REFUS DES HOLLANDAIS
nuerlâ conquête par le Brabant hollandais; mais^ tout àooup^ la guerre fut suspendue. Les Espagnols^ en vertu de leur alliance offensive^ avaient jeté des renforts de leurs troupes dans Bois-le-Due et dans Bréda^ et le roi^ dit Turenne^ ne voulait pas mêler TEmpereur ni l'Empii^e dans la guerre contre les Hollandais (1). Il sentait que les puissances européennes^ Espagne^ Autriche^ Brandebourgs se remuaient en faveur de ses ennemis^ et il croyait bon d'entraver leurs desseins^ et de les mettre dans leur tort par une apparence de modération (2). D'autre part, la province de Hollande, ce refuge des récalcitrants, à qui il en voulait avant tout, lui opposait pour plusieurs mois le rempart insurmontable de Tinondation. Il prit donc le parti de quitter le théâtre des hostilités. Luxembourg, rappelé de Tannée des alliés, fut investi de la garde d'Utrecht et des pays adjacents. Turenne, à la tête de « Tarmée capitale, » demeura aux environs de Bois-le-Duc et de Grave. Le roi, avec les troupes de sa maison, re-
ih Mémoire de Turenne sur la campagne de 1672.
(^ Lettre de Louvois à Turenne, 7 août 1672 ; « Le roi a résolu de donner part à l'Empereur de son retour ici (à Paris), et de lui dire que, suivant le traité que Sa Majesté a avec lui, elle n*a rien voulu entreprendre contre les Espagnols, quoique la conduite de M. le comte àe HoQterey lui en ait pu donner des sujets qui n*auraient pas été <*^pprouvés dans l'Europe; que notamment, malgré les incertitudes de M. de Brandebourg et les bruits qui courent qu'il veut secourir les Hollandais, Sa M^esté n'a pas voulu non plus rien entreprendre contre lui, ne doutant pas que l'Empereur ne s'employât sérieusement pour te contenir dans les bornes qui lui sont prescritts par lo traité de Weslphalie. »
LOl-lS XIV. — T. IV. ^
8i GUERRE DE HOLLANDE
prît le chemin de la F^rance. Quoiqu'il affecte^ dans sa relation^ des airs de conquérant qui a assez de gioiœ^ on sent bien qu'il manquait quelque chose à son orgueil. Il énumère les fleuves qu'il traverse en maître^ le Rhin (Leck) à Arnheim^ le Wahal à Nimègue^ la Meuse à Grave ; il se complaît à redire les hommages qui lui sont rendus par les petits princes des environs^ et les contributions qu'il Ëiît lever jusque dans le pays de Bréda. Il se déclai*e pleinement satisfait de la bénédiction que Dieu avait donnée à ses armes ; mais toute cette joie est troublée d'une amertume qu'il avoue, d'un échee qui contreb.ilance tous ses avantages : « n'ayant à me « plaindre, dit-il, que de la trop grande sagesse de « ceux qui, par leurs bonnes raisons, avaient em- « péché les conseils et les magistrats d'Amsterdam « de se soumettre à mon obéissance. » L'inondalion était, en effet, le secret de son retour et le nerf de toutes les difficultés prochaines.
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I* — Poztnit de Gnillanise III. ~ lUtiacre des frères de Witi. — Dispositions hostiles des AUemands pour U France; défaite de l'électenr de Brandebourg par Turenne. >- Opposition du parlement d'Angleterre à la France, congrès de Cologne; Louis XIV prend Maestricht, Trêves, et assujettit les^^illes libres d'Alsace. — Al- Uanee définitive de TEmperenr, de FEspagne et da duc de Lorraine contre la France; Campagne de Tnienne et de Hontccneulli sur le Mein, perte de Naerden et de Bonn. — Paix entre l'Angleterre et la Hollande ; évacuation des villes hollandaise» p«r les fVan^is. — UBorope coalisée contre la France.
L'homme qui venait d'être élevé, à l'âge de vingt-
«ux ans, au statlioudérat des Provinces-Unies, a
h Fnn des deux dominateurs de l'Europe au dix-
ptième siècle, et le contre-poids de Louis XIV. l\
contenu le développement extérieur de la gran-
3ur française, enchaîné les autres Etats à sa poli-
t E^ueet à .ses intérêts, et entraîné les rois, pour sa
c^^ftuse, à la violation du principe de la légitimité
t-^->yale. L'histoire lui doit donc une justice raison-
\^^e, une étude approfondie de son caractère, de ses
»otes, de ses talents et de ses vices.
