FONDATION DK SAINT-CYR
notre tempérament. » C'est surtout dans la manière de traiter les élèves qu'elle excelle en sagesse. Elle n'entend pas que l'éducation des enfants soit subordonnée aux règles des religieuses ; mais^ au contraire, que les règles des religieuses soient stibor- (lonnées aux besoins de l'éducation. « On ne peut jamais^ chez vous, dit-elle, séparer les constitutions des religieuses de l'éducation des demoiselles; il est dit partout que l'établissement est fait pour elles; on ne vous y a ajoutées que pour leur servir de mères et de maîtresses, et l'on ne vous a imposé des vœux que pour fixer votre tendresse et votre zèle. » Par le même principe, elle s'oppose à ce qu'on surcharge les enfants de pratiques religieuses. Saint-Cyr n'est pas un cloître, mais une école ; elle trouve que les demoiselles sont trop longtemps :i l'église pour des enfants, qu'elles sont tuées à porter des chapes, que les processions ne conviennent que dans les paroisses, et non dans les chapelles ; et elle tient si fort à cette sage modération, qu'elle n'hésite pas à faire partir de Saint-Cyr M"* de Brinon, la première supérieure, quoiqu'elle soit son amie, parce qu'elle ne comprend pas que les enfants ne sont pas faites pour la vie monastique. Elle préside avec la même intelligence i\ l'instruction; les élèves auront toute la culture d'esprit qui convient à leur état, mais qu'on se garde bien dVn faire des pédantes ; que, sous prétexte de les réformer, on ne leur ôte pas le bon sens; qu'on leur donne le goût de la vie réelle, des
fiOO niSTOIHK INTKHIKrKK DE 1672 A lOSS
oc'Oiipalions (le la famille. « Wii failes |KiSjdil-elle, des rhétorîeieniies, ne leur inspirez pas le ^oCii de la eouv(M'sati()n ; rllessVnnuieraienlàpéiiiclans lein> familles (li. »
Voilà, lires de ses lettres, cpieirpies traits de sa vie de eluKjiie jour, pris sur le vif. Saint-('\r était son ^rand amour ici-bas. (juand elle était à Saint-('>r, elle n'avait d'autre pensée, d'autre emploi cpie de s'y consacrer tout entière; quand elle n'y était pas, elle semblait regretter une liberté qui la rendait a ses autres relations. Elle écrivait de Fontainebleau : a II faut vous répondre d'ici où j'ai moins d'adaires qu'à Versailles, parce que je n'ai pas Saint-Cyr. » DieUy le roij Samt-Cf/Vy c'était en quelcpie sorte sa devise officielle; mais, au fond de son cœur, Saint- Cyr remontait au moins d'un degré. « Le roi prend tout mon temps, je donne le reste à Sainl-Cvr, à Saint-Cyr à qui je le voudrais tout donner. Cette maison est d'un si grand détail, qu'en y faisant ce que je puis, je n'y fais pas la moitié de ce que je veux et de ce que je dois vouloir; » beureuse, en effet, si elle avait pu, par l'exemple et l'influence de ses élèves, opérer cette réforme des mœurs, qui était son vœu le plus ardent, et qui aurait été le salut de la société!
^1] Toute cette page est tirt^e des leUres de MaJQlenon en 16âG, 1087, 1088. La dernière citation seule est de 1C95
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ÎÎI. — Riiino ilfs fiirtiiiiPs. — L»* j»-ii. \onU' dos proi»ru''l»'s. - - GriU' piihliqiiP. — Derniers l'fforts d»' CnlhiTt iH)ur r»''l;iMir les tinaiiiTs: ivpréseiitation«« éntTffiqiM"! à Lmis \IV. r.i»mpt«'s <li'«i iIi-ih-iis»'». jpre-» l.i |*.ii\ d" Niin»'L'iir.
Avec la perte des mœurs, le faste de la eoiir vi de ses imitateurs entraînait celle des fortunes. Nous avons tout à liieure signalé une des causes de cette ruine, dans cette fureur du jeu qui faisait comme une partie essentielle des fêles et des soirées du roi. \]n jour la reine en avait oid)lié la messe, et perdu 20,00() écus avant midi (1675). Le roi lui-même, ému de ces extravagances, en exprima sa mauvaise humeur : « Madame, disait-il, supputons combien c'est par an. » A Tépoque de la paix de Nimègue, le mal avait encore augmenté, la hassette faisait fureur ; on y perdait fort bien 100,000 pistoles en un soir. Momiêur en était réduit à mettre ses pierreries en gage. Le roi, fâché de ces excès, montrait quelque bonne volonté de les réprimer. Par Colbert et Seignelay, aidés de La Reynie, il interdit les académies de jeu et la bassette chez les particuliers (1678). Il parla lui-même très-sévèrement au comte d'IIarcourt et au duc de Ventadour des jeux de hocaqui se tenaient chez eux. Il fit admonester le sieur de Bragelonne, le prince de Monaco, la comtesse de Poitiers (1). Mais la passion se ranimait toujours.
(1) DQ^^mgj' Correspondance administrative. Lettres de Seignelay et de Colbert à La Reynie, 1678.
En 1681, Seignelay écrivait encore à La Reynie : « Sa Majesté a été informée que l'on recommence fort, à Paris, à jouer à la bassette. Elle veut que vous teniez la main à ce que les défenses qui ont été faites de ce jeu soient exécutées. » Vains efforts ! Si la surveillance supprimait un moment la publicité, le vice se réfugiait dans les tripots clandestins. En 1683, Colbert surprenait un jeu tenu par un prêtre, vicaire de la Sainte-Chapelle, qui avait loué, pour la bassette, deux chambres chez un boulanger de la rue de Ilarlay (1).
Entre les familles déjà connues pour le mauvais état de leurs affaires, on distinguait la maison de Vendôme. Le jeune duc de Vendôme réclamant un jour du roi la permission d'aller enfin exercer ses fonctions de gouverneur de Provence, le roi lui avait répondu : « Monsieur, quand vous saurez bien gouverner vos affaires, je vous donnerai le soin des miennes (1676). » Un tel avis n'avait pas corrigé le prodigue. Comme il aimait la magnificence, comme il lui fallait, dans son château d'Ânet, la musique de Lulli, et tous les danseurs et danseuses de rOpéra, des tables largement servies pour de nombreux invités, et qu'une seule de ces fêtes, au dire de ses amis (2), lui coûtait 100,000 livres^ il en arrivait à la nécessité de vendre ses biens. C'est ainsi qu'il céda au roi son hôtel de Paris pour en
Vi Depping, Lettre de Colbert à La Repie. (2) M(mioircs de Lafare, 1686.