PROPOSITION DE LOUIS XIV AUX HOLLANDAIS
rapproche de son ultimatum celui de Charles II. Lie roi d'Angleterre voulait Thonneur du pavillon^ même de la part de toute une flotte hollandaise pour un seul de ses vaisseaux^ le payement d'une indemnité de guerre de 25 millions^ le payement annuel de 250,000 livres (10,000 livres sterling), pour le droit de pêcher des harengs sur les côtes d'Angleterre, Ecosse et Irlande, l'expulsion du territoire hollandais de tous ses sujets coupables du crime de lèse-majesté ou de libelles séditieux, la souveraineté des Provinces-Unies pour le prince d'Orange et ses descendants, des réparations pour les Anglais de Surinam, et la conclusion d'un traité de commerce toujours ajournée depuis Bréda. Enfin, l'ile de Walcheren, la ville et le château de l'Écluse avec leurs dépendances, l'ile de Cadsant, celles de Goerree et de Woorne, seraient mis entre les mains de Sa Majesté, par manière de caution pour l'exécution des conditions mentionnées ci-dessus (1).
C'est une routine incorrigible d'attribuer à Liouvois les excès de pouvoir de Louis XIV, et en particulier le rejet des propositions hollandaises. Il est vrai pourtant que, s'il y a contribué, il n'a pas été le seul à exalter la confiance du maître. Colbert n'en paraîtra pas plus innocent, si on veut bien lire le mémoire qu'il s'empressait d'adresser à Louis XIV, le 8 juillet 1672. Cet irréconciliable ennemi du commerce hollandais accourait à la curée sur ses rivaux
(1) Dament, Corps diplomatique, tome VII.
avec non moins de voracité. Il ne se contentait pas de faire abolir les taxes hollandaises sur les vins et manufactures de France, et de remettre le roi en droit d'établir les impositions qu'il lui plairait sur les vaisseaux naviguant dans les ports de son royaume. Il proposait, pour ruiner le commerce hollandais de Smyrne et des autres Échelles, de leur interdire l'entrée de la Méditerranée, de leur enjoindre de retirer leur ambassade de la Porte, et leurs consuls des Échelles. Il fallait affaiblir leur commerce d'Afrique et des Indes Occidentales, en leur prenant Curaçao, Tabago, Saint-Eustache, un fort en Guinée, Saint- Georges ou (Dormentin. Il fallait ne pas ménager davantage leur commerce des Indes Orientales et leur demander unedesMoluques et deux places au Malabar, Cochin et Cananor (1). Encore un peu, il les aurait pressés de lui céder Amsterdam.
Il n'était pas besoin de tant <c d'insupportables duretés » pour ranimer chez le vaincu, avec le sentiment de la dignité humaine, la volonté de mourir plutôt que de s'humilier si bas. Ceux qui n'avaient pas craint de noyer leur province pour en écarter l'étranger, ne craignirent pas de tout risquer pour échapper à l'esclavage politique. Ils refusèrent ; et tout à coup le vainqueur sentit sa fortune s'arrêter et ses plans s'évanouir. Quand les plénipotentiaires hollandais revinrent (5 juillet) pour lui présenter les observations des États, il semblait justifier ses
(1) Golbert, Collection Clément: tome du commerce et industrie.