LES MILICES
dire par dédain au débuts mais précisément des hommes faits au travail^ à la fatigue^ à la simplicité et tout prêts à la discipline^ ou bien d'anciens soldais remettant au service du pays une vieille expérience, dont on comptait huit cents sur mille dans un des premiers régiments. Cette organisation donna dès l'origine vingt-cinq mille hommes de bonnes troupes. Combien il est regrettable qu'après Louvois, en modifiant les conditions primitives, et à force d'en vouloir multiplier les profits, on ait dénaturé et à la fin perdu cette ulile ressource (1)!
On sait que le soin des fortifications était partagé entre les différents ministres. Le ministre de la guerre n'en avait par conséquent qu'une part, et Colberf avait la sienne qu'il ne faut pas confondre avec les travaux à la mer. Pendant la guerre, ce travail s'était continué, soit pour remettre en état les villes prises à l'ennemi, soit pour garantir les provinces françaises du côté des Allemands. Ce besoin pesa quelquefois lourdement sur les popu- 1. lions. Colberl, par moments, n'hésita pas, comme nous l'avons dit, à v faire servir la corvée. Préoccupé d'Auxonne et de Chalon-sur-Saône, il écrivait aux élus de Bourgogne (2) : « Sa Majesté a résolu de faire tous les ouvrages de terre à corvée par les habitants de toutes les paroisses et communautés de
(Ij Voir, sur tout co sujet, Roussel, Histoire de Louvois, tome III. Nous n'hésitons pas ici, c^mme plus haut, à reconnaître les obhgalions que nous avons à cet historien.
(^ 28 jévrier 1673.
huit ou dix lieues et environs de ses places. Par le calcul qu'elle a fait faire ^ elle a besoin de cent mille journées d'hommes. Elle désire que vous en fassiez promptement la répartition sur toutes lesdites communautés. » Il disait encore (1673) : « A l'égard des corvées, il faut que vous y fassiez venir tous les paysans qui peuvent s'y rendre en une journée, sans considérer de quel gouvernement, élection ou généralité ils peuvent être. » Il accordait aux corvéables le pain de munition et la liberté d'aller faire leurs vendanges; pour concilier un peu tous les intérêts, il conseillait d'assigner une tâche à chaque escouade et de libérer les hommes aussitôt après la tache faite ; mais il se refusait absolument à donner de l'argent pour des travaux obligatoires (décembre 1675). Toutefois ces exigences lui répugnaient. Il revenait volontiers, quand il le pouvait, aux ouvriers libres. « Le roi, écrivait-il alors, n'approuve pas les corvées, parce que cette manière de travailler est fort à charge aux peuples, et avance médiocrement les travaux. »
Vauban, créé brigadier après la prise de Maestricht, et deux ans après maréchal de camp (1676), règne véritablement à cette époque sur la fortification dans le département de Colbert comme dans celui de Louvois. Colbert, insensible aux rancunes de Vau* ban, subordonne sans restriction ses intendants et ses ingénieurs au génie qu'il admire. Il le place au premier rang, et à une hauteur qui ne permet ni la contradiction ni la concurrence. Le sieur Vauban est^à ses