CORPS SPECIAUX
autres (1689). L*artillerie eut désormais trois sortes lie troupes à sa disposition : les canonniers, les bombardiers et le réiçiment des fusiliers.
En dépit de la résistance entêtée de quelques généraux et du roi, les avertissements donnés par la guerre amenaient peu à peu des progrès notables dans l'armement. En 1679 la cavalerie remplaça Tépée par le sabre, beaucoup mieux approprié à la manière de combattre de Tliomme à cheval. Bientôt une arme à feu plus commode que le mousquet fut introduite aussi dans la cavalerie. En 1680, on vit pour la première fois des earabiniers , ainsi nommés de la carabine rayée dont ils étaient pourvus. Leur création, leur développement rappelle celui des grenadiers dans rinfanterie. On commença par deux carabiniers dans chaque compagnie de cavalerie; au bout de quelques années, on établit une compagnie de carabiniers dans chaque régiment ; bientôt on prit l'usage à la guerre de réunir toutes ces compagnies en une brigade à part. La carabine contribua sans doute à faire mieux apprécier l'avantage du fusil pour l'infanterie. On n'avait pu se dissimuler, dans la dernière lutte, que le tir des Allemands était plus nourri et plus sûr que le tir des Français. Quelle en était la cause? Les partisans du fusil n'hésitaient pas à la trouver dans l'imperfection et les lenteurs du mousquet; d'autres, avec autant de raison, dans cet usage des piques qui rendait inutiles pour le feu une partie des soldats de chaque compagnie. Ces deux opinions prirent décidément faveur
lorsque Vauban trouva (1687) la baïonnette à douille^ dontTanneau^ embrassant au dehors lecanon^ laisse au projectile le passage et la direction libre, et dont la pointe allongée fait commodément office de pique. Par là, les deux forces offensive et défensive étaieni réunies dans les mêmes mains : tout fantassin pouvait successivement faire feu et barrer le chemin à l'ennemi. Tous les hommes d'une même compagnie procédaient d'ensemble à l'attaque ou à la résistance. Louvois s'empressa d'accepter ce progrès, sans pourtant le rendre général du premier coup. Il fit adapter la nouvelle baïonnette au fusil et au mousquet; mais il fallut laisser une part à la routine ; pendant plus de douze ans encore le mousquet s'obstina à vivre à côté du fusil et la pique à côté de la baïonnette. On conserva jusqu'à la guerre de la succession d'Espagne, des mousquetaires qui tiraient mal et des piquiers qui ne tiraient pas.
Dans l'ordre moral, les réformes de Louvois sont d'autant plus dignes d'estime qu'il y a sacrifié sa popularité, s'obstinant au bien en dépit des murmures injustes des mécontents, et de la complicité téméraire de l'opinion. Nous savons qu'il voulait le soldat régulier mais bien traité, l'officier respecté des soldats mais probe envers eux, les nobles assujettis à la loi commune, obéissance et châtiment. On ne le vit jamais faillir à ces principes. En même temps qu'une ordonnance (1676) portait peine de mort contre ceux qui auraient provoqué des soldats