Arrière-petit- fils de Guillaume le Taciturne, f*nillaume III était, par sa mère, le neveu du roi ^'Angleterre Charles II; par le mariage de sa tante, le neveu de l'électeur de Brandebourg, et, par une n'^nd'tanle mariée au duc de Bouillon, le petit- ^'^WHîn de Turenne (1). Né posthume, il n'avait pu
''^ Gi;iLLAUME LB TACITURNE.
'^i^ébio-Hemri, 3- stathouder. Isabelle, duchesse de Bouillon.
^^'^ï-Aumt II, Louise-Henriette, Turenne.
^^ndre électrice
^^ ^^aries I«^ de Brandebourg.
être admis immédiatement aux charges électives de ses ancêtres dans la République; mais^ élevé dans des goûts royaux par le faste de sa famille (1)^ et confiné dans la vie privée par la surveillance soupçonneuse de Jean de Witt^ il avait ressenti^ dès l'enfance^ l'ambition du premier rang et une implacable rancune contre les auteurs de son obscurité. On a vu comment il s'était pressé de s'introduire dans les affaires publiques^ soit à la faveur des droits que la forme républicaine laissait encore à la noblesse dans les Sept-Provinces , soit avec l'appui de Charles II et les compliments de Louis XIV. Il avait fait un pas de plus vers le pouvoir souverain en acceptant de ses adversaires la charge de capitainegénéral, quoique réduite à des proportions dérisoires; et enfin la fureur populaire venait de combler ses vœux en le portant au stathoudérat, en haine de ceux qui le lui avaient contesté et au nom du salut public.
Pour se maintenir à cette élévation, il avait besoin
(1) Temple, Mémoires de la Chrétienté, dit de la princesse douairière d'Orange, morte en 1675 : « Jamais personne n'a mieux fait voir l'avantage du bon ordre et de l'économie que cette princesse. Depuis la mort de son mari, elle ne jouissait que d'un petit revenu qui ne dépassait pas 12,000 livres sterling, et cependant elle vécut toujours avec autant de magnificence et de propreté qu'on en voit en de plus grandes cours. Entre les meubles magnifiques qu'elle avait» elle se faisait toujours servir en vaisselle d'or, et je remarquai entre autres de grandes aiguières, des flacons et une grande citerne; en un mot, la clef de son cabinet, et tout ce qu*elle touchait, était de ce métal. J'ai voulu rapporter ces particularités, parce que je ne pense pas qu'aucun roi di» Tilurope ail eu rien de semblable. »
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d anéantir ses ennemis domestiques et de refouler lin conquérant qui menaçait sa fortune en écrasant la Hollande. En même temps qu'il complotait la mort des uns^ il se lança contre l'autre dans une lutte acharnée, mêlée de haine inexorable et de courtoisie hypocrite^ qui a fait de son intérêt la cause de la chrétienté. Il appela les autres États à son aide, au nom de leur défense personnelle, leur montrant, dans Tenvahisseur des Sept-Provinces, le dominateur nouveau qui leur préparait le même sort, et, dans l'abaissement de cette puissance, riiniqiie garantie de la tranquillité publique. Par là, il souleva contre Louis XIV d'invincibles difficultés, et se donna à lui-même le rang de chef de l'opposition européenne. Ce fut son grand art de raviver sans cesse les soupçons et les efforts de ses alliés, de les organiser en confédération, de les y ramener malgré leur lassitude, et de s'imposer comme le plus ferme obstacle à la monarchie universelle, comme le lien nécessaire de la résistance. Il rompit ainsi trois fois les projets de Louis XIV, et assura sa pit)pre conservation aux dépens et au contentement de tous.
On allouerait en vain, pour mobile de sa conduite, le dévouement à sa patrie et à la liberté politique et religieuse de l'Europe. Son orgueil convoitait le plaisir de faire pendant au grand roi. Gourville tira un jour de ce visage sombre un sourire de satisfaction en lui disant que, en France, ^^lie^ide le mépriser, on lui faisait bien plus dhon-
neufy qiion le craignait (1). Son égoïsme ne poursuivait pas moins ses avantages personnels. Ce patriote était tout prêt à confisquer à son profit les privilèges de ses concitoyens, témoin sa tentative sur la Gueldre et sur Utrecht. Ce champion du protestantisme ne fomentait les factions d'Angleterre que pour se faire appeler à la royauté dans ce pays. Cet ami de rindépendance des peuples laissait volontiers le Palatinal et les Allemands dans Tembarras pour courir avant tout à son expédition contre Jacques II, dont le terme était un trône pour lui. On retrouve dans le choix de ses movens le même sentiment qu'au fond de ses projets. Il ne tient jamais compte de la \\e ni de l'honneur des hommes, ni du droit des gens. Il laisse massacrer les frères de Witt sans en donner Tordre et sans rien faire pour les sauver, et il se félicite à la fois d'avoir le bénéfice de leur mort et de n'avoir pas à en répondre (2). Il attaque les Français après la paix conclue, dans l'espoir de se relever par une surprise, et quand ou lui représente qu'il a sacrifié bien des soldats inutilement, il répond que la chose n'est d'aucune conséquence, puisqu'il fallait les licencier (3). Il détrône son beau-père par l'intrigue et le mensonge, et non
(1) Mémoires de Gourville, an 1681.
