MASSACRE DBS FRERES DE WITT
des bétes de boucherie y subirent, même après leur mort ^ les plus dég[oûtants outrages. Un des assassins les éventra, et, son couteau tout ensanglanté entre les dents, il fouilla des deux mains dans les cadavres. Il leur arracha le cœur , les entrailles , les lpt1 r jeta au visage avec d'horribles imprécations, et laissant les deux corps ou>erls par des brochettes « comme les bouchers font aux bétes qu'ils tuent », il emporta les deux cœurs au cabaret où ils furent visités, maniés et chaînés d'insulte |)ar la canaille ^22 août). A la suite de cet exemple, à Amsterdam , Be peuple, soulevé contre Ruyter , ami de Jean de ^^Vitl, voulait tuer la femme du grand amiral et piller s^^^ia maison. Ici au moins le magistrat s'entremit pour révenir cette autre infamie.
Le stathoiider n'avait pas paru pendant ces horreurs. Il ne se montra que pour consacrer le crime. 1 .s'opposa à toute enquête sur la sédition de La Haye, t à la punition des coupables. La sévérité, disait-il, •aigrirait les esprits , la voie de la douceur était la ;(3lus sûre. Les États de Hollande baissant la tête, leurs Nobles et grandes puissances, de tavts et à la près- -"^anle recommandation du prince d" Orange , déclarèrent ^ue tout ce qui s'était passé devait être entièrement •oublié et pardonné , avec très-expresse défense à t.ous juges et magistrats d'en faire jamais aucune information-ou enquête. D'un coté leurs nobles puissances donnèrent au prince, pour cette fois seulement^ le droit de changer les magistrats de la pro-« vinoe, c'est-à-dire de substituer ses créatures aux
amis de Jean de Will. De l'autre les meurtriers forent récompensés. Un des assassins du 21 juin fot rétabli dans sa commission des postes. Un échevin de Lia Haye, instigateur du massacre, devint bailli de La Haye. Cet effronté scélérat portait gravée sur son épée l'image de son forfait y et il s'en faisait gloire jusqu'au jour où, pour de nouveaux crimes, il fallut absolument le laisser condamner. Liecalomniateur de Corneille de Witt reçut une pension des Etats, et il la toucha pendant près de trente ans, jusqu'à la mort du prince d'Orange; alors seulement on la lui ota, et il tomba dans la misère, réduit à vivre des vingt sols par semaine que lui allouait la diaconie de La Haye(l).
Pendant que « l'État et le gouvernement de Hollande prenaient une nouvelle forme et avec elle un nouveau cœur, » selon l'expression singulière de
(1) Toutes ces abominations sont rapportées longuement par Rasnage, qui assurément n'est pas suspect. Nous renvoyons à ces détails, et particulièrement à la lettre du prince d'Orange, du 22 juillet, et à celle de Jean de Witt à Ruyt^r, du 12 août. La complicité de Guillaume m y apparaît à chaque page dans ses réticences, ses équivoques, son inaction ou ses actes. Temple, l'ami de Guillaume, est fort embarrassé dece mauvais cas pour son héros. Il déclare que, le fait et la manière étant fort extraordinaire^ il en a fait une recherche expresse, et, malgré cette assurance, il aboutit à ne rien dire, si ce n'est que le crime imputé à Corneille de Witt ne fut pas bien proitvé, et que la vie du grand pensionnaire fut une des plus belles du XVII* siècle, mais que les ministres qui gouvernent par facOùn sont presque toujours sacrifiés aux premières infortunes qui arrivent a un État. Le soin qu'il prend de ne pas mettre le prince d'Orange en cause, môme pour le justi6er, fait assez sentir qu^tl n'aurait pu en venir à bout.