DÉFAITE DE L*£LECTKUR DE BRANDEBOURG
fier les alUés au be^in défaire reposer les soldats^ Turenne lui répondait qu'on ne pouvait « faire une demi-gaerre^ >» ni «( laisser prendre du repos aux Allemande entre le Rhin et le Weser. » Devant tant de résolution et surtout de bonnes raisons^ force fut bien de lui laisser toute sa liberté ; et^ le 4 février 1 673^ il entrait en pays ennemi.
La saison était rigoureuse^ la terre si dure qu'on ne pouvait l'ouvrir pour les tranchées. Les opérations n'en furent pas retardées un seul instant. Tandis que le marquis de Renel^ avec un détachement français^ veillait sur les troupes et le pays de Munster^ Turenne pénétra dans le comté de la Marck^ une des possessions avancées du Brandebourg. Le 4 février^ il chassait la garnison allemande de Kamen^ prenait Unna par un bombardement qui en brûlait une partie^ puis Altena^ battait les Allemands près deHamm (12 février), faisait lever le siège de Soest, entrait dans Hamm par la retraite d'une garnison de trois mille hommes, délivrait Tévéché de Munster et le duché de Westphalie, refoulait l'ennemi dans le duché de Hildesheim, et s'établissait à Hoexter, sur le Weser (7 mars).
Tout était brillant dans cette marche victorieuse pour la valeur française. Cent hommes du régiment du roi enlevaient le château de Birkenbaum gardé pitrdeux cents ennemis. Cinquante dragons et quelques otficiers dispersaient un régiment allemand (1).
(l) Lettre du marquis de Renel à Louvois, 7 mar.- 1673.
100 GUEHRK DE HOLLANDE
Dans un château sans murailles et sans parapet en terre^ cent mousquetaires repoussaient deux attaques successives de huit cents hommes (1). On subissait à découvert^ sans aucun épaulement^ le feu de la mousqneterie ou des canons des places assiégées. On dormait sur la terre gelée, sous la neige. Un jour Turenne lui-même, s'étant affaissé de fatigue au pied d'un arbre, trouva à son réveil, au-dessus de sa tête, une tente de manteaux, soutenue par des branches. Il demanda à ses soldats à quoi ils s'amusaient : <c Nous voulons, répondirent-ils, conserver notre père. C'est notre plus grande affaire. Si nous venions à le |>ei'dre>qui donc nous ramènerait dans notre pays?» Battu et menacé de plus grands malheurs, l'élecleur de Brandebourg