Le 3 décembre 1671, ils remettaient ces

stipulations à Pomponne pour qu'il les rapportât en France. Ainsi, à un mois de distance, Louis XIV recevait la promesse de neutralité de TEmpereur et la promesse de concours des Suédois.

Il fallut, il est vrai, débattre encore pendant quelque temps la rédaction définitive du traité. Le désintéressement des Suédois était mis à de rudes épreuves. Les Hollandais, avertis des menées de la France, venaient offrir de bonnes sommes à leurs anciens associés pour les retenir dans leurs intérêts. Ces tentatives ne manquaient pas d'attrait, et les Français avaient à les combattre par des offres plus avantageuses. Il y avait marché à Stockolm : Talliance resterait évidemment à rencliérisseur le plus généreux; elle fut enfin adjugée à la France (1672). Par un traité public, la France et la Suède stipulèrent la garantie de leurs anciens traités et le maintien de Tordre établi par la paix de Westphalie. Par des articles secrets, les Suédois promettaient de combattre tout prince d'Empire qui voudrait défendre les Hollandais; à cet effet, ils feraient passer seize mille hommes dans la Poméranie ; le roi très-chrétien, en retour, leur payerait six cent mille écus par an pendant la guerre, et quatre cent mille avant la guerre (1). Quelque onéreux que parut cet engagement, Louis XIV fut si satisfait du résultat (ju'il chargea son ambassadeur de faire au grand chancelier de Suède un présent personnel de vingt

(1) Voir DumoDt, Corps diplomaUque^ tome VII.

mille écus, soîl en argent^ soit en pierreries (1). A considérer froidement cette série de victoires diplomatiques^ Louis XIV apparaît bien plutôt comme un traitant habile ou bien servi que comme un potentat sûr de sa force. Partout, sauf dans l'occupation de la Lorraine, la ruse et la dissimulation. Il se dépouille de cette grandeur qui épouvantait ses voisins et se fait solliciteur comme la faiblesse défiante d'elle-même. Loin d'imposer sa pensée, il la renie pour écarter le plus grand obstacle à ses projets. Tandis qu'il ne veut ruiner la Hollande que pour mieux envahir et conserver les Pays- Bas espagnols, il affirme qu'il ne prétend rien contre l'Espagne; il le répète à Vienne, à Stockolm, en Angleterre, à Madrid même. Il ne dissout la Triple-Alliance qu'en protestant de son respect pour ce qu'elle a réglé, au risque d'en provoquer la reconstitution dès que le cours de ses victoires l'obligera à découvrir son secret. Il sentait lui-même que ces alliances n'étaient pas solides ; il avoue qu'il ne faisait pas grand fond sur elles (2), mais qu'il lui suffisait d'avoir mis la Hollande hors d'état de résister. Ce but était atteint. A la fin de 1671, la Hollande ne pouvait plus compter que sur l'Espagne et l'électeur de Brandebourg. L'Espagne, comprenant que le danger lui était commun avec la Hollande^ consentit à l'assister contre la France et à ne faire

(1) Mignet, tome III, partie III.

(2) Mémoire de Louis XIV sur la guerre de Hollande, retrouvé par Roussel.

ni paix ni trêve que d'un consentement mutuel (traité du 17 déc. 1671, 22 février 1672). L'électeur de Brandebourg, rétif à toutes les propositions de Louis XIV, allait se prononcer et armer pour la Hollande aussitôt après la déclaration de guerre (1).

Il ne manquait plus qu'un grief plausible, une apparence de raison à produire tout haut pour justifier la guerre. Louis XIV, qui le cherchait depuis trois ans, le trouva dans la question des tarifs.

Si Colbert était jaloux du commerce hollandais , la Hollande ne voyait pas avec moins de dépit le développement des manufactures et de hi navigation en France. Les tarifs de 1667 avaient fort irrité de Witt et Van Beuningcn ; ils s'étaient proposé, nous l'avons vu, d'y répondre par la voie de rétorsion. A son retour d'Aix-la-Chapelle, Van Beuningen invitait les Etats à interdire chez eux les vins et eau\-de-vie de France, les bouquets de plumes, les éventails, les rubans, le papier français (2). Mais il y avait à ces représailles de très-sérieuses difficultés. La plupart des villes de Hollande étaient l'étape de celles d'Allemagne ; des vaisseaux allemands venaient y charger les eaux-de-vie et vins de France , et emportaient en même temps beaucoup d'épiceries. Interrompre le commerce avec la France, c'était arrêter du même coup le commerce des Allemands; ceux-ci se rendraient directement dans les ports de France, et leurs bonnes espèces

(1) Dumont, Cor^ps diplomatique, tome VII.

