CHAPITRE XXVII
Klistoire intérieure de la France pendant la guerre de Hollande et à la •oite de la paix de Nimègue : troisième partie. Grand éclat des lettres de 167i à 1688. Progrès de rAcadémie des sciences. Splendeur des bàtijnents.
. — Action de Louiit XIV et de Colbert sur les études. — Fin da théâtre de Bacine, opéras de Qninanlt. — Domination de Boileaa. — Popularité de La Fontaine. — Le roman fran^is : la Prineeue de CUvei,— Histoire et éloquence, Bossnet : Diieowns MT tkiMtoirt wnveneUe, — Philosophie : Malebranche et Labruyère. — Résistance des esprits médiocres. — Commencement de la querelle des anciens et des modernes.
Louis XI V^ au camp devant DôIe (juin 1674)^ se Igtorifiait de n'être pas «c empêché par la guerre de donner une partie de ses soins à faire fleurir les lettres et les arts (1). » Il répétait encore, en 1676, qu'en dépit « de la malice de ses ennemis et de Textrême jalousie que leur inspirait la gloire de son règne, i» il continuait à cultiver et à attirer dans son royaume tout ce que la science et les beauxarts pouvaient y apporter d'ornements nouveaux (2).
(1) ?Téamh\x]eéd& Lettres patentes pour la fondatûm de ^académie de Soissons.
(2) Lettres ^patentes pour l'établissement d'académies de peinture dans les princ^ales villes. Édit portant union de rAcadémie de peinture de Rome à celle de Paris.
Le même éloge lui revenait dans les remercîmentîdes hommes de lettres reconnaissants ou avides d( ses bienfaits. Boileau^ après la prise de Bouchai] le représentait plus grand encore à Versailles qu'a ^^^„ milieu des combats^ cultivant let arte et récompen:.^^. sant les muses (1); et La Fontaine^ dans la derniè -^^rç période des négociations de Nimègue^ oonfllataîl ^^ ^^ la paix,, quelque désirée qu^elle fût, p'é^it pÀS ■"■^tiii besoin impérieux pour les savants et les po^es :
Même les filles de Mémoire No nous ont pas quittés, nous goûtons des plaisirs : La Paix fait nos souhaits^ et non pas pos soupirs (2) «.
8MI est juste de ne pas disputer cette gloii*» à Louis XIV^ il n'est pas moins tfrî que la plus grande part en appartient à Colbert. Outre que le nom de Colbert ^gure çà et là dan& les préaiQbules des édits royaux, comme celui d'un «aqiéet féal conseiller, » promoteur de tout progrès nout vçau> le témoignage des lettrés et des savant^ d'alprs e^t unanime à le proclamer le Mécène 4u siècle^ et au moins Tintelligent exécuteur des grapdes volons tés du roi. Des suppliques de la province le féli*
U) BpileauA l^itre YlfX m roi :
Te voyant de plus près, je t'admire encor plus.
Dans ces nobles douceurs d'un séjour plein de diarmes
T^ ii*eft pii% H^Miii Immi» ^*«tt «oUitt àm alanHi »
De ton trône agrandi portant seul tout le faix»
Tu cultives les arts, tu répanci^ les bienfiMUj;
Tv sais réotmftoïBvt juscjn^aiiz musM crhiqvM*...
(2) La Fontaine, Fables, livre VII : Un .\Himal ifp^ la km-
PROTBGTiOn OONTIKUKE AUX LKTTRE» ET AUX ARTS 41»
eitent de Aiirct tes plus partioullères déliées de la MnirerMtioii des siavanU^ de leur donner chez lui un isile eofitre les traits de Tenvie et de la nmuTiiise brtune; d'avoir^ à l'exemple du roi^^ rendu les auses ses compagnes et ses domestiques (1). Les nrudite le remercient^ en beau latin ^ des dons •^oiyaux qui viennent par lui réolniuffer les muses ; tm célèbrent son dévouement à la gloire du rojfaome rt du roi^ tous ses fioins^ toutes ses pensées tournées Fers ee but^ ses efforts pour rassembler 9u service lu publie la plus vaste bibliothèque^ et son amour le toutes les seienees et de tous les arts (8). Lui« même il exeree avec une certaine complaisance ce ^éAe de protecteur; témoin la fête qu'il donna !&677), dans son château de Sceaux^ à T Académie ^rwDçaise^ ou l'éloge de sa magnificence se mêlait à ^gàm àea^ victoires de Loui$ XIV. Nous trouvons^ lluM le ÈÊereure goiani^ qu'on y entendit d'abord :tn acoinet de Quinault, et cinq ou six cents Tcrs ^ur les peintures de cette illustre maisoi\. Aptes i^leA vers de Furelîère sur la prise de Valenoiennes
(1) Supplique poar Tétablisseipent d'une académie à Ni^çies.
(S) MtihiWmïfdeBt diplùmafka, dédicace :Nth il magts tibf cordi es»* Èifmm <fiaiO M^uk qofslrontis e^l^brilaleis, r^ni sf^eodoren, pr»< sertim<]pie Ludovici magni gloriain immortalem. (lue oqinia 9>li^i(à tua se conférant, hue tendunt omnes cur» et cogitationes lus : bue bieroram loorvtt lan aœarata et rsligissa inslitutis, lise sieliiBisai Qii^li^urm^ ^\j^ dû Fça^ûe biâtm^, de ifuii^Meqds^ SMAf^wa^ bibtiotheca in reipublicac commodum et utilitatem; hue denique i^f^WS ^^.°^ 9^ sciea^iarum w^r studiui^qi^ ^ v^ffki decus et ornaroentùi^..v
et de Cambrai^ l'abbé Tallemant le jeune récita un poëme en l'honneur des eaux que l'industrie de
Lejongleur avait amenées dans un lieu qui 1^ >eur semblait à jamais interdit.
Cette activité, que Colbert avait apportée dès -^ le début au gouvernement des sciences et des arts, .«^=j ne fut, pendant la guerre, ni moins féconde en r ^^essources, ni moins persévérante à poursuivre les
résultats ; elle sembla s'animer encore après la pK=>aix de Nimègue. Même zèle à fonder des corps savii ^nto dignes de servir d'écoles ou de centres. C'est al-^ ors même qu'il étend à la province ce qui avait réusc — ^î à Paris. En 1674, une académie est créée à Soisso -Jis, sous la protection du cardinal d' Es trées; les membr^^^^ au nombre de vingt, devaient s'exercer à la coi^Daposition littéraire, se tenir en correspondaf^^ce avec l'Académie française, et lui envoyer tc^^* les ans, au jour de Saint-Louis, quelque ouvr^^^ en prose ou en vers sur un sujet utile ou honn^' ^^' Colbert, en leur transmettant les lettres-paten. ^^^ d'institution, leur disait : a Sa Majesté s'attend qm^^9 par vos soins et votre application aux belles-lettr-^^**' vous contribuerez aux grands ouvrages que TA^c:^* demie française entreprend pour sa gloire. » Ap^*^ la paix, une autre académie fut autorisée à Nintf^^ (1682) en faveur de plusieurs personnes studieus^^^' qui s'assemblaient toutes les semaines, et qui ^^ livraient à des travaux d'éloquence et d'érudition ( ^^'
(1) Voir dans Isambert, tome XIX, les Lettres-paim^ts de twn de Vacadémie de Soissens et àe.Pacadémie de Niemee.