‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 139 sur 142 · DÉCADENCE DE LA FOKTUNE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DE LA FOKTUNE PUBLIQUE

« de dépenses ii'onl pas de bornes ; mais il iaut se c( consoler en travaillant toujours à bien faire (1). » Colbert entrevoyait la disgrâce. Les contemporains ont eux-mêmes constaté la mauvaise humeur que Louis XIV l'essentit d'abord de cette contradiction. « Mansard^ disait le roi à son architecte^ je « ne veux plus bàtir^ on me donne trop de détc goût (2). » Cependant^ il se garda bien de se priver des services de son ministre. Colbert continua^ avec son application ordinaire^ à concilier^ autant qu'il était possible^ deux choses contradictoires : le soulagement du peuple et la rentrée régulière den l'evenus royaux. Par ses circulaires aux intendants^ il posait comme bases d'améliorations incontestables : liquider les dettes des communautés^ empêcher la saisie des bestiaux^ examiner la conduite des commis et employés à la levée des droits des fermes^ diminuer les frais qui accroissaient la charge des tailles^ réunir dans les principaux lieux de chaque élection une bonne partie des collecteurs et principaux habitants^ et s'informer avec soin de tout ce qui se passait dans la réception des commissaires^ nomination des collecteurs, imposition et recette, écouter toutes les plaintes suscitées par l'inégalité des impositions dans les rôles des tailles. « Si ces « ordres, ajoute-t-il, vous ont été donnés, même

(1) Collection Clément, tome 11 : Mémoire pour rendre compte au roi de Tétat de ses finances.

(2) Racine> Fragments historiques*

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« pendant la guerre, vous pouvez juger combien Sa « Majesté désire à présent le soulagement, puis- « qu'elle a bien voulu donner la paix dans le cours « de ses conquêtes (1). »

8i les communautés n'avaient pas encore liquidé leurs dettes, la faute en était au\ maires et échevins qui les entraînaient à des emprunts ou à des dépenses dont ils profitaient. Ces magistrats municipaux , assez mal traités par l'opinion, comme le montrent les vers de La Fontaine (2), étaient soupçonnés de détourner pour eux jusqu'à l'argent du logement des troupes payé par le roi (3). Un intendant écrivait : « Les communautés n'ont pas de « plus grands ennemis que leurs consuls et leurs t< officiers ; ils les pillent par toutes les voies qu'ils t( peuvent imaginer. Je travaille autant que je puis « pour arrêter l'avidité de ces mangeurs de comte munautés (4). » Pour restreindre et guérir, s'il se pouvait, la lèpre des dettes, Colbert, dès 1680,

(1) Circulaires aux inlendants, l^f juin 1680 et 2 janvier 1082.

(2) La Fontaine, le Chien quipm'te à son cou le diner de son tmiUt-e,

Vlil, 7 :

Je crois voir en ceci l*image d'une ville

Où ron met les deniers à la merci des geu8.

Echevins, prévôt des marchands

Tout fait sa main : le plus habile Donne aux autres rexemple, et c*eât ud passe-temps De leur voir nettoyer un monceau de pistoles. .. .

(3) Colbert aux intendants, 1679 : a [)epuis dix ans... les maires et échevins ont retenu et distribué entre eux les fonds qui leur avaient été remis pour le remboursement des habitants. Il n'y a pas de vol plus manifeste que celui-là, et qui mérite plus d*êlre puni. »

(4) L'intendant du Dauphiné à Colbert, 1679.

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pressa les intendants de lui venir en aide, en empêchant les eommiinautés de contracter de nouvelles dettes, en restreignant les cas d'emprunts légitimes, en Aeillant au remboursement régulier. De ces efibrts sorlit (avril 1G83), une déclaration qui réglait souverainement l'administration communale et l'emploi des fonds communs (1). L'étal des revenus de chaque comminiauté, dressé tous les ans, et un fonds réglé pour l'entretien et la réparation des ponts, pavés, murailles et autres dépenses nécessaires, le tout arrêté par l'intendant ou le conseil du roi si les sommes montaient trop haut. Défense aux maires, échevins, consuls, jurats et autres, d'excéder ni divertir à d'autres usages les sommes destinées pour lesdites dépenses. Si les revenus patrimoniaux des communautés n'y suffisent pas, les habitants assemblés voteront sur eux-mêmes une contribution extraordinaire. En cas de peste, de logement de troupes ou de réédification des nefs d'églises, permission d'aliéner quelques parties de leurs biens ou d'emprunter; mais cetle facidté restreinte aux villes et boiu*gs fermés. Les habitants de toutes autres communautés ou paroisses ne pourront faire aucun emprunt, vente ni aliénation de leurs biens.