(2) Basnage, année 1668.

d'or et d'ai^ent seraient perdues pour la Hollande. En même temps les intérêts particuliers des États se faisaient concurrence. La Gueldre voulait bien qu'on interdît le papier français parce qu'elle fabriquait elle-même beaucoup de papier; mais Rotterdam trouvait son compte à ne rien prohiber; et Amsterdam, favorable à la prohibition en général, jugeait sage et patriotique d'en excepter ce qui venait de Lille et de Tournay(l). Aussi Colbert ne voyait de conséquences fâcheuses dans ces menaces que pour leurs auteurs. Les Hollandais portaient les vins de France dans le Nord, et rapportaient de là du bois, du chanvre, du feretautresmarchandisesdegrôs volume. « Or, disait Colbert, si les Hollandais mettent des impositions sur les vins qui entrent chez eux , ils seront obligés de les revendre plus cher; dans ce cas les Français pourront porter directement leurs vins dans le Nord, et en rapporter toutes les denrées qui font la richesse des Hollandais. Si les Hollandais se contentent d'imr poser ceux des vins qui se consomment en Hollande, ils en importeront moins évidemment, et dès lors ils auront moins de vaisseaux. La diminution sera dans la proportion d'un vaisseau et de vingt hommes pour 150 ou 120 barriques de vin. Ainsi, ils ne peuvent imposer les vins de France sans livreraux Français le commerce du Nord ou sans se condamner à restreindre leur propre marine (2). »

(1) Basoage, 1669» 1670.

(2) Lettres de Colbert. (Collection Clément : finances, industrie, commerce.

Il continua donc à narguer leur mécontentement. Il créa la Compagnie du Nord, et la dota de privilèges qui rendaient la concurrence presque impossible aux Hollandais. Les Etats s'en plaignirent encore ; dans la prévision d'une lutte prochaine , ils ordonnèrent des armements : la seule province de Hollande devait fournir six régiments d'infanterie et trois de cavalerie ; les autres provinces à proportion. Louis XIV riposta à cette velléité belliqueuse en favorisant, contre le parti républicain, les prétentions du prince d'Orange. Ce prince, qui, malgré de Witt, avait pris place dans les Etats j)articuliers de Zélande comme premier noble , fut encore admis (1670) dans le Conseil d'Etat, ou pouvoir exécutif, de la confédération. Louis XIV, en le félicitant, lui souhaita d'arriver à la même puissance que ses pères. Il n'avait pas pénétré toute la profondeur de ce nouveau Taciturne, plus sombre encore que le premier, qui n'a jamais eu des sentiments de l'homme que l'égoïsme et l'envie, et n'a connu de devoirs ni envers l'humanité ni envers la famille. L'hypocrite répondit qu'il était bien touché de l'opinion si juste et si favorabledeSa Majesté, et qu'il montrerait, par ses actions et par son zèle, la même passion que ses pères pour le service du roi. Inquiet de cette entente, de Witt invitaitles Etats à porteries troupesde terre à soixantedix mille hommes, à équiper soixante vaisseaux, à mettre en état de défense Maëstricht, Bois-le-Duc, Bréda, Berg-op-Zoom.

Néanmoins les tarifs français ne s'abaissaient pas.

Déboutés de toutes leurs réclamations^ les États parlèrent d'interdire à leurs sujets le commerce des îles françaises de TAmérique. Colbert ne fit qu'en rire. « La compagnie hollandaise^ écrivait-il , ne saurait rien faire qui soit plus agréable au roi, parce qu'il y a déjà longtemps que je ne travaille à autre chose qu'à leur interdire ce commerce. Il y a lieu d'espérer que, ces défenses réciproques étant bien exécutées , Sa Majesté parviendra plus facilement à la fin qu'elle s'est proposée (1). » Enfin, ils prirent tout de bon la résolution d'interdire chez eu\leseaux-de-viede vinet de mettre des droits très-forts sur les soieries, le sel et les autres marchandises et denrées de France. C'était un coup de désespoir; car, disait Pomponne, « quelque incommodité qu'ils croient apporter à notre commerce, ils ne peuvent disconvenir du préjudice que le leur en recevra. » Ou plutôt c'était une manière de provocation; beaucoup de gens en Hollande avaient des goûts belliqueux, ils désiraient la guerre dans l'espoir de troubler et de ruiner, avant leur affermissement, les manufactures, le commerce et la marine de la France (1).

