‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 13 sur 142 · FAIBLESSE DES HOLLANDAIS M · texte numérisé non relu

FAIBLESSE DES HOLLANDAIS M

quoiqu'il leur eût appris le peu qu'ils savaient (1). Le roi ne laissa pas impunie tant de fatuité ; il exila les trois réealeitrants. Leur fierté plia devant la disgrâce. Au bout de quelques mois^ ils consentirent à servir sous Turenne en qualité de lieutenants-généraux ; Créqui et d'Humières d'abord, ensuite Bellefonds, le plus entêté et peut-être le plus franc (2).

La Hollande ne confinant à aucun des points du territoire français, il avait fallu s'assurer le passage jusqu'à elle , sans inquiéter aucun des États intermédiaires, neutres ou suspects, ni surtout les Pays- Bas espagnols sur lesquels il importait de ne laisser entrevoir aucune prétention. Le roi et Louvois avaient fort habilement résolu ce problème. Deux chemins pouvaient conduire à l'entrée du pays ennemi : le Rhin par l'électorat de Cologne qui ne touchait pas à la France, et la Meuse par l'évêché de Liège qui n'appartenait pas à l'Espagne. L'alliance (le l'électeur de Cologne les ouvrit tous les deux. Cet électeur, en guerre privée avec sa noblesse, avaiï réclamé, quelques mois auparavant, l'assistance de la France pour cet intérêt personnel, étranger aux Hollandais et à la politique générale de l'Empire. Louis XIV avait pu lui envoyer des troupes, à travers les Etats et avec le consentement de l'électeur de Trêves, qui ne voyait dans cette manœuvre qu'un

(1) Lettre de Bussy-Rabutin à Sévigné, l^''' mai 1672.

(2) Lettres de Louis XIV et de Louvois à Turenne, octobre et novembre 1672. Collection Grimoard» tome II.

secours accordé à un prince allemand comme lui. D*ailleurs ces Français prirent Técharpe de Cologne, et prêtèrent serment à Télecteur; leur séjour prolongé aida même à réconcilier le souverain avec ses sujets. Mais pendant qu'ils dissimulaient si bien leur véritable destination^ ils en rendaient Teffet plus certain et plus profitable; ils s'établirent dans les villes de Télectorat, les fortifièrent, y amassèrent des vivres et des munitions, et se trouvèrent tout portés pour donner la main à Tarmée de Munster (1). D'autre part révêché de Liège appartenait à l'électeur de Cologneet confinait à la Champagne. L^alliance offensive, récetament conclue avec ce prince, permettait aux Français de passer de leur territoire sur le sien, et d'en suivre les chemins jusqu'à Maestricht et au delà vers le Rhin hollandais. Ainsi, parla Meuse comme par le Rhin, Louis XIV avait la voie libre jusqu'aux villes du duché de Clèves où les Hollandais tenaient garnison et qui leur servaient de barrière.

Les États-Généraux étaient restés bien en arrière de cette activité et de cette prévoyance. Quelques velléités belliqueuses d'armements et de fortification des villes que nous avons signalées plus haut (chap. xxi), n'avaient guère abouti que du côté de la marine où ils se croyaient à peu près invincibles avec Ruyter. Ils ne comprirent ni ce que signifiait

(l) Jfimoire de Louis XIV sur la guerre de Hollande, retrouvé par Roussel. Le roi y explique par le menu toutes les ruses de cette négociation.militaire.

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