‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 128 sur 142 · MANSARD · texte numérisé non relu

MANSARD

« pas qu'il peut facilement trouver des généraux <x parmi le grand nombre d'excellents officiers qu'il tt a dans ses troupes^ et qu'il n'y a pas en France a plusieurs Puget. p

L'architecture^ à l'époque où nous sommes parvenus^ n'est plus guère représentée que par un grand nom qui se trouve partout, et devient pour ainsi dire le synonyme de l'art (1). C'est le second Mansard, neveu du premier; appelé d'abord Hardôuin, en s'attribuant le nom de son oncle, il a habitué le public à le lui laisser exclusivement. Il n'avait que trente ans lorsqu'il construisit pour M"' de Montes» pan le château de Clagny (1675). La satisfaction que ressentit Louis XIV de ce bel ouvrage fut le commencement de la gloire de l'architecte. Héritier de ses prédécesseurs, il achève leurs œuvres et il y joint les siennes en nombre considérable. Il n'a pas commencé Versailles; mais il lui donne ses plus vastes développements, et il refait Trianon sur un plan nouveau. Il prend les Invalides inachevés, et il y mettra le dernier complément par l'érection de la coupole et l'heureuse distribution de la lumière qui en éclaire les peintures {2), « Par ses talents avan-

(1) Boileau, Art poétique, IV :

Déjà de bâtiments parle comme Mansard.

(2) Avant lui, les peintures du dôme n'étaient éclairées que par les fenêtres latérales. Mansard fit comme à Saint-Pierre une double calolle; mais, au lieu de la terminer ù la lanterne, il ouvrit la plus basse et Téclaira par des croisées ouvertes dans un attique, et dont

e jour pénétrant entre les deux calottes frappe sur la voûte supé-

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tageux^ disent les Mémoires inédits de F Académie y il s'était acquis l'estime du roi et celle des grands et de tous les savants du royaume (1). » Aussi, pendant qu'il exécute pour le roi, outre Versailles, Marly, Saint-Cyr, la place Vendôme, il construit la place des Victoires pour le duc de Lafeuillade, le château de Dampierre pour le duc de Lu y nés, le château de Lunéville pour le duc de Lorraine. Dans la dernière partie de sa vie, devenu surintendant des bâtiments, etc. (1699), il eut sous sa direction les académies; il les traita avec bienveillance, leur fit rendre les pensions supprimées par suite de nécessités politiques, et mérita ainsi leur bienveillance, qui peut-être n'a pas nui à sa réputation.

Avec de tels instruments, Louis XIV pouvait beaucoup pour sa gloire et pour celle des beauxarts. Il en usa au milieu même de sa guerre contre toute l'Europe, et, après la paix, il fit de leurs chefîr d'œuvre un ensemble de trophées durables pour son nom et son siècle. Versailles, Marly et sa machine, et même la témérité fastueuse et impuissante de Maintenon, la place Vendôme, à Paris, et des embellissements considérables à Fontainebleau, à Saint-Germain, à Chambord, furent autant de musées ouverts aux monuments des hommes de génie qu'il protégeait.

rieure sans que le spectateur puisse les apercevoir ni décooiiir h cause de l'éclat que reçoivent les pointures du dôme. » Biog. tiirir^ art. Mansard, par Perles.

(1) Mémoires inédits^ notice de Martin Desjardins.

L'imagina lion aime à se représenter tout le siècle de Louis XIV à Versailles, et à croire que ce monument, rapidement achevé, a été le témoin et le théâtre de toutes les magnificences du grand roi; c'est là un rêve et non la vérité. Il a fallu de longues années pour mettre Versailles en l'état où nous le voyons, et c'est à peine si, à la fm de sa vie, le constructeur l'a eu tout entier à sa disposition. La chapelle, par exemple, commencée en 1699, n'était pas encore terminée à la mort de Mansard en 1708; l'orangerie ne remonte pas au delà de 1686, et la grande galerie n'a pas été entreprise avant 1678. Dans les premiers temps, ce que le roi y cherchait surtout, c'était un jardin et des eaux. Le château même, avec quelques augmentations à l'ancienne demeure de Louis XIII, était petit; les annexes étaient au bout du parc : d'un côté, à la place du petit village de Trianon, le pavillon de porcelaine ou pavillon des fleurs, et de l'autre la ménagerie. Le plus grand luxe et la plus grande dépense étaient le canal creusé en 1670, et augmenté, en 1672, d'un canal transversal, et les eaux amenées à grands frais de l'étang de Clagny et de la rivière de Bièvre. Avec la guerre de Hollande commença (1672) la construction des grands appartements du roi et de la reine, à laquelle correspondirent de nouveaux travaux de jardinage et d'hydraulique, la création du labyrinthe et les eaux dérivées des plateaux du sud ou de la foret de Marly. On voit alors le roi, au sortir du siège de Maestricht (1673) ou

du camp devant Besançon (1674), régler la disposition des appartements, s'informer de l'effet produit par les orangers, et prescrire sur les pompes les épreuves qui peuvent lui permettre de régler le jeu des fontaines et la grosseur des jets d'eau (1).