Louis XIV les prévint. Le 7 janvier 1671 un arrêté royal fît défense de charger les eaux-de-vie sur les bâtiments hollandais , et frappa d'un droit les harengs importés par eux. Les considérants expliquaient que les eaux-de-vie exportées de France par les étrangers, et surtout par les Hollandais, étaient

(1) Dépêches do Pomponne, novembre 1670; dans Mignet, tome III, partie rv.

dénaturées par des mélanges malsains^ et que l'importation des poissons et des épiceries des Indes- Orientales causaient un préjudice considérable à la navigation et au commerce des sujets de Sa Majesté. Colbert ne nie pas que l'exclusion des harengs hollandais fut une violation des traités; « mais^ ajoutet-il^ depuis deux ans les Hollandais ayant affecté la résolution d'exclure les denrées et manufactures françaises, le roi lassé de tant de menaces a été bien aise de leur montrer qu'il ne les craignait pas. » A leur lour les Hollandais ne voulurent pas reculer, ils prononcèrent l'interdiction contre les eaux-de-vie et plusieurs manufactures de France, non sans essayer d'établir qu'ils ne violaient pas les traités, parce qu'ils n'avaient exclu que les eaux-de-vie en général sans nommer spécialement celles de France. Or , à cette époque, il n'y avait d'eaux-de-vie de vin qu'en France. Colbert sut bien le leur dire ; il les avertit en. outre que s'ils s'avisaient d'exclure les vins , le roi doublerait le droit de fret y et en déchargerait les autres étrangers (1). Dans le courant de la même année , il leur ferma presque absolument les îles françaises d'Amérique par des réductions ou suppressions de droits d'entrée dont tous les avantages étaient pour les marchands français.

Les Hollandais s'efforcèrent d'entraîner leurs voisins dans cette querelle commerciale ; ils ne réussirent qu'auprès des Espagnols. Ce gouvernement,

(1) Ck)lbert, Le«rw, janvier, février 1671.

mécontenl de tout le monde^ de l'Empereur qui ne savait pas se dégager des intrigues françaises ^ de la Suède qui lui demandait de l'argent^ de la France qui avait si fort avancé sa ruine, n'était pas non plus trop bien porté pour la Hollande qui lui avait imposé la paix d'Âix-la-Chapelle. Mais, dans l'état actuel de l'Europe, il n'y avait à peu près que la Hollande qui ne fût pas gagnée à Louis XIV. C'était une voie ouverte à l'accommodement. L'Espagne y entra et s'associa à la guerre des tarifs. Son représentant aux Pays-Bas, Monterey^ interdit dans ces provinces les eaux-de-vie et les produits manufacturés de France (septembre 1671). Elle osa davantage encore : Louis XIV lui témoignant une grande colère, au lieu de se séparer des Hollandais, elle resserra ses liens avec eux et entama ce traité de défense mutuelle dont il fut impossible au grand roi d'empêcher la ratification. Alors il retourna cet échec à son avantage : il voulut s'en faire, auprès de l'opinion, un motif suffisant de déclaration de guerre. Les Hollandais, fort inquiets de leurs propres bravades et de sa puissance, voyaient, dans l'accroissement continuel de l'armée française, l'orage prêt à fondre sur eux. Ils essayèrent de le détourner par des excuses, des offres de réparation, s'ils étaient coupables de quelque offense. Groot (le fils de Grotius), leur ambassadeur en France, dans une audience restée célèbre (1), parla au roi, d'un ton

(l) Voir Sévigné, Lettres, 6 janvier 1672.

