PROTECTION CONTINUÉE AUX LETTRES ET AUX ARTS
gogne^ à examiner des litres relatifs à la dynastie royale. Frappé du savoir et de la capacité de ce religieux^ il l'envoya en Allemagne pour fouiller les bibliothèques^ les archives, les collections de tout l'empire. Une somme de mille livres, assignée au savant bénédictin et à son compagnon pour frais de route, figure sur la dernière liste des gratifiés arrêtée par Colbert (1683).
Mabillon a lui-même raconté ce voyage (1), sauf les honneurs qui lui furent rendus, et que son biographe, qui n'est pas tenu à la même modestie, prend plaisir à suppléer (2). Ces deux récits nous montrent d'une part l'accueil enthousiaste fait au âbTànt par l'étranger, de l'autre les travaux exécutés en peu de mois par cet infatigable chercheur. Les Allemands avaient acclamé d'avance sa prochaine arrivée ; la vue d'un si grand homme les combla de joie; on le conduisait avec ovation d'un monastère à l'autre ; l'archevêque de Salzbourg le reçut dans sa maison de campagne ; l'académie de cette ville le salua d'une harangue publique en présence du prince. Il remua à son gré les bibliothèques et les archives (3), fit copier ou copia lui-même les monu*
(1) Mabillon, Iter Germanicum, dans les Vetera Analecta : a Istius itineris proxeneta illo munificus qui nihil ad Ludovic! magni gloriam non agebat, in animum induxit, pro sua in litteras caritate, ut Gernani» bibliothecas perlustraremus. Nemo non intelligit hune esse inogtriasimum Joannem-Baptistam Colberlum quem mors inopinata e vivis erîpuit.... »
(2) Vita Mabillonn, en tôte de la collection des Vvtera Analecta.
(3) Il y eut pourlantun bibliothécaire qui témoigna de la mauvaise
ments les plus curieux (1); et il avait déjà recueilli une ample collection pour la bibliothèque du roi, lorsque l'arrivée des Turcs devant Vienne Tempécha de pousser sa course jusqu'au bout, et les soupçons de l'Empereur l'obligèrent à rentrer en France. II n'y trouva plus Colbert; mais les héritiers des fonctions de Colbert s'honorèrent de suivre so impulsion si bien justifiée d'ailleurs par les résul-^ tats. L'archevêque de Reims, Maurice Le Tellier, Si donner à Mabillon une nouvelle mission en Italie (1685) qui ne fut pas moins féconde que la première. Le savant l'a également racontée et expliquée dans son Musceum Italicum. Il y visita quinze villes, fouilla les bibliothèques et les musées, remua et compara environ trois mille ouvrages édités ou manuscrits; et de vieux papiers perdus de poussière, d'inscriptions à moitié effacées sur le marbre ou le brome^ il composa une. large moisson littéraire, une masse merveilleuse d'actes, d'annales, de fragments, el d'autres livres (2).
Enfin, Colbert ne cessait pas d'emprunter à l'Italie les modèles des œuvres d'art dont il ne laissait qu'à regret les originaux à l'étranger. Si les difficul-
humeur de voir un étranger remuer ses livres. On l'apaisa ee M prouvant que son monastère avait été fondé par des Français.
(1) Mabillon, lier Germanicum : « Ad sanctum Emmerammum... 0 cujus bibliotheca codices amplius mille habentur... viromm dodonim epistolas tempore Alcuini scriptas, quas nobis deêcriXd rogtf vimus. Multa etiam nos ipsi, quantum per quatuor dierum oUaiicA descripsimus. »
(2) Vita MabUlonii,