TRAITÉ DE DOUVRES
Charles II l'aima aussitôt^ et elle se trouva elle-même avec une légère disposition à ne pas hàir (1). Devenue favorite à la place de la Castlemaine, bientôt créée duchesse de Portsmouth, elle fut auprès de son amant Tauxiliaire rémunéré de Tétranger. D'abord gardienne du traité de Douvres, elle allait servir d'entremetteuse aux manœuvres secrètes qui retiendraient Charles II dans Talliance de Louis XIV, malgré les oppositions des Anglais.
Quoique rien n'eût transpiré de ce qui s'était passé à Douvres, les Hollandais, toujours aux écoutes, ne lardèrent pas à soupçonner quelque mystère fâcheux dans le voyage de Madame. Van Beuningen, venu quelques jours après à Londres, ne put faire agréer par Charles II le projet d'admettre l'Empereur dans la Triple-Alliance, ou de former une ligue de défense réciproque entre l'Angleterre, la Suède, la Hollande et tous les princes qui voudraient y entrer. Étonnés d'un accueil qui leur faisait craindre une défection, ils se retournèrent vers l'Allemagne, et engagèrent à Mayence une négociation avec l'électeur, le député de l'Empereur et le duc de Lorraine, dans le but de former, à frais communs, entre le Rhin, la Meuse et la Sarre, un corps de treize mille hommes qui serait à leur disposition. Ils ne firent que s'attirer une plus redoutable menace. Louis XIV, instruit de leur dessein, mit subitement la main sur la Lorraine.
(1) Sévigné, 30 mare 1672. Basnage, Histoire des Provinces^ Unies, année 1670.
22 POrJTIQUE EXTERIKURK
Il était habitué à ne pas croire aux promesses de fidélité du due de Lorraine, et à ne pas ménager ce ProtéCj comme l'appelait une médaille française. Déjà, en janvier 1669, il l'avait sommé de n'avoir pour armée, conformément au traité de 1661, que trois compagnies de parade chargées de sa garde. La prompte soumission de Charles IV avait paru alors aux envieux de la France une garantie de paix (1). Maison s'aperçut bientôt que secrètement il faisait passer des troupes aux Espagnols ou les rappelait eux-mêmes dans ses Etats ; pour renfort de griefs, on apprit ses menées avec les Hollandais. Aussitôt, sous prétexte de manœuvres miliUiires, une armée française s'approcha de la Lorraine, cl combinant ses mouvements avec la garnison de Toul, commença, le 25 août 1670, des hostilités qui ne devaient pas être longues. II faut voir, dans la coi^ respondance du chevalier Temple, l'ahurissement des Hollandais ses amis à cette nouvelle accablante.
*< Je venais de me mettre à table pour diner lorsque le messager des Etats est venu pour me prier de trouver bon que leurs commissaires pussent me parler, quoique Theure fût indue. ... Là-dessus, M. de Witt entra à la tête des autres commissaires, et me dit que les Etats avaient reçu une lettre de France du 29 du passé, par laquelle on leur don-
(1) Lettres de d'Arlinj^ton, 22 fôvrier 1669 : « Les lettres do France nous assurent que le duc do Lorraine s'est soumis, et qu'il mettra bas les armes..... n