‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 130 sur 142 · PLACE VENDOME · texte numérisé non relu

PLACE VENDOME

plus célèbre, quoique parfaitement faux, que cette dispute avec Louvois pour une fenêtre de Trianon, d'où les politiques à la Saint-Simon font sortir la guerre de 1688 (1). Il y pensait dans ses voyages; au retour, il venait se rendre compte de Texécution de ses ordres pendant son absence. En revenant de Luxembourg (1687), dit Dangeau, « le roi alla visiter son bâtiment de Trianon qu'il trouva fort avancé et fort beau, » et le courtisan nous le montre y allant sans cesse dans les semaines suivantes, avec ce besoin d'être servi qui croit supprimer les retards par des marques d'impatience.

Il eut, à la même époque, la pensée d'ajouter aux embellissements de Paris une place monumentale qui s'appellerait \i\ place des Conquêtes y et à laquelle est resté le nom de place Vendôme. La maison de Vendôme, réduite par ses dettes à vendre une grande partie de ses biens, céda au roi, en 1685, moyennant 720,000 livres (2), son hôtel de Paris qui s'étendait, avec ses jardins, entre la rue Neuvedes-Petits-Cliamps et la rue Saint-Honoré ; les Capucines du voisinage cédèrent aussi leur couvent, mais à charge de reconstruction. Sur ce vaste espace, le roi et Louvois voulaient former une place beaucoup plus large et plus longue que la place Royale, et certainement la plus belle de l'Europe,

(1) Roussel, Histoire de Louvois, tome III. Voir surtout une lettre de Louvois à Mansard, où il lui expose les volontés du roi, page 407.

(2) Dangeau, Journal, 2 avril 1685. Roussel conteste cette date, et prouve par les pièces que le contrat de vente est du 4 juillet.

encadrée de trois côtés par des constructions nuiformes, et ouverte devant la nouvelle église qu'on bâtirait aux Capucines. Ici, du moins, l'utilité publique semblait se substituer aux convenances personnelles du souverain. Lesbâtimentsétaientdestinés à recevoir la Bibliothèque du roi, les Académies, la Monnaie, la Chancellerie et le grand Conseil. On espérait, en outre, atténuer de beaucoup la dépense par la revente des terrains qu'on n'emploierait pas. Ou se mil à Tœuvre sans délai sur ce plan qui devait être changé après la mort de Louvois, et qui n'en a pas moins englouti, sans résultat, plus de deux milh'ons en six ans. La grandeur de l'entreprise est sulfisamment attestée par des comptes annuels tels que ceux-ci : 750,000 livres en 1685, 320,000 en 1686, 467,000 en 1687.

Pendant que ces magnificences semblaient réussir sur tous les points au gré du roi, il rencontrait, dans un de ses plus chers projets, une contradiction qui aurait pu l'étonner et l'arrêter comme un mauvais présage. Il avait tout osé pour amener la rivière d'Eure à Versailles. Il changeait ses troupes en terrassiers et en maçons. 11 avait trouvé Vauban docile à abandonner ses propres plans pour ceux de Louvois. Dans la crainte que la spéculation des particuliers nuisit aux intérêts des exécuteurs delà volonté royale, Louvois avait interdit aux habitants de Maintenon, sous peine de la prison, de renchérir leurs loyers. Une partie des travaux était même déjà accomplie, le nouveau lit de la rivière creusé sur

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