‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 108 sur 142 · PROGUÉS DE LA DISCIPLINE · texte numérisé non relu

PROGUÉS DE LA DISCIPLINE

•A \a désertion (1), il allribuait la désertion à TiiijvisUce des chefs qui délournaienl la solde à leur profit : ui Pendant que le roi paye fort bien, disait-il, les officiers retiennent l'argent, et répondent aux réclamations de leurs soldats par des coups de l^ton (2). » Cette iniquité le rendit avec raison inflexible contre les coupables, sans distinction de grade ou de naissance. On le voit réprimander en ^nnes durs, mais mérités, Dufay lui-même, le défenseur de Philipsbourg, devenu gouverneur de Fri- "OUTg. Dufay avait fermé les yeux sur des retenues ^''bîtraires de solde commises par des officiers; il est averti qu'il n'échappe à la destitution que par le souvenir de ses anciens services, les chefs de corps coupables d'avoir souffert les retenues sont nais en prison; le commissaire qui a toléré ces désordres est aussi emprisonné et de plus révoqué à jamais. Certains ofliciers retiraient aux soldats en garnison leurs bons vêtements, leurs bons souliers, ^l les laissaient monter la garde ou courir dans les rues nu-pieds et dans un appareil misérable; ils .'iiléguaient l'économie. Louvois entend qu'il n'en ^^'t p^s ainsi; les vêtements doivent toujours être ^•^ ^tat de garantir l'homme des injures du temps, ^u froid surtout, et de la risée des étrangers. Ce 9** *I prescrivait, il en donnait lui-même l'exemple P^tr sa persévérance à développer l'établissement des

(^) Au camp de Nidor-Asselt , 17 juin 1676. Voir Isambert, '^««nyiei lois firançaises, XIX.

«) Lettre de Louvois, 1677. Voir Roussot, tome II.

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Invalides. Ce magnifique asile des soldats vieux ou mutilés^ commencé en 1670, était déjà, en 1674, en état de recevoir ses hôtes : Thisloire métallique en a célébré rinauguration en 1676; mais il était loin d'être achevé. Pendant toute la guerre de Hollande et longtemps encore au delà, il figure dans les dépenses, à côté des monuments les plus illustres d« cette époque artistique, et par sa destination semble demander grâce pour des palais moins utiles ou moins pressés. Après la paix de Nimègue, il absorba près de deux millions.

« Il ne faut pas souffrir que le soldat se mutine, et il est des occasions où il en faut tuer et faire exécuter sur-le-champ pour les contenir; mais en ce qui s'est passé le premier de ce mois, il n'y avait rien qui méritât de pareilles démonstrations. » Cette distinction, formulée par Louvois dans sa lettre a Dufay, démontre qu'il réprouvait également la mollesse et l'excès de la répression. Des cavaliers ayanl contrevenu, avec l'assentiment du capitaine, à un ban fait par Luxembourg sur peine de la vie, k conseil de guerre ne les avait condamnés, les cavaliers qu'à être attachés au poteau, le capitaine a quinze jours de prison (1677). Un tel jugement sentait trop la connivence. Le ministre, ne pouvant le défaire contre les condamnés, s^en prit aiix juges pour leur donner à l'avenir plus de respect de b discipline. Par son ordre, une retenue de deux mill^ livres fut faite sur les appointements des ofBcieK qui avaient assisté au conseil de guenre. Au con-

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traire^ à Fribourg (1683)^ les juges avaient failli par sévérité. A propos des retenues de solde^ ils avaient condamné^ sans Tentendre^ et passé par les armes le soldat qui était venu porter la réclamation de ses camarades^ sous prétexte que les autres s^étaient attroupés en grand nombre. Il eût été cependant convenable de tenir compte aux uns et aux autres de la légitimité de la plainte fondée sur les ordonnances du roi. « Sa Majesté, écrivait Louvois, a regardé comme un assassinat ce qui a été fait à l'égard du soldat qui a été passé par les armes. » En conséquence, les officiers qui avaient assisté au conseil de guerre furent interdits.

Il ne fut plus permis aux nobles de se soustraire à l'obéissance et à la régularité. Dans l'armée de Schônberg (1676), l'exécution d'un gendarme ayant excité une sédition où les officiers avaient montré de la mollesse, trois capitaines furent incarcérés dans une place de guerre; mais le marquis de Lafare, sous-lieutenant de la compagnie de gendarmes, fut mis à pied. De là sa rancune contre Louvois, dont ses Mémoires sont remplis, et dont rhistoire intelligente fait un titre d'honneur de plus au ministre. Dans cette armée encore, il y avait de la part des officiers généraux une opposition systématique contre Schônberg, contre sa qualité d'étranger. Le plus turbulent était le comte d'Auvergne, neveu de Turehne. Que ne semblait-on pas, en effet, pouvoir se permettre sous ce grand nom? Auvergne se plaignait toujours : tantôt il trouvait

le maréchal trop sévère, tantôt il se trouvait luimême déshonoré de marcher à l'escorte des bagages. Une première fois Loiivois l'invita à cesser ses plaintes; au lieu de se taire, Auvergne recommença, et, ne pouvant obtenir satisfaction, il menaça le ministre de demander son congé. Louvoîs le prit au mot; il se débarrassa de cet important en lui donnant ce qu'il était bien loin de désirer, en lui ^ signifiant que la France pouvait se passer de lui. ^ Après quelques années de ce système, les plus en- -^^ durcis devaient être ployés au devoir. On coniiait.^^ depuis longtemps, par une lettre de Sévigné, lî^:^j leçon magistrale infligée par Louvois aux dernier?--^-^ indociles dans la personne de Nogaret : « M. d^.^^ Louvois dit l'autre jour tout haut à M. de Nogaret Monsieur, votre compagnie est en très-mauva^ f^ état. — Monsieur, dit-il, je ne le savais pas. — 7/ faut le savoir, dit M. de Louvois; l'avez-vous vue? — Non, Monsieur, dit Nogaret. — Il faudrait Tavo/r vue. — Monsieur, j'y donnerai ordre. — Il faudrait l'avoir donné. Il faut prendre un parti, Monsieur, Ij^ ou se déclarer courtisan, ou s'acquitter de son m^ devoir quand on est officier. » Le convaincu ne 1''^ riposta pas. Sévigné ajoute : « On voit ce quec'esl 14 « que de négliger le service, et vous devez avoir |^ « une grande joie de la belle et bonne compagnie « du marquis (son petit-fils) et de son exacli- 1 i< tude (1). » Ce contentement a bien l'air d*«" |^

(1) Sévigné à sa fille, 4 février 1689.

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