En 1678, Louis XIV signifia qu'il voulait résider dorénavant à Versailles; ce fut le commencement des grands travaux de construction. L'entreprise parut téméraire à l'opinion; on ne croyait pas que le séjour de Versailles fût sain, et les courtisans mêmes critiquaient la préférence du maître pour un lieu suspect. Une maladie qui décima les ouvriers confirma d'abord cette croyance, cf On emporte toutes les nuits, écrivait Sévigné, comme de l'Hôtel-Dieu, des charriots pleins de morts; on cache cette triste marche pour ne pas effrayer les ateliers et ne pas décrier l'air de ce favori sans mérite. » Bussy disait à son tour : <c Les rois peuvent donnera la terre une autre forme que celle qu'elle avait reçue de la nature; mais la qualité de Teau et celle de l'air ne sont pas en leur pouvoir (2). »

(1) Louis XIV à Golbert, de Sainlo-Menehould, juin 1673 : « Il faudra faire percer la porte qui va du petit appartement, où loge M"*^' de Montespan, dans la salle des gardes du grand appartement, et la mettre en état qu'on puisse passer. » Il ajoute une recommandation relative au cabinet où il va quelquefois pendant les conseils à des choses nécessaires, c*est-à*dire le lieu où Ton met les commodités.

Du camp devant Besançon, mai 1674 : il demande qa*on lui fassa connaître l'effet que les orangers font à Versailles dans le lieu où ils doivent dire.

(2) Sévigné, Lettres, 12 octobre 1678. Bussy, 14 octobre 167^

En dépit de ces coups de langue^ la volonté du roi^ secondée par Mansarde se donna en quelques années satisfaction presque complète. De 1678 à 1686, on vit s'élever la grande et la petite écurie, le grand commun, Taile du sud, la grande galerie, l'orangerie avec son double escalier, enfin l'aile du nord. En même temps, le régiment suisse de Surbeck creusait la grande pièce d'eau dite des Suisses; le canal de Bue ouvrait le chemin à l'eau des étangs de Saclay^ Villîers et Trou-Salé ; et, pour improviser des ombrages, le jardinier du prince Maurice de Nassau enseignait l'art, qui n'est pas d'hier, de transplanter sans dommage de grands arbres dans le parc(l). Un témoin oculaire (2) a peint en deux mots la magnificence et la multiplicité de tant d'opérations à la fois : <c Durant cette dernière semaine, on dépensa pour Versailles 250,000 livres, et il y avait tous les jours vingt-deux mille hommes et six mille chevaux qui travaillaient (27 août 1685). »

Pour répondre aux murmures cl au grief le mieux fondé, pour donner à Versailles des eaux abondantes et potables, le roi se préoccupait depuis plusieurs années des moyens d'assurer à cette ville les eaux d'un fleuve. Un genlilhomme liégeois, Arnold Deville, avait fait établir dans son domaine une machine à élever l'eau, par le charpentier Swalm

(1) Le Roi, Histoire de Versailles, et Mémoires de la Société de Seine-ei-Oise»

{2) DangeaUy Journal.

Renkin (Renneqiiîn Sualem), ouvrier illettré, mais très-habile dans les arts manuels. Colbert les appela tous deux en 1675; entre autres expériences, ils essayèrent devant Saint-Germain la puissance d'une roue hydraulique, et firent monter Teau du fleuve paiMlessus la hauteur du château. Ce succès décida Tentreprise de la Machine de Marhj. Aux pieds des coteaux de ce nom, devant une île, on établit, dans le bras gauche de la Seine, les roues qui devraient mettre les pompes en mouvement, et pousser Teau le long de la pente, à six cents toises du courant, et à cinq cents pieds plus haut que le bout des tuyaux aspirants. Les travaux durèrent plus de cinq années (1679-1684). Nous en empruntons les détails à une relation contemporaine : « Quatorze roues hydrauliques de trente-quatre pieds de diamètre ont chacune deux manivelles qui sont attachées à treize grosses chaînes, à sept petites et à huit équipages qui mènent soixante-quatorze corps de pompes sur la rivière, soixanle-dix-neuf à mi-côte et quatrevingt-deux au puisard supérieur... Les soixantequatre pompes qui sont sur la rivière font monter Teau jusqu'au puisard de mi-côte, à cent toises de la rivière, à cent quarante-huit pieds plus haut que le fond des coursières. L'eau arrivée à mi-côte est conduite dans un réservoir, d*oii elle est distribuée dans deux puisards, et relevée par soixante-dix-neuf pompes foulantes et renversées qui la poussent jusqu'au puisard supérieur, distant de celui de mi-côte de deux cent vingt-quatre toises. Arrivée dans le

