PROPOSITIONS DE LOUIS XIV AUX HOLLANDAIS
rigueurs par de nouveaux succès ; il prenait pièce à pièce ce qu'il avait demandé. Conformément à ses ordres^ le marquis de [Chamilli occupait Grave^ sur laMeuse^ et un détachement de l'armée deTurenne entrait dans Genep^ un peu plus haut sur le même fleuve (5 juillet}^ à l'entrée du duché de Clèves : le commerce^ les communications par la Meuse étaient fermés aux Hollandais. Le 9 juillet^ Turenne entrait dans Nimègue^ une des rares places qui eussent tenté une résistance sérieuse ; le Vahal^ comme la Meuse^ appartenait aux Français. Â l'autre extrémité des Provinces-Unies, l'évéque de Munster assiégeait Coeverden ; la noblesse d'Over-Yssel, composant avec lui par un traité formel (1), le reconnaissait pour son prince territorial, et recevait en retour la liberté du culte réformé (5 juillet) ; le 12, la ville capitulait. En dépit de ces nouveaux malheurs, les Hollandais ne consentirent pas. Le prince d'Orange lui-même se déclara hautement. Jusque-là, il n'avait pas été insensible aux avances personnelles des rois de France et d'Angleterre, et à une transaction qui lui aurait fait sa part dans le démembrement du territoire de la République. Le lendemain de son élévation au stathoudérat, il ne voulait plus rien abandonner parce qu'il espérait tout reprendre pour lui. Il repoussa la souveraineté restreinte des Provinces-
(1) Damont, Corps diplomatique, tome VII ; texte allemand du traité entre Ghristoph^Bemard, évoque de Munster, et la noblesse d'Over- Yssel.
Unies démembrées que lui offraient les deux rois ; il répondit qu'il ne trahirait pas la confiance qu'on avait mise en lui^ et qu'il ne vendrait jamais la liberté de son pays si longtemps défendue par ses ancêtres (1). Les États-Généraux, voyant Louis XIV et Charles II intraitables, ne montrèrent pas moins d'inflexibilité ; après avoir solennellement délibéré sur les propositions des deux rois, ils les rejetèrent définitivement le 21 juillet.
Ce rejet était la continuation de la guerre. Dans cette prévision, les deux rois venaient de conclure un nouveau traité (16 juillet), et de s'engager à une communauté d'efforts plus étroite et plus énergique. Louis XIV, « pour nettoyer tout à fait la Meuse et « couper la communication de Bois-le-Duc avec le « reste de la Hollande, » ordonna à Turenne d'attaquer Crèvecœur, en face de l'île de Bommel, et d'occuper cette île elle-même. Cet ordre fut bien vite exécuté. Le 19 juillet, Turenne, par une brusque manœuvre, se rendait maître de Crèvecœur et des forts (Orten et Engelen) qui dominaient le canal de Bois-le-Duc; puis, passant la Meuse sur un pont de bateaux, il soumit Hommel et toute l'île de ce nom le 22 juillet (2). Il semblait tout naturel de conti-
(1) Temple, Mémoires de la Chrétienté, Le négociateur anglais est grand admirateur de Guillaume III; son insistance dans ce passage sur la magnanimité du prince d'Orange est un peu suspecte.
(2) J'ai suivi pour la chronologie de toutes les conquêtes des villes hollandaises le tableau qui se trouve dans les Œuvres de Louis XTF, tome ni, et qui figure dans les pièces remises par le roi au duc de Noailles.