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a éclatante et magnifique pour imprimer aux peutt pies un certain respect (1). »
La magnificence de Louis XIV n'a malheureusement pas échappé à la folle enflure et à l'ostenta* tion ; il s'est trop enivré de cet éclat qui, en l'élevant au-dessus de tous les souverains, est devenu pour eux un objet d'envie et d'émulation; il y a eu dans ces dépenses, dont nous donnerons le compte à la fin, plus de souci de sa majesté que de préoccupation de l'utilité publique. Et pourtant, sans compter le palais des Invalides et les embellissements de Paris dont l'utilité est incontestable, c'a été pour tous un avantage réel que ce développement des grands arts dont les châteaux du roi ont été l'occasion, mais dont la pratique ou le spectacle anime le génie chez les artistes, ou entretient dans les masses, avec le respect du beau, le culte des grandes pensées.
Nous avons déjà nommé en passant quelquesuns de ces artistes ; à leur tête domine Lebrun, et par le nombre de ses ouvrages, et par son importance officielle. Né en 1619, protégé de Richelieu et du chancelier Séguier, condisciple du Poussin à Rome, membre de l'Académie de peinture dès 1648, il était devenu le peintre de la régente, des grands seigneurs et des bourgeois enrichis. Successfvement il avait exécuté pour Anne d'Autriche des tableaux destinés aux carmélites de Saint-Jacques , pour
(1) Bossuet, Politique tirée de l'Écriture sainte, livre X, art. 1.
Fouqùet les peintures du château de Vaux, et dirigé les décorations de la place Dauphine pour rentrée solennelle du roi et de la jeune reine à Paris en 1660. Invité par Louis XIV îi travailler sur Alexandre avec qui le prince aimait à être comparé, il inaugura ses œuvres sur le héros macédonien par le tableau de la Famille de Darius; le roi en fut si content, qu'il gratifia Tartiste de son portrait enrichi de diamants, et d'une pension de douze mille livres, le nomma son premier peintre, et l'anoblit. A partir de 1667, Lebrun accompagna souvent le roi à la guerre, et dans ces occasions fréquentes de le considérer à la tête de son armée, il apprit <c à le représenter fidèlement avec un air belliqueux », comme ailleurs il savait lui donner <( le noble caractère des exercices de la paix (1). » Nommé directeur des Gobelins, il fut bientôt le directeur ofBciel de tous les travaux d'art exécutés dans les maisons royales, imposant ses dessins même pour la sculpture à ses confrères : sorte de despotisme que quelques-uns regrettent comme la cause d'un peu de monotonie dans les jardins de Versailles, malgré la noblesse et la correction du genre. Dès 1664, il avait commencé à peindre la galerie d'Apollon au Louvre; nous allons le voir, à Versailles, décorer le grand
(1) Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture» publiés d'après les manuscrits conservés à l'École des beaux-arts, 1854. Nous ferons souvent usage de cotte publication qui vient fort à propos au secours de notre incompétence dans cette question spéciale.
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escalier et accomplir les travaux gigantesques de la grande galerie. D'une activité infatigable, il alliait au service du roi celui des ministres et des particuliers. Les plus beaux ornements de la maison de Colbert, à Sceaux, étaient de Lebrun; dans la chapelle, une Epiphanie où Dieu le Père était représenté prononçant : « Celui-ci est mon Fils bienaimé; » et dans le jardin, au pavillon de TAurore, TAurore et Céphale avec accompagnement des quatre Saisons et des signes du Zodiaque.
Van der Meulen, né Belge, et déjà célèbre à Bruxelles, avait été désigné par Lebrun à Colbert, comme une capacité bonne à acquérir pour la France; ce qui prouve que, si Lebrun eut en effet le tort de subordonner les artistes à sa manière, il ne leur contestait ni leur mérite ni la faveur royale. Appelé à Paris, pourvu d'une pension de deux mille livres, logé aux Gobelins, admis à l'Académie de peinture (1673), Van der Meulen devint le peintre habituel des guerres de Louis XIV. Il faisait partie de toutes les expéditions du roi, pour dessiner, sur les lieux, les marches, les campements, les attaques, les grandes actions, et les vues des villes assiégées. Un tableau de lui était comme le complément de chaque victoire. « Envo\ez moi Van der Meulen, écrivait Louis XIV à Colbert après la prise de Cambrai; il y a ici beaucoup à voir pour lui (1). » Il brille dans les peintures de batailles, dans la représentation
(1) ŒMxres de Louis XIV, tome IV.