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puisard supérieur, elle est relevée par quatre-vingtdeux pompes renversées et refoulantes sur la tour d'où elle entre dans Taquedue. Quand la maehine est dans sa force et les eaux de la rivière hautes, elle donne, en vingt-quatre heures, sept cent soixantedîx-neuf toises cubes, qui valent vingt-un mille trente-sept muids. Quand les eaux sont basses, elle donne moitié moins (1). »

Quelque riche que fut le cadeau, comme il se faisait attendre, puisque les eaux de Marly n'arrivèrent vraiment à Versailles qu'en 1686, le roi avait déjà conçu un autre moyen d'approvisionner sa ville de prédilection. Un jour, le 19 octobre 1684, « on parla au lever du roi, dit Dangeau, de la rivière d'Eure que le roi veut faire venir à Versailles; on l'a fait niveler; elle est de quatre-vingts pieds plus haut que les plus hauts réservoirs de Versailles. » L'admiration des courtisans s'empara de celte merveille; on vantait en style précieuj: la « grande beauté qui devait paraître à Versailles, toute fraîche, toute pure, toute naturelle, et eflacer toutes les autres beautés. » Sévigné, en comprenant enfin que ce n'était qu'une rivière, n'en trouvait que plus hardi le caprice du souverain qui changeait ainsi la carte de France sans souci des réclamations des géographes (2). Louvois, alors surintendant des bâtiments, ne perdit pas une mi-

(1) Piganiol de La Force, Nouvelle Description de la France.

(2) Sévigné, Lettres, 13 décembre 1684.

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l)2(» HISTOIRE INTÉRIEURE DE 1672 A 1088

mile pour exécuter ce bon plaisir du maître. Il iiMn^il sur pied T Académie des sciences pour les nivelK JTlements^ Vauban pour les canaux à creuser, pour 1 M" les aqueducs à construire. Dès le printemps suivant^ ^ il organisa le camp de Main tenon, cette armée q monta ])arfois jusqu'à trente mille soldats pour r muer les terres et élever les maçonneries. Il s'agiS Tassait, ici d'ouvrir un nouveau lit à la rivière, là d' ^ -Rétablir des canaux provisoires pour transporter LBl les matériaux; ailleurs de franchir la vallée de l'Eun^K-re; près de Maintenon, sur un aqueduc en maçonncL^K "^ à trois rangs d'arcades superposées, comme le po ^mnt du Gard. Ce dernier projet surtout exaltait l'entlio ^i»" siasme des admirateurs. « Il v aura, écrivait Da: -■"" geau, près de seize cents arcades aux aqueducs q» J"^ l'on fait, quelques-unes deux fois plus hautes qi les tours de Notre-Dame, et beaucoup d'autr petites que l'on ne compte pas (1). » Les visit fréquentes du ministre, du roi, de toute la cou paraissaient promettre une rapide exécution, roi revenait ravi tout ensemble de la bonne tenu-^ "^ de ses soldats et de l'avancement de l'œuvre. Malhe^ ^^*' reusement des maladies dans les troupes amenèrei des suspensions de travaux, et successivemer d'autres difficultés financières ou politiques firer::^''' pressentir l'abandon inévitable d'une entreprisse^ ^ encore plus ruineuse que grandiose.

Mais Versailles était debout» On a repixiché à

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(1) Mirnnl (le Danjj'oau, 8 juin 1685.