humble et presque touchant^ de l'ancienne amitié^ de la reconnaissance des Provinces-Unies pour les services des rois de France, de leur disposition à désarmer si le roi l'ordonnait (4 janvier 1672). Louis XIV saisit cette occasion de donner à ses desseins une couleur de représailles légitimes, en réduisant ses griefs au nouvel accord des Hollandais avec l'Espagne : <t Quand j'ai appris, dit-il, que les Provinces-Unies essayaient de débaucher mes alliés, et sollicitaient des rois mes parents d'entrer en des ligues offensives contre moi y j'ai voulu me mettre en étal de me défendre et j'ai levé quelques troupes ; mais je prétends en avoir encore plus vers le printemps, et je m'en servirai en ce temps-là de la manière que je jugerai le plus à propos pour le bien de mon État et pour ma gloire. »

De son côté, le roi d'Angleterre était à la recherche de tout sujet de plainte, de toute mauvaise chicane, pour justifier sa rupture avec la Hollande et assurer à sa nouvelle politique l'adhésion des Anglais. D'abord, c'étaient des médailles de la dernière guerre entre l'Angleterre et la Hollande, ou d'autres monuments de vanité hollandaise, dont il réclamait la suppression (nov. 1670). Quand on l'eut satisfait, il reprit la question du pavillon, comme une des plus chères à l'orgueil anglais. Les Hollandais, à la paix de Bréda, avaient consenti à saluer les premiers le pavillon des vaisseaux de guerre britanniques ; Charles II prétendit les contraindre à saluer un simple yacht, ou faire de leur refus un cas de guerre.

Un yacht, envoyé en Hollande pour ramener la femme du chevalier Temple, traversait la flotte bollandaise (juillet 1671). Le capitaine avait ordre de réclamer le salut, ou de canonner les vaisseaux qui s*y refuseraient, et d'y user toute sa poudre pour donner une bonne matière de se quereller. Il tira, en effet, quoique à contre-cœur ; mais les Hollandais évitèrent le piège ; ils n'amenèrent pas et ne ripostèrent pas au canon : ils expliquèrent froidement au capitaine anglais que, tant que de nouveaux arrangements ne seraient pas intervenus entre les deux nations, ils ne pouvaient considérer un yacht ou bâtiment de plaisance comme un vaisseau de guerre du roi (1). Charles II affecta une grande indignation. Il envoya ua nouvel ambassadeur à La Haye, avec mission d'employer toute son adresse à aigrir la matière, à rendre les Etats odieux à tous les Anglais. Les États, déjà menacés par la France, se résignaient à tous les sacrifices pour prévenir la défection duroi d'Angleterre. Ils lui offrirent, en dépit de Jean de Witt, comme un témoignage de déférence personnelle, de nommer son neveu, le prince d'Orange, capitaine-général (janvier 1672) ; ils se montrèrent disposés à baisser pavillon devant un simple yacht, à la condition que, conformément à la Triple-Alliance, l'Angleterre les assistât contre la France. Ils étaient en vérité trop conciliants. Pour

(1) Lettre de Temple à son père, septembre 1671 : collection in-12, tome II.

se donner le droit de les quereller, Charles II répondit qu'ils devaient se soumettre sans condition, et comme ce sans condition risquait d'être accepté, on y ajouta des demandes si déraisonnables, dit Arlington lui-même, qu'ils ne pouvaient y consentir. Le roi réclamait le droit exclusif de pêche dans les mers britanniques, leur reprochait l'asile accordé à d'anciens officiers anglais qu'il appelait ses rebelles y leur imputait à outrage un tableau de la bataille de Chatam, où Corneille de Witt était peint appuyé sur un canon..., etc.

Les États avaient pourtant tenu leur parole. Ils venaient de nommer le prince d'Orange capitainegénéral, avec engagement de lui conférer à vie les fonctions de capitaine et d'^miral-général quand il aurait vingt-deux ans accomplis (24 février 1672). Mais déjà, depuis douze jours, Charles II avait rendu publique son alliance avec la France par le traité de Whitehall (12 février). Quelques semaines après, il commençait les hostilités par un coup de piraterie : le 23 mars, sans avoir encore rompu ouvertement avec la Hollande, il faisait attaquer leur flotte de Smyrne et leur enlevait un vaisseau de guerre et quatre vaisseaux marchands. Le 27, il déclara la guerre. Cette déclaration énumérait tous les griefs de l'Angleterre contre la Hollande, dans un style propre à surexciter le patriotisme anglais : l'ajournement du règlement de commerce, stipulé par la paix de Bréda, les violences exercées sur les colons anglais de Surinam, les insultes à la nation anglaise

