‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 20 sur 142 · NÉGOCUTIONS POUR LA PAIX · texte numérisé non relu

NÉGOCUTIONS POUR LA PAIX

Oh ! combien la Providence se joue des calculs humains et efface les plus belles apparences par des réalités à la fois imprévues et invincibles! Cette résignation des vaincus semblait devoir consacrer, sinon leur ruine totale, au moins leur abaissement et leur dépendance. Ce fut, au contraire, la crise qui enraya le mal et assura dans la suite leur affranchissement. Déjà, le 16 juin, l'assemblée des États- Généraux avait résolu d'envoyer des négociateurs aux rois de France et d'Angleterre, et telle était leur soumission à la force, qu'ils ne spécifiaient aucune condition, mais attendaient respectueusement que le vainqueur signifiât les siennes. Quand ces députés arrivèrent auprès de Louis XIV (22 juin), il refusa de les recevoir, précisément parce qu'ils avaient carte blanche, et les fit inviter à ne pas revenir sans propositions précises de la part de leurs maîtres. En même temps le magistrat d'Amsterdam> épouvanté de l'apparition des Français à Muyden, avait également résolu d'implorer la bienveillance du roi et de subir ses volontés. La lettre de soumission était écrite et le trompette prêt à partir, quand tout à coup quelques « particuliers plus fermes et plus judicieux, » (c'est Louis XIV lui-même qui le dit), donnèrent le conseil de rompre les écluses et d'inonder tous les environs de la ville et une grande partie de la Hollande. L'avis accepté fut exécuté sur l'heure (22 juin), et les eaux, se précipitant de toutes parts, rendirent le pays inaccessible. Grande résolution que Louis XIV a eu le mérite

d'iwfaninproomme un acte supérieur de patriotisme (1)^ mais qui changeait en xm nistanl tons ses projets^ et l'obligeait désormais à se borner^ du côté de la Hollande^ aux conquêtes déjà faites. Cependant un mouvement révolutionnaire fermentait au sein des populations encore libres. Le dépit de tant de désastres s'exhalait en accusations d'incapacité et de trahison contre le gouvernement de Jean de Witt et de la haute bourgeoisie. La haine préludait à leur renversement par des tentatives d'assassinat. Le même jour (21 juin), à Dordrecht, Cîorneille de Witt, revenu de la flotte, échappait avec peine aux coups de quatre scélérats, et, à La Haye, Jean de Witt, au sortir de l'Assemblée, assailli par quatre malfaiteurs, qui éteignaient le flambeau de son valet, recevait quatre blessures au cou, à la tête, dans le côté droit et à la jointure de l'épaule gauche ; trois de ces coquins, parvenus à s'échapper, regagnèrent l'armée du prince d'Orange qui refusa de les livrer, malgré les réclamations des États (2). A la suite commença, par la Zélande, un mouvement en faveur du prince d'Orange, soit dans l'espoir de gagner le roi d'An-

(1) Mémoire sur la guerre de Hollande : « La résolution de mettre tout le pays sous l'eau fut un peu violente. Mais que ne fait-on pas pour se soustraire d'une domination étrangère? Et je ne saurais m'empécher d'estimer et de louer le zèle et la fermeté de ceux qui rompirent la négociation d*Amsterdam» quoique leur avis, si salutaire pour leur patrie, ait porté un grand préjudice à mon service. »

(2) La preuve de la complicité ou de la connivence du prince d'O* range se trouve dans la lettre des États rapportée tout entière par Basnage. Les États disaient que, des quatre meurtriers, trois s'étaient

REVOLUTION EN HOLLANDE 7tt

gleterre par l'élévation de son neveuj soit dans la pensée de sauver TÉtat par l'unité de commandement jointe à la capacité. A Ter Wère^ on arbora le drapeau orange par-dessus le drapeau blanc^ avec cette inscription : Orange dessus, Witt (blanc) dessous ; on proclama le prince stathouder^ malgré ses résistances affectées; les villes hollandaises suivirent l'impulsion : Dordrecht^ Rotterdam^ Tergow^ Scbiedam (derniers jours de juin). L'entraînement devenant irrésistible^ les États particuliers de Hollande s'y soumirent le 4 juillet^ et les États-Généraux le 8. La multitude brisait le gouvernement de la bourgeoisie^ et posait en face de Louis XIV son plus opiniâtre adversaire, son mauvais génie.

Dans l'intervalle, les députés des États généraux étaient revenus auprès de Louis XIV, et lui soumettaient leurs propositions (29 juin). Ils offraient au vainqueur l'abandon des villes du Rhin, de Maestricht, du Brabant et de la Flandre hollandaise, et une indemnité de guerre de dix millions ; c'était ce qu'on appelait le pays de généralité, les provinces, autrefois espagnoles, qui ne faisaient pas partie du territoire primitif des Provinces-Unies. Le roi a reconnu lui-même que ces accommodements lui étaient avantageux ; ils lui permettaient de porter sa frontière jusqu'au Rhin, et d'envelopper les Pays-Bas espa-

sauvés parmi les troupes de TÉtat, près de Nieuwerbrugge, ou en d'autres endroits que Votre Altesse sait bien. L'un d'eux conserva depuis sa charge de matU^ des postes» doat la survivance îv^i assurée à son fils.

gnols^ objet véritable et dissimulé de la guerre présente^ et désormais incapables de lui échapper. Singulière conclusion^ il les refusa^ et répondit (1*' juill.) par un autre qui semblait n'avoir pour mobile que le désir de continuer la guerre. Il voulait^ outre les concessions ci-dessus, Nimègue^ la Gueldre méridionale^ l'ile de Bommel^ Grave et le comté de Meurs^ la suppression des taxes que les Hollandais avaient osé mettre sur les vins et autres marchandises de France^ la liberté du culte catholique avec un traitement pour les curés^ et un hommage annuel qui consisterait à lui envoyer tous les ans, par une ambassade solennelle, une médaille commémora tive de la bonté qu'il avait en ce moment de ne pas écraser un vaincu à terre. De toutes ces exigences, la seule irréprochable était la liberté religieuse pour les catholiques, car il ne s'agissait que de cela, et non pas, comme certains historiens l'entendent, de forcer les Hollandais à renoncer à leur calvinisme. Depuis son avènement, on l'a vu, il s'était fait partout, comme Richelieu, le champion de la liberté de conscience pour les catholiques, et, dans la présente guerre, il avait, par une réciprocité anticipée, promis aux villes calvinistes le maintien, non-seulement de leurs privilèges et franchises, mais encore du libre exercice de leur religion (1).

On comprend mieux son infatuation quand on

(1) Voir en particulier la proclamation au camp devant Âmbeim, le 24 juin, dans Basnage.

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