‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 26 sur 142 · MASSACRE DES FRERES DE WITT · texte numérisé non relu

MASSACRE DES FRERES DE WITT

l'Anglais Temple (1)^ le stathouder dressait ses batteries contre Louis XIV pour la délivrance de son pays. Il n'ignorait rien des alarmes répandues en Europe par « le tori*ent des victoires » françaises ^ ^t il y voyait un gage des assistances qu'il pouvait .se promettre. Brandeboui^^ déjà secrètement engagé À cette cause^ se plaignait que le roi eût occupé ses ^villes du duché de Clèves sous le prétexte que les IKoUandais y tenaient garnison (2); dès le 23 juin , JEl s'était abouché avec l'Empereur pour le maintien des traités de Clèves et de Westplialie. L'Emreur^à sontour^ se laissait gagner par les Provincesnies^ et^ le 25 juillet^ il leur promettait tout bas, ns rien ratifier encore ^ de joindre ses troupes à dles de Brandeboui^. C'était là l'inquiétude qui vait décidé Louis XIV à suspendre ses conquêtes, n le voit par ses lettres à l'Empereur (3) ^ par les «proches qu'il lui adresse sous forme encore amicale ^ par l'insistance qu'il met à promettre l'obser* "^ation fidèle des traités de Munster et d'Ai\-la-Cha- Ue. Ce fut aussi dès lors le moyen de salut sur lequel compta Guillaume III. Il se promit de dé-

Ci) CSette phrase est un oommencement d'alinéa, où l'Anglais rapla mort des frères de Witt; elle semble destinée à justifier ce ^ime par ses utiles effets en politique.

(2) Mémoires du marquis de Pomponne. Lettre de l'électeur de Bran- ^^^bourg à son cousin Turenne pour se plaindre de l'occupation de

^^«nep, qui appartient à l'empire, 20 juillet 1672. Collection Gri-

(3) Lettre de Louis XIV à l'Empereur, 7 août 1672. (EuDres de ioMïi XIV, tome III.

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molîr tout cet échaikiHiaige d'alliances ou de neutralités dont Louis XIV s'était si habilement pourvu, et de concilier à la délivrance des Provinoes-Unies tous les Etats dont leconquérant avait exploité contre elles les armes ou l'inaction . 11 va poursuivre ce pbn, pendant di!(-liuit mois, à travers toutes lesdif* ficultés de la diplomatie ou des armes. Sa première victoire sera d'armer tonte l'Europe contre son ennemi.

L'électeur de Brandeboui^ fut le premier qui entra en lice pour la Hollande. Comme il avait depuis longtemps promis son concours^ il éluda toutes les propositions par lesquelles Louis XIV essayait de Tarréter ; pour assui-er cette entreprise audacieuse^ il combina avec le prince d'Orange une double attaque : lui-même sur le Rhin^ Orange dans les provinces conquises, prendraient les Français entre deux feux. Louis XIV avertit Luxembourg de se tenir sur ses gardes et ordonna à Turenne d'entrer en Allc*niagne et de s'avancer vers Essen ^1). Luxembourg renversa rapidement toutes les espérances du prince d'Orange. Impatient de se signaler, il occupa d'un coup heureux Woerden,sur le vieux Rhin (20 septembre), d'où il menaçait Leyde et La Haye, comme de Naerden, sur le Zuiderzée, il tenait en échec Amsterdam. Le stathonder, dont ce revers compi*o-

.1; LetlreB de Louis XIV el de Louvois à Turenne. 23 août. 6 et \2 septemljre. Œuvrrs »//• Louis AlV. lome III. el colleclioii Gri-

iiioanl, t'Miii* 11.

ACCORD d'orange ATK BRANDEBOURG 9ti

mettait la popularité^ voulut prendre sa revanche

m quelques-unes des conquêtes françaises. Il tenta

d'occuper Naerden; la garnison renforcée le l'e-

poussa vigoureusement ; aussitôt il redescendit sur

Woerden, qu'il croyait sans fortifications sérieuses ;

il y trouva un commandant intrépide^ dont la fer<*

meté servit d'abord de remparts ; puis^ Luxembourg

accourant, il fut attaqué et culbuté par une énergie

^ns égale^ et contraint à se réfugier sur d'étroites

^^ues au milieu de Tinondation (12 octobre). En

'Doins de deux semaines^ le prince d'Orange avait

entrepris et levé deux sièges.

^urenne^ dans des conditions plus compliquées,

''^uoeuvrait avec une fermeté de vues admirable. Eu

entraint en Allemagne^ il avait averti les princes

M^ il n'en voulait pas à l'Empire^ mais seulement à

ceux qui, sans être provoqués, menaçaient les alliés

du roi (1). Cette proclamation, au lieu de diminuée

le aombre de ses ennemis, avait décidé l'Empereur

* ratifier son traité avec la Hollande (17 octobre) et

^ J^^indre ses troupes à celles de Brandebourg. 11

faillît surveiller ces forces doublées et les battre à la

prenaière bonne occasion. Louvois, Louis XIV,

^ï^dé alors campé en Lorraine, étaient persuadés

qu elles n'en voulaient qu'à l'Alsace ; des instances

"^^t^i^ées appelaient sur ce point l'attention de Tu-

••enr^e, et lui prescrivaient de loin des opérations en

^î^ï^ séquence; Cîondé, par ordre de Louvois, faisait

v^'> Proclamation de Turenne. dans Grimoard. tome 11.

