‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 135 sur 142 · CRIMES CÉLÈBRES · texte numérisé non relu

CRIMES CÉLÈBRES

de sa main^ où elle avouait ses débordements depuis l'âge de sept ans, et Tempoisonnement de son père, de ses frères, d'un de ses enfants. Quoiqu'elle ait ensuite essayé, tout en reconnaissant son écriture, de renier la confession même comme un accès de fièvre chaude, elle la confirma bientôt dans son procès par des aveux formels, et en contant sa vie encore plus épouvantable qu'on ne petxsait (1).

Ce qui rattache cette noire tragédie à l'histoire publique, ce n'est pas seulement la luxure à la mode mêlée à ces crimes : « toujours l! amour et les confidences », comme on disait à propos des aveux de la Brinvilliers; c'est surtout l'opinion générale qui croyait à de nombreux complices. Dès que la criminelle fut arrêtée, le roi fit députer un conseiller de la Grand'Chambre pour l'interroger à Rocroi. On ne voulait pas attendre qu'elle fut arrivée à Paris, où toute la robe était alliée à cette scélérate (2). Le roi se préoccupait encore de ces connivences, après la prise de Bouchain; pendant qu'il avait à surveiller le prince d'Orange, il écrivait de Flandre à Colbert : « Sur l'affaire de M"* de Brinvilliers, je crois qu'il est important que vous disiez au président et au procureur général que je m'attends qu'ils feront tout ce que des gens de bien comme eux doivent faire pour déconcerter tous ceux, de quelque qua-

(1) Richer, Causes célèbres. Lettres de Sévigné, d'avril à juillet 1676.

(2^ Lettre de Corbinelli, 13 avril 1676.

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lité qu'ils soient^ qui sont mêlés dans un si vilain commerce. Mandez-moi tout ce que vous pourrez apprendre. On prétend qu'il y a de fortes sollicitations et beaucoup d'argent répandu (1). » Les soupçons tinrent longtemps; ils trouvaient de quoi se justifier dans la conduite même du procès; les procédures semblaient être trop douces, et dénoncer le besoin de ne pas découvrir tous les coupables. « Jamais tant de crimes, disait-on, n'ont été traités si doucement; elle n'a pas eu la question. On avait si peur qu'elle ne parlât, qu'on lui faisait entrevoir une grâce, et si bien entrevoir, qu'elle ne croyait pas mourir (2). » On interprétai de la même façon l'acquittement de son ami ou amant Penautier. Cet homme, successivement trésorier général des Etats de Languedoc, et receveur général du clergé, avait été arrêté sur une lettre de la Brinvilliers, qui le priait de tout faire pour la sauver. Il s'était acquis beaucoup d'amis dans ses deux emplois; il était recherché pour sa bonne table, où il y avait presse. Un moment on le crut sérieusement compromis; mais bientôt on parla de ses protecteurs, parmi lesquels on mêlait Colbert. Qn sut qu'il avait répandu cent mille écus pour favoriser toutes choses; une dépense a se ruiner, disait-on plaisamment, et à supprimer sa table. Mais comme Y innocence ne fait guère de telles profusionSj quand on le vit en liberté,

(1) (Muores de Louis XIV, tome V, lettre à Golbert,28juin 1676.

(2) Sévigné, 29 juillet 1676.

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