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château runiformilé de la constriiclion extérieure. Ce corps de logis carré et ses deux longues ailes a d'une architecture rétrécie, à ressauts^ sans con- « traste et sans opposition, » se confondent quand on les voit à quelque distance, et semblent ne former qu'un long mur monotone. Il y avait encore à l'intérieur une disposition maladroite des appartements qui nuisait aux communications. Malgré ces défauts, la richesse des décorations multipliées au dedans par l'architecte, et au dehors, dans les jardins, ce peuple de statues, ce mélange de parterres, de bassins, de bosquets, alignés ou échelonnés avec une si habile diversité, faisaient de l'ensemble le premier palais du monde; les toits eux-mêmes avaient une magnificence jusqu'alors inconnue; les ornements de plomb qui les surmontaient étaient dorés, et dans les fêtes, comme à la naissance du duc de Bourgogne, resplendissaient du feu des illuminations. Le roi habitait Versailles depuis 1682. Il y étalait sa puissance aux yeux des nations dans la personne de leurs ambassadeurs, les recevait assis sur un trône d'argent massif et revêtu lui-même de pierreries (1). A chaque instant, dans les jardins, il changeait, par amour du progrès, les fontaines^ les statues, les monuments en marbre, disposant sans résistance et sans contrôle des artistes et des revenus (2). En remontant à ses apparte-

(1) Réception de rambasdadeur du czar Fcodor^ on 1681.

(2) Voir dans le Journal de Dangeau quel({ues-uns de ces caprices :

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mcnls^ en traversant ses galeries^ il passait au milieu de sa gloire exposée et rangée par exploits guerriers ou politiques dans les peintures. On a regretté, avec raison, de ne rencontrer dans la plupnrt des œuvres d'art de Versailles que des souvenirs mythologiques ou voluptueux, et rien ou presque rien de Tliistoire de France. Le reprocJic serait injuste si l'histoire du roi était celle du pays; car les peintres, interprèles de sa pensée, n'ont rien oublié de ce qui pouvait exalter les grands événements de son régne, et proclamer sa domination universelle.

Dans le grand csc:ilier, Lebrun avait peint Thumiliation de l'Espagne dans la querelle de préséance, le renouvellement des alliances avec les puissances étrangères, et l'ouverture de la guerre de Hollande par cette attaque simidtanée de quatre villes dont Louis XIV s'était montré si fier. Van der Meulea v ajouta, au lendemainméme des événements, en quatre petits tableaux, la prise de Valenciennes, de Cambrai et de Saint-Omer, et la bataille de Casse!. La grande galerie, ouvrage de Lebrun seul, e\|>osait en neuf grands tableaux, en douze autres à lK)rdure

« 19 juin 1684, le 1*01 ordonne une colonnade de marbre avec de grosses fontaines dans l'endroit où étaient les sources. 6 juillet, le roi se promena à ses fontaines, et ordonna qu*on ôterait celle de la Renommée, voulant en cet endroit^Ià faire encore quelque chose de plus magnifique.... Le roi avait ordonné qu'on travaillât à une fontaine au-dessous du marais qui devait être beaucoup plus magnifique que celles qui étaient déjà faites.... 28 juillet, le roi visita quelquesunes do ses plus belles fontaines, et ordonna quelques changements à celle qu'on appelle la Montayne-^'Eau. »

ovale^ et en six bas-reliefs posés à la clef de la voûte^ toutes les merveilles des dix-huit premières années du règne, depuis le jour où le jeune monarque avait saisi le gouvernail de TEtat jusqu'à la paix de Nimègue. Au point de départ, c'est le roi entouré de divinités dont les attributions figurent ses qualités supérieures, et alarmant, par sa résolution, l'Allemagne, la Hollande et l'Espagne. Plus loin (4* tableau), c'est sa sagesse dans les conseils, le génie du secret portant le casque du roi pour représenter les sages et discrètes mesures qui ont préparé la guerre de Hollande. Au sixième tableau, le roi-César avec la devise Veniy vidiy vicij fra|>pe les coalisés de 1674 qu'accompagnent la Terreur, la Jalousie et la Crainte. Au cinquième, le roi-Jupiter lance la foudre sur le Rhin à Tolhuys, et au huitième contre Valenciennes, Cambi^i et Saint-Omer, en même temps que Mars chasse l'Envie et abat l'iivdre de la coalition. A ces gloires correspondent les humiliations des ennemis : la Hollande, sous la forme d'un marchand renversé parmi des ballots et des livres de compte, et sous celle d'une femme guerrière qui se voit arracher son bouclier où est écrit le nom de Maestricht; le lion d'Espagne recule quand on veut le faire avancer ; l'aigle impériale ne se sent plus en sûreté sur les colonnes d'Hercule, et ces colonnes, déjà inclinées vers la terre, vont entraîner dans leur ruine l'inscription nec plus ultra qui formait la devise de Charles-Quint. Mais à la force qui renverse les superbes, il est beau d'ajouter la mansuétude qui