déjà sauter le pont de Strasbourg. Turenne^ convaincu que Brandeboui^ et Montecuculli se proposaient avant tout de rejoindre le prince d'Orange, s'obstinait à leur fermer le Rhin dans le voisinage des Provinces-Unies. Il ne répondait pas aux ordres ou insinuations du roi et du ministre^ ni aux de** mandes de renforts que lui adressait Condé^ ou il répondait que « si on était sur les lieux^ on rirait de ces pensées-là (1). » Il rentra même en deçà du Rhin^ dans l'électorat de Trêves^ au lieu de marcher droit aux ennemis sur leur territoire. Les événement lui donnèrent grandement raison. C'était vers Mayence ou vers Coblentz que les alliés cherchaient à passer le Rhin ; il les en empêcha deux fois. A la fin, ils réussirent près de Mayence, et se crurent le chemin libre par l'électoral de Trêves vers la Hollande (23 novembre). Turenne les devança, prit sur la Moselle une forte position, leur coupa toutes les routes, et ne leur laissa d'autre issue que de risquer une bataille où ils avaient contre eux toutes les chances d'une extermination complète. Ils ne pouvaient non plus, sans souffrir beaucoup, demeurer dans un pays ravagé qui ne leur offrait aucune ressource. Le plus sûr était de retourner chez eux ; ils s'y résignèrent et disparurent précipitamment. Cependant, comme pour mieux justifier les prévisions

(1) Voir toutes les lettres de Louvois, de Ck)ndé, du roi dans la collection Grimoard. C'est le commencement de cette mésintelligence entre Turenno et Louvois, dont on a exagéré la port^'^e, mais dont l'aigreur est évidente.

ACXORD d'orange ET DK BRANUKliOURG 97

de Turenne^ le prince d'Orange approchait poui'les rallier. A travers le Brabànt toujours libre^ et avec la connivence des Espagnols^ il avait entraîné ses meilleures troupes au delà de Maestricht^ et touchait à la Roer^ quand il apprit que les Allemands lui faisaient défaut. Furieux de ce nouveau désappointement^ il ne consentit pas à céder aussi vite. Seul^ et malgré la mauvaise chance d'être assailli par Turenne et par les Français des environs de Maestricht^ il redescendit vers Charleroi et en commença le siège (15 décembre). L'émotion fut vive en France à celte nouvelle ; le roi courut à Compiègne, Condé eut ordre de marcher au secours de la place assiégée; si l'attaque réussissait^ la communication était coupée entre la France et ses armées. Tant de mouvements ne furent pas nécessaires. Le comte de Montai, gouverneur de Charleroi, qui venait d'en sortir pour une expédition dans le voisinage, y rentra, par une habile ruse de guerre, avec quelques ingénieurs. « Il tint lieu de secours, » dit Louis XIV ; une violente canonnade, une sortie énergique firent * tomber les armes des mains des ennemis (1). y> Le 22 décembre, le prince d'Orange se retirait avec le Jépit d*un troisième siège levé et de la dispersion de s^ alliés d'Allemagne.

La cour de France aurait voulu s'arrêter après ces succès, au moins pendant l'hiver. Turenne ne le souflRrii pas, et, pour achever les Allemands, il

O'i Louis XIV, Mémoire sur la guerre de Hollande.

LOUIS XIT. — T. IV 7

continua à tenir tête au roi et au ministre de la guerre. Liouis XIV insistait sur le repos dont ses troupes avaient besoin ; il faisait^ à cetégard^ des re* commandations qui honorent ses soins paternels (1). Louvois^ divisant pour la campagne prochaine les troupes dont il pouvait disposer^ croyait qu'avec de bonnes armées en Flandre^ en Hollande^ en Roussillon, en Lorraine^ il empêcherait les Allemands de se joindre aux Hollandais^ et les Espagnols de faire aucun progrès (2). Mais Turenne voyait que les Allemands^ après leur retraite^ s'établissaient en Westphalie, chez les alliés de la France, Munster et Cologne, et il soutenait que, pour garder le prestige de la protection française et entretenir la )>onne volonté des alliés, îl importait de ne pas laisser opprimer ces princes. Déjà Tévêque de Munster chancelait entre les intérêts de la France et les offres I>acifiques de Montecuculli ; il avait à craindre d'être déposé par son chapitre et abandonné par ses troupes. Louvois avait beau dire qu'il fallait saeri-

(1) Louis XIV à Tarenne, 26 décembre 1672 : « Vous ne sauriez prendre trop de soin pour la conservation de mes soldats malades» et je mande présentement à mon cousin le prince de Condé de pourvoir à ce que ceux que vous lui avez laissés soient bien traités ; et pour soulager mon infanterie et garantir du froid mes soldats, j'ai donné les ordres pour leur faire fournir des chemisettes qu'ils doivent avoir présentement, ayant eu avis que les étoffes étaient déjà parties de Metz il y a déjà bien du temps; et au surplus je vous recommande toujours la conservation de mes troupes, comme étant une chose capitale pour le succès de mes armes dans la continuation de cette

guerre. »

(2) Loltro (le Louvois à Turenne, 25 janvier 1673.

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