11 poiu*suivit avec la même persévérance les fraudes, les cupidités qui grevaient les peuples ou

(1 lî^aïubert, Anciennes Lois fnmçai.sts, lomo XIX. Colleclioii Clêmonf.

i.(»i;is XIV. — T. IV» -Jî*

diminuaient leurs ressources. Pour supprimer les abus en matière de monnaie, il défendit « de passer « dans le commerce les espèces légères, comme si « elles étaient de poids; » il ne tarda pis à les décrier avec les monnaies étrangères, en promettant d'en rendre la valeur réelle, poids pour |)oids, aux hôtels royaux des monnaies. Il fut sur ce point inflexible aux réclamations (1). Une ordonnance sur le fait des gabelles (1680) promit de réduire à une seule forme, à un seul payement, les droits divers dont se composait cet im(>ot, afin de ne plus laisser les peuples exposés à la discrétion et aux interprétations des commis et des employés. Une aufrt» (1681) accomplit cette réfomie pour les cinq grosses fennes. On le voit encore jK)ursuivre toutes les inventions fiscales qui ne profitaient qu'à leurs inventeurs, c'est-à-dire aux agents du fisc. « Vos commis, écrit-il aux fermiers généraux, contraignent les habitants, pour avoir la liberté de porter leurs denrées et petites marchandises d'un marché à l'auti'e, de prendre des certificats sur papier timbré et des congés qui leur coûtent cinq sols. Comme c'est une pure vexation qui ne peut être introduite que pour tirer

(1; Lettres de Colbert à Foucault, 3 mars 1679. « Oux qui son! chargés des affaires du roi ne recevront aucunes espèces qu'après les avoir pesées; tous les peuples dès lors feront de môme, et cela remédiera déjà à l'un des principaux abus. » Au môme, 20 avril 1679, après le décret des monnaies : « Sa Majesté a passé par-dessus les plaintes^ parce que comme elle établit partout des moanaies et des changes, ses sujets n'auront d'autre peine que de porter leurs espèces dans ces lieux-là. »

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les cinq sols, ne manquez pas de leur ordonner de changer de conduite. »

Cependant il n'arrivait pas au soulagement tant cherché. On n'y parvient pas en effet en retranchant des ahus partiels, si impopulaires qu'ils soient, |)arce qu'ils ne sont que des accidents du mal, et non le mal lui-même. Il aurait falhi aller au fond, remanier notablement les impots les plus onéreux. Or c'était ce que la nécessité d'avoir toujours des rentrées abondantes ne j)ermettait pas à Colhert. Il maintenait la ferme du tabac, établie d'abord pour les besoins de la guerre, malgré la conclusion* de la paix; il pressait vivement les intendants d'en augmenter les profits, tenant pour maxime fondiimentale qu'il n'y avait pas en France inie seule ferme qui ne pût recevoir de l'augmentation (1). Si quelque intendant intercédait pour ses administrés en vue de diminution de charges, il le recevait mal, lui faisait honte de sa naïveté : « Il ne faut pas condescendre, disait-il, aux misères affectées qui ne sont que trop communes dans les provinces (2), » En maintenant la Bretagne, selon le privilège antique et national de cette province, dans l'exemption des gabelles, il prenait des mesures de rigueur contre les fauxsauniers, c'est-à-dire les habitants du Maine, de l'Anjou, de la Normandie, qui allaient en Bretagne acheter du sel à bas prix pour le revendre en fraude

(1 Lettre à Foucault, 1G79, circulaire- aux intendants, 1680. •? Colbert à l'intendant de Riom, 1680.

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des dioits; les galères, la peine de mort en cas de récidive, furent édictées contre les altrouj3emenLs des faux-sauniers (1). Des résistances contre les droits d'aides en Bourgogne le trouvèrent impitoyable; il dompta les coupables par des troupes d'infanterie et de cavalerie, espérant bien « qu'après . cette exécution les peuples seraient plus sages (2). » Ce qui lui coûta le plus évidemment, ce fut la nécessité d'augmenter la taille, qu'il s'était toujours appliqué à diminuer. En 1682, il la releva de deux sols par livre. Il essaya d'atténuer cette rigueur en publiant que le roi n'y avait consenti qu'à regret : « Jamais, écrivait-il aux intendants, la bonté que Sa Majesté a pour ses peuples n'a paru si grande que par la peine qu'elle a eue d'ordonner cette augmentation; » il sentait bien lui-même que ce serait là une consolation de peu d'effet. Dans cette dernière époque de sa vie, il n'obtint qu'un succès réel : il remboursa les emprunts contractés pendant la guerre de Hollande, et réduisit la dette au chiffre de huit millions d'intérêts qu'elle présentait en 1672. Aussi revenait-il de temps en temps à la charge auprès du roi pour lui insinuer la modération dans les dépenses par l'exposé du véritable état des choses. Le dernier compte rendu de Colbert (1683), annoté par Louis XIV, semble une espèce de dialogue où se révèlent assez nettement les intentions

(1) Édit el déclaration de février et mars 1681.

(2) Colbert à l'intendant de Bourgogne, 9 janvier 1681.

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