(2) Gourville, an 1681, raconte que dans une conversation sur le massacre des de Witt, Guillaume répondit qu'il n'avait donné mican ordre pour les faire tuer, mais qu'ayant su qu'ils étaient morts sans qu'il y eût contribué, il n'avait pas laissé de s'en sentir un peu soula,,c,
.3) Gourville, Mémoires» ilnd.
PORTRAIT DK OriLLArMK III «7
cn>iiteni de lui voler sa couronne^ il s'efibi'ce de le flétrir^ pour se justifier^ par d'infâmes suppositions. Cependant il avait du courage. Il payait noblement de sa pei*sonne dans une bataille. Son ardeur t'emportait quelquefois y comme à Senef^ hors de «>on flegme habituel, et de la prudence d'un général c*n chef. Au siège de Maestricht, blessé à un bras, ^*t s'apercevant que cette nouvelle décourageait ses f roupes, il saisit son chapeau et le fit tourner plusieurs Cïois du même bras qui était blessé , pour montrer [ue, si la chair était atteinte, Tos restait intact (1). 1 était vigilant, actif, toujours aux aguets des occaions, toujours prétau\ mouvements soudains. Nul lut-étre, avant le Prussien Frédéric II, n'a plus •ratiqué ce système de marches inattendues, de di- ^rsions audacieuses, de tours et retours de navette. avait surtout une qualité solide qui a toujours à •sdK fin tourné les affaires à son avantage : la ténacité ^ indomptable. Dans la diplomatie comme dans les '^^^ «mes, il ne se montre jamais découragé ; il ne Test B ornais. De toute défaite, de tout rebut, il appelle au ^^^ndemaiû ou «à Tannée suivante, aux combats ou ^^ ux négociations prochaines. Un jour que, les Hollandais eux-mêmes voulant la paix, le pensionnaire déclarait qu'on ne trouverait personne en Hollande, r|ui fût d*un autre sentiment : « Eh bien, moi, dit-il,
(1) Tmiple, son ami, à qui nous empruntons co détail, aime à v^pporter ce que le grand Gondé disait de lui à propos de la bataille de Senef, qu'il anait agi en tou^ en vieux capitaine, excepté en s'exposant é trop d$ dangers, en quoi il avait agi en jeune homme.
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j'en connais un et c'est moi-même (l). » Il est souvent malheureux à la guerre; on peut dire de lui sans hyperl>ole que jamais général rC a levé tant de sièges ni perdu tant de batailles. On a beau dire, et il a beau échouer. Il rallie sans relâche ses ressources ; il revient harceler le vainqueur^ et le force^ par la fatigue, à transiger. La gloire à un autre , à lui le bénéfice réeL Deux fois il a vaincu Louis XIV : à Nimègue , en assurant au moins l'intégrité de la Hollande; à Ryswick, en gardant la royauté d'Angleterre.
Le premier événement qui signala le pouvoir du nouveau stathouder fut le massacredes frères de Witl, un crime longuement préparé où sa connivence est évidente. Depuis la dernière révolution , ces deux hommes étaient en butte aux calomnies les plus invraisemblables. On accusait le grand pensionnaire de trahison et de concussion; il avait, disait-on^ retenu pour lui l'argent destiné aux correspondances secrètes , et négligé de pourvoir aux nécessités de l'armée. Jean de Witt en appela inutilement au lé-
(1) Temple, Mémoires. Dans cette même conversation, le prÎDce d'Orange disait que « si les Anglais avaient assez, d'indifférence pour laisser passer cette occasion, il était résolu, en son particulier, de tenter fortune; qu'il avait vu ce matin-là un vieillard seul dans un petit bateau qui ramait do toute sa force contre le courant d*ane écluse; qu'après avoir gagné, après bien de la peine, le lieu où il souhaitait d'aller, le courant Pavait entraîné, qu'il avait tourné son bateau le mieux qu'il avait pu, et que, pondant qu'il l'avait regardé, il avait ou trois ou quatre fois le même sort que la première. Le prince conclut qu'il y avait beaucoup de rapport entre les affaireB de ce bonhomme et les siennes, et qu'il devait agir comme ce vieillard avait fait sans savoir pourtant ce que ses efforts produiraient, n