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ménage les vaincus et protège les faibles^ la grandeur d'esprit qui développe les arts de la paix. Ces autres mérites du roi ont leur place dans les petits tableaux et les bas-reliefs. On y voit l'aigle impériale sauvée à Saint-Gotthard par le bouclier de Louis XIV, la Hollande protégée contre l'évêque de Munster, le |)euple vengé des harpies de finances contraintes à rendre l'argent \olé, la sûreté établie dans Paris par l'organisation de la police, la justice réformée par le code Louis, les soldats invalides recueillis dans leur palais. Le j)einlre panégyriste n'a oublié non plus ni la création de l'Observatoire et des Académies, ni la jonction des deux mers, ni l'abolition des duels, ni la famine de 1662 soulagée par les libéralités royales. Mais pourquoi avoir retracé l'affaire de la garde corse et la vengeance tirée du pape? Au moment de l'exécution de ces travaux, Louis XIV était encore une fois en querelle avec le saint-siége, pour la Régale et les quatre articles de 1682. Sans doule il ne lui était pas indifférent de faire de ses emportements passés une menace pour le présent et pour l'avenir, et de contenir Innocent XI par le souvenir d'Alexandre VII.

La grande galerie a quarante toises de long et trente-six pieds de large. Olte dimension ajoute encore au mérite de tant de |)eintures exécutées en cinq années, de 1679 à 1684. Les travaux de sculpture ne marchaient pas moins rapidement. Coysevo\ fit, pour sa part, la moitié des trophées el vingttrois des enfants qui décorent la galerie, et dans le

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salon qui la termine^ en retour du grand appartement^ il pava son tribut à la personne du roi^ en lui élevant une statue équestre couronnée par la Renommée. Qu'on joigne à cela les di\-sept arcades de glaces en face des dix-sept fenêtres, et les pilastres de marbre qui séparent les fenêtres et les arcades; on comprendra l'admiration des contemporains pour cette magnificence supérieure à toutes celles de l'Europe. « Rien n'est égal à la beauté « de cette galerie de Versailles, écrit Sévigné (1) ; « cette sorte do royale beauté est unique dans le K monde. » Pélibien, presque à la même date, disait de tout le château, et à l'avantage de la gloire du maître (2) : « Si l'on jette les yeux sur la beauté de l'architecture, sur ce nombre presque infini de statues, sur les merveilleux ouvrages de peinture, sur tant de meubles rares et précieux dont ce palais est rempli, enfin sur toutes les merveilles qui rendent le séjour de Versailles si délicieux et si admirable, quelle idée ne pourra-l-on pas avoir de la puissance d'un monarque qui en peu de temps a fait de si grandes choses?»

On a quelque peine à comprendre que Louis XIV n'ait }>as eu assez de lanl de grandeurs, et que des dépenses si considérables lui aient laissé des ressources pour conduire en même temps d'autres

(1) Lettres, 15 avril 1685.

(2) Felibien, Recueil histoHifue de ht vie cl dos ouvrages des plus rélébres architectes, dédicace ù Louvois, 1087.

entreprises. Or, à l'époque même où il pressail raehèvemeiit de Versailles pour en faire son séjour ofTiciel, il lui vint la pensée de se donner une autre maison, privée pour ainsi dire, qui ne ressemblerait à la première ni par la forme ni par la destination. Versailles, séjour de la cour, nécessairement ouvert à tout le monde, serait toujours bruyant d'affluenee et d'affaires ; la nouvelle demeure serait comme un lieu de retraite et de repos, un rendez-vous de famille et d'intimité. Telle est Torigine du château de Marly (1079). Entre Saint-Germain et Versailles, sur la pente même par-dessus laquelle il travaillait ;i élever les eaux de la Seine, il choisit un lieu boisé, un peu humide, qui n'était, à en croire Saint-Simon, qu'un repaire de lézards, de crapauds et de serpents, pour le changer en une habitation enchantée. Le plan qu'il accepta, ou, dit-on, proposa lui-même, consistait en un grand pavillon à quatre appartements pour lui et sa famille, et en douze beaucoup plus petits, à deux appartements chacun (1), pour ceux qu'il lui plairait d'inviter, ce qui en restreignait sensiblement le nombre. En dehors de cet ensemble une chapelle, une caserne pour les gardes du corps, et des communs compléteraient l'installation. Il faudrait, en outre, encadrer ces constructions de parterres, de bassins, d'allées d'arbres et de statues.

• (l) Deux personnes par pavillon, c'esl ce que dit expresâi'tnent Dangeau, en énumérant, .*) septembre 1()86, les vingt-quatre favoris invik^s par le roi.

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