DECLARATION DE aUSBRE 4V

par des emblèmes outrageants, peintures^ médailles

et autres monuments faux dont toutes les villes des

Provinces-Unies regorgeaient^ la violation du droit

de pavillon^ cette ancienne prérogative des rois

d* Angleterre et la dernière dont ce royaume dAt

jamais se défaire : a Insolence inouïe^ qu*ih osent

« nous disputer l'empire de la mer! Eux qui^ sous

< le règne du feu roi, notre père, étaient obligés

« de payer les droits et coutumes pour pécher dans

<i nos mers, et ce n'est pas à eux d'en disputer avec

« nous, eux qui sont redevables de l'état où ils sont

« maintenant à la protection de nos ancêtres, et au

« sang et à la valeur de nos sujets (1). »

Au milieu de ces roueries politiques se glissait un acte d'une tout autre nature, que ce voisinage a pu compromettre sans lui ôter le mérite d'être l'application de cette liberté religieuse tant réclamée parles philosophes et les libéraux de nos jours. Fidèle aux sentiments qu'il avait exprimés dès les premiers jours de son règne , Charles II publiait le 25 mars 1672 une déclaration à'indulgence pour les âmes délicotes y suspendait les lois pénales contre les dissidents, autorisait les non-conformistes protestants à pratiquer leur culte dans des lieux de réunion placés sous la protection du magistrat civil , et les catholiques dans des maisons particulières. Quel était donc le crime de cette tolérance ? Étaitrce de faire une part aux catholiques dans la liberté commune? Personne

(1) Dament» Ccrpê diplomatique. Texte de la déclaration. MUS xiT. — T. nr. A

tMI POLITIQUE EXTÉRIEURE

n'oserait aujourd'hui soutenir tout haut un pareil grief. Etait-ce de préparer, sous cette apparence d'égalité, l'oppression des protestants? Pour justifier cette imputation , il faudrait que Charles II eût au moins essayé de donner cette tournure à son œuvre; or nous verrons bientôt que Tintolérance des anglicans et des presbytériens ne lui en a pas même laissé le temps.

« Un coup de tonnerre, dit Temple (I), dans un a beau jour d'hiver, ne surprendrait pas plus le « monde que notre déclaration contre la Hollande K le surprit en 1672. » Jusque-là les Hollandais s'obstinaient à espérer, contre toutes les apparences, que l'Angleterre n'en viendrait jamais à une rupture ouverte. En France on en avait au moins douté jusqu'à l'attaque de la flotte de Smyrne, et cependant on voulait que ce fut l'Angleterre qui commençât (2). Louis XIV était donc au comble de ses vœux. A son tour, le 6 avril 1672, il lança sa déclaration de guerre, sans alléguer d'autre motif que la mauvaise satisfaction que lui inspiraient la conduite et l'ingratitude

(1) Temple, Mémoires de ce qui s*est passé dans la chrétienté depuis le commencement de la guerre, en 1672.

(2) Temple, Lettre à son frère, mai 1672 : a Ni les Français ni les Hollandais n'ont pu croire que ce fût tout de hon, jusqu'à ce que nous ayons attaqué la flotte de Smyrne. Mon frère Henri dit qu'avant ce coup personne ne le croyait à Paris, et lorsque j*ai dit à milord Arlington ce que j'avais appris de mon frère, il m'a avoué que la cour de France môme n'en avait rien cru qu'après cette action. Et quelques mesures que nous eussions prises avec Messieurs les Français, ils voulaient que ce fût nous qui commençassions la guerre. »

DÉGLAIIAÏION DK GUERRE \\i

des Provinces-Unies (1) ; le 28 avril il partit de Saint-Germain. Il ne prévoyait pas quel ennemi nouveau^ quelle résistance inattendue allait surgir de ses victoires mémes^ et le contraindre à changer ses plans^ quels sacrifîces imposés à ses peuples pour sa gloire affaibliraient au dedans le prestige et le respect de son autorité^ quelles haines sa prépondérance sur l'Europe amasserait au dehors contre la France. L'époque la plus florissante ^ la plus heureuse^ la phis populaire de son règne finissait.

(1) Dumonl, Corps diplomatique, tome VII.

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