‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 127 sur 142 · LES SCULPTEURS B · texte numérisé non relu

LES SCULPTEURS B

cessivement au service du marqilis de Girardin, en Normandie, ou de Fouquet, dont il ne voulut pas se détacher, malgré les avances de Mazarîn, il avait fini par s'établir à Gênes. Colbert, sur la recommandation du Bernin, le rappela pour le constituer directeur de la décoration des vaisseaux. Il faillit quitter cet emploi pour n'être pas soumis aux observations du duc de Beaufort, qu'il dédaignait : « Monseigneur, lui dit-il, si mes services ne conviennent pas à Votre Altesse, je la prie de me donner mon congé. » Beaufort lui ayant répondu que le roi ne retenait personne malgré lui, Puget cessa immédiatement de travailler, et il ne consentit à revenir qu'après avoir reçu les excuses de l'offenseur. Sa charge ne l'empeclia pas d'exercer ses autres talents. C'est à cette époque (1671) qu*il déploya son génie d'architecte dans les embellissements de Marseille, par ses alignements et ses plans de nouveaux édifices. Colbert lui avait conféré le droit de décider avec ou contre les propriétaires toutes les affaires relatives à ces travaux (Voir tome III, chap. xx, p. 2). Il poursuivait en même temps la sculpture; c'est par elle qu'il fut à la fin introduit u la cour. Son Milon de Crotoney son bas-relief iï Alexandre et Dioffène^ encore à Tétat d'ébauche, ayant été vus par Lenôtre, celui-ci en parla avec admiration à Colbert, à Louvois, à Louis XIV. Puget reçut ordre de finir le Milon. et en 1683 il l'envovaà Versailles. L'enthousiasn^e fut général. « C'est un des plus beaux morceaux du monde, » dit Félibien dans la

description des statues du pare. La reine^ à la première vue^ lui rendit le plus bel hommage^ celui de la nature, par ce cri spontané : a Ah 1 le pauvre homme I » Lebrun, toujours juste envers le génie, écrivit à l'auteur : a J'ai tâché de faire remarquer tf au roi toutes les beautés de votre ouvrage. Je n'ai « fait en cela que vous rendre justice. Je fais plus « de cas de TafFection d'un homme de vertu comme (( vous, que de celle des plus qualifiés de notre tt cour. » Puget devenait ainsi un des artistes du roi. Il parait n'y avoir pas été tout à fait insensible; car son groupe d* Andromède , qu'il envoya en 1685, est dédié au grand roi avec une expression de dévouement (1), et Louis XIV y répondit en disant au jfils : <c Votre père est grand et illustre ; il n'y a personne en Europe qui puisse l'égaler. » Mais Puget avait une fierté trop rude, un sentiment trop inflexible de sa supériorité pour se plaire et pour réussir à la cour. Il ne souffrait qu'à peine les comparaisons avec les plus ilhistres. « Je ne puis être mis en parallèle, disait-il, qu'avec les cavaliers AIgarde et Bernin. Il trouva que son Andromède n'était pas assez payé. Louvois lui représentant que le roi ne donnait pas davantage à un général d'armée: « J'en conviens, riposta Puget, mais le roi n'ignore

(0 Ludovico magno

Sculpebat et dicabat ex animo

Petrus Puget

Massiliensis.

Ann. Dom. MDCLXXXfV.

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