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abandonner depuis le malheur de sa main droite. Rigaud n'élait encore qu'un adolescent quand il vint du Roussillon à Paris (1681). Il n'en remporta pas moins^ à vingt ans, le premier prix de peinture (1683). Il reçut ce prix des mains du grand Colbert, la dernière fois que « ce second père de « notre Académie, disent les Mémoires, l'honora « de sa présence. » On voit, par ce mot, que c'était dans toutes les Académies le même sentiment de reconnaissance pour Colbert. Lebrun conseilla à Rigaud de s'adonner surtout au portrait, et le confirma ainsi dans une vocation qui a assuré son importance spéciale auprès des contemporains, et sa gloire dans la postérité. Le jeune peintre se fit connaître par le portrait de Girardon ; puis se succédèrent ceux du duc d'Orléans, deMignard, du prince royal de Danemark, de l'abbé de Rancé, de Bossuet, et tant d'autres dont l'énumération toute seule remplit de nombreuses pages des Mémoires de F Académie et monte au chiffre de 485, de l'année 1683 à 1697. Dans la seconde partie de sa vie, le talent de Rigaud reçut un honneur alors fort envié, et dans des conditions qui en faisaient, au lieu d'une faveur personnelle du prince, le témoignage et le jugement du peuple (vox jmpuli). Les nobles du Roussillon tenaient des rois d'Espagne, anciens maîtres de la province, le privilège d'anoblir chaque année celui des bourgeois qu'il leur plaisait de choisir. En 1709, avec l'approbation de Louis XIV, ils conférèrent la noblesse au giand artiste, leur compatriote.
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Dans la sculpture^ 4es noms qui se présentent d'eux-mêmes sont Girardon, Coysevox, Coustou et ce Puget, si original de caractère et de génie, et également propre à tous les grands arts. Girardon (né en 1630) fut sculpteur en dépit de son père, qui en voulait faire un procureur. Il avait étudié à Rome aux frais du chancelier Séguier. Admis à l'Académie de sculptm*een 1657, il y devint professeur en 1659. 11 eut tout naturellement la faveur de Colbert, ministre de la marine, par le soin qu'il apporta à la décoration des vaisseaux (1). Auteur du tombeau de Richelieu, il enrichit la ville de Troyes, sa patrie, de vingt bustes de rois et d'empereurs de grandeur naturelle (1676). A Versailles, il se retrouve dans VEnlèvement de Proserpine^ dans VHiver, sous la forme d'un vieillard ; dans quatre figures des bains d'Apollon, que le roi lui paya d'une bourse de trois cents louis. Plus tard, il fit pour la place Vendôme la statue équestre de Louis XIV, et le mausolée de Louvois.
Coysevox fut d'abord le protégé du cardinal de Furstenberg qui l'employa aux ornements de son palais de Saverne. Revenu à Paris (1671), il entra à l'Académieet justifia celte distinction par ses œuvres. Son talent a mérité de ses contemporains un éloge particulier : « 11 taillait lui-même son marbre et le
(1) D'Infreville à Colbert (16G9), à propos de Girardon : c II y a plaisir à le voir agir^ et on ne saurait assez estimer sa conduite et sa manière d'agir. Il a réparé à merveille les figures do la poupe de 'Amiral. »
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« finissait ; il se trouvait, par sa grande capacité, « en état de changer, à mesure qu'il travaillait, Tal- <* titude projetée de ses figures, pour jeter dans les « parties solides les fils de marbre qui se décou- « vraient en travaillant, et qui auraient passé dans « les parties saillantes (1). » Ses œuvres les plus célèbres sont une statue pédestre de Louis XIV pour la cour de l'hôtel de ville de Paris, les deux chevaux ailés, portant l'un Mercure, l'auti'e la Renommée, qui figurent aujourd'hui à l'entrée des Tuileries par la place de la Concorde ; le tombeau du cardinal Mazarin , le Flùteur, le groupe de la Garonne et de la Dordogne. Il avait fait pourColbert, à Sceaux, un fleuve de pierre de douze pieds de long. Au moment de l'ambassade siamoise, ii modela, pour la jeter en bronze, une statue équestre du roi, destinée aux Etats de Bretagne. Il lrou\*a moyen, dans les bas-reliefs, de flatter à la fois le roi et les Bretons. L'un de ces bas-reliefs représente Thélis, souveraine de la mer, sur les côtes de Bretagne, et l'autre la réception de l'ambassade siamoise par Louis XIV, et, parmi les décorations de la galerie où l'audience a lieu, un tableau du mariage de Louis XII avec Anne de Bretagne: petit hommage aux souvenirs nationaux de la province, qui aimait à faire entendre que sa réunion à la
(1) Mémoires inédiitt. Nous citons littéralement le texte de ce mëmoirf dont l'auteur est un membre de l'Académie, dans la crainte de ma dire qui soit on contradiction avec les règles et les procéda de fut*
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France était plutôt une nlliance qu'une soumission (1).
