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LA CABALE DU TEMPLE

la cour, une autre dynastie de bâtards royaux, issus de Henri IV, les Vendôme, petits-cousins du roi, dont les désordres pouvaient s'abriter de son exemple. Deux fils du duc de Mercœur et de Laure Mancini, Louis, duc de Vendôme, destiné à une certaine gloire militaire, et Philippe, grand prieur de Malte pour la province de France au Temple de Paris, avaient une compagnie joyeuse qui est restée célèbre sous le nom de Cabale du Temple. On y comptait le marquis de Lafare, que nous connaissons par sa disgrâce méritée, et Tabbé deCliaulieu, un de ces intrus, un de ces masques yÇj^m n'étaient de l'Eglise que pours'approprier ses biens, qui ne revêtaient l'habit ecclésiastique que pour le déshonorer. Chaulieu, le factotum des deux frères, n'était ni prêtre ni moine; mais, selon la coutume d'alors, et par la faveur du grand prieur, il était abbé d'Aumale, prieur de Saint- Georges dans l'île d'Oléron , de Pourrières, de Saint-Etienne, etc.; ces bénéfices lui rapportaient trente mille livres de rente. Faiseur de petits vers assez faciles, il célébrait habituellement l'amour, la volupté, l'obscénité (1). Voltaire l'en a récompensé par le surnom A'Anacréon du Temple. Épicurien déclaré, il ne croyait aux enfers que pour les voir en beau (2). Grand ami des soupers, il en perdait quelquefois le temps d'écrire à ses amis; mais à d'autres moments il appelait ses amis à la même table que

(1) Voir, dans les œuvres de Chaulieu, la Bergère surprise,

(2) Épttre de Chaulieu au chevalier de Bouillon.

c'étaient, disait-elle, des relations hors mariage. Ainsi, elle aimait mieux passer pour concubine que de se reconnaître épouse, comme le mettait éloquemment en vue Tavocat général Denis Talon. Le procès fut perdu. Il fallut reconnaître le mari et Tenfant, et, comme réparation à la pudeur publique, payer cent francs d'aumônes. Bu^sy àondissait dans les nues, sa fille était forcenée dans son lit (1). Mais le plus regrettable de cette triste histoire, c'est que M"' de Sévigné, qui riait de l'échec une fois reçu, étiiil intervenue elle-même avec les autres parents |>our appuyer la demande en nullité.

Un signe de décadence encore plus inquiétant a|)paraissait dans les crimes célèbres de cette époijue, dont la surprise et l'épouvante se mêlaient aux préoccupations de la guerre ou aux joies de la victoire. Ces crimes se rattachaient, par leurs motifs, aux mauvaises mœurs, comme une conséquence à son principe, et leurs ramifications révélaient les progrès du mal dans les classes distinguées. Il y avait eu le procès de la Brinvilliers pendant la guerre de Hollande ; il y eut après la paix de Nimègue le pixicès de la Voisin.

La marquise de Brinvilliers, fille du lieulenant civil d'Aubray, tenait par elle-même el par son mari à de bonnes familles et à toute la robe. En dépit de ces gages d'honnêteté, elle était, de son propre aveu, pervertie à l'âge de sept ans, el, dès qu'elle

(1) Sévigné, juin 1684.

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fut mariée, elle trahit la foi conjugale. Son complice était un aventurier, bâtard non avoué d'une famille illustre, Gaudin de Sainte-Croix. D'Aubray, pour rompre cette liaison, fit enfermer Sainte-Croix à la Bastille; mais, au lieu de s'amender, le prisonnier se perfectionna, en prison même, dans la science du crime. Il apprit d'un compagnon de captivité, l'Italien Exili, l'art abominable de cette vénéneuse Italie , comme on disait déjà au xv" siècle. Rendu à la liberté, il communiqua son savoir à sa maîtresse, et dès lors ils travaillèrent ensemble à s'en assurer les profils. Sainte-Croix composait les poisons, la marquise les essayait, soit sur les malades de l'Hôtel- Dieu, soit sur des commensaux, au moyen de certaines tourtes de pigeonneaux, soit quelquefois sur elle-même, elle l'a écrit du moins, afin de mieux constater l'effet des contre-poisons. Deux passions, la cupidité et la haine, paraissent avoir été ses principaux mobiles. Selon le fils d'un apothicaire, témoin au procès, un jour, en état d'ivresse, elle avait dit en montrant une cassette : « Il v a là-dedans bien « des successions; » et une autre fois : « Quand un « homme déplaît, il faut lui donner un coup de « pistolet dans un bouillon. » En quatre ans, de 1666 à 1670, elle avait empoisonné ses deux frères, une sœur et son père. Rien de plus affreux ni de plus célèbre que ce parricide ; elle mit huit mois à tuer son père, sans jamais s'émouvoir ni de ces résistances de la nature, ni des marques d'affection que sa victime lui prodiguait en retour de ses soins

hypocrites ; elle ne répondait à ces douceurs qu'en doublant toujours la dose. Elle parait aussi avoir plusieurs fois attenté à la vie de son mari; mais Sainte-Croix, qui craignait d'avoir ensuite à épouser une si méchante femme*, donnait des contre-poisons, et le mari échappa. On ne commença à soupçonner ces horreurs qu'en 1672. Sainte-Croix mourut subitement des émanations foudroyantes d'un poison qu'il préparait. Les scellés ayant été mis sur ses meubles, la marquise se trahit elle-même par une inquiétude empressée, elle réclama une cassette qui se trouvait chez lui, disant qu'il ne fallait pas l'ouvrir, mais la lui renvoyer intacte, parce que le contenu n'appartenait qu'à elle seule. Sur cette indication^ on ouvrit la cassette au lieu de la lui renvoyer, et on y trouva, avec une grande provision de poisons, la promesse de 30,000 livres faite par elle à Sainte- Croix huit jours après la mort de son père. Elle parvint alors à se sauver en Angleterre ; mais un laquaisi soupçonné de complicité, ayant avoué qu'il avait servi d'instrument à Sainte-Croix pour empoisonner les frères delamarquise, il fut lui-même roué vif (1673) et elle condamnée à mort par contumace. On réussit enfin à s'emparer de sa personne. Elle était revenue d'Angleterre à Liège. Un agent habile (Desgrais) se présenta chez elle, gagna sa confiance, d'abord sous l'habit ecclésiastique, ensuite par des déclarations d'amour, s'empara de tous ses papiers et se la fit livrer par les autorités du pays (1670). Entre ses papiers, il y avait une confession en seize pages^ écrite

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