Coustou (Nicolas), neveu de Coysevox, étaitàpeu près du même âge que Rigaud. Il reçut de la main de Colbert le premier pri\ de sculpture le même jour que Rigaud recevait celui de peinture. Il fit le voyage de Rome avec pension du roi. Parmi ses premiers travaux on distingue un bas-relief représentant la joie des Français pour le rétablissement de la santé de Louis XIV (1687). Le groupe de la Seine et de la Marne, la statue de Jules César et celle de Commode lui appartiennent, ainsi que la Descente de Croix pour le vœu de Louis XIII dans le chœur de Notre-Dame de Paris. Son frère, Guillaume Couslou, plus jeune de vingt ans (né en 1678), est l'auteur des deux chevaux dits de Marly.
Puget (Pierre) n'a rien de ces allures correctes et pour ainsi dire officielles. Il s'est formé tout seul, il n'est pas de l'Académie, il ne vit pas dans le voisinage et sous la protection de la cour. La fougue de son caractère, la conscience de son génie naturel, avaient fait éclater presque en même temps ses aptitudes diverses ; et son amour de l'indépendance, en le portant tantôt à l'étranger, tantôt sur divers points de la France, quelquefois même auprès du roi, lui conquit par saccades cette gloire qu'il se complaisait à croire universelle. Il prenait ensemble
(1) Nous avons vu, au musée de Uennes^ ces doux baâ-reliefs, seuls restes du monument.
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les titres de peintre, de seulpteur et d'archileele, et il se réclamait de deii\ patries, Marseille et Toulon (1). Placé à quatorze ans chez un constructeur de galères qui était aussi sculpteur en bois, il fut à seize ans constructeur achevé et sculpteur. Emporte en Italie, il devint peintre à la suite de Pierre de Cortone. Dans un second voyage à Rome, 11 apprit rarchitccture. Entre ces deux courses, invité parles ofiiciers de marine de Toulon à construire des vaisseaux (1648), il inventa ces poupes colossales à double rang de galeries saillantes et à figures en ronde-bosse, qui ont marqué une des époques de la construction navale. A sa seconde rentrée en France (1653), il pratiqua la peinture avec exubérance, et remplit Marseille, Toulon, Cuers, La Ciotat, de tableaux d'église, parmi lesquels il faut citer V Annonciation y la Visitation, le Sauveur du monde. Averti par les médecins, dans une maladie grave, que la peinture serait funeste à sa santé, il aborda la sculpture en marbre avec une ardeur dont il a dit lui-même : « Je suis nourri aux grands ouvrages, je nage quand j'y travaille, et le marbre tremble devant moi, pour grosse que soit la pièce. » Une de ses œuvres de sculpture, les Termes ou Atlas, à la porte de l'hôtel de ville de Toulon, faisait dire au Bernin que, puisque la France avait de tels génies, il était inutile de l'appeler lui-même d'Italie. Suo-
(1) Un de ses chefs-d'œuvre^ les Termes de Teiulon, est signé : ?uget. Pic. Se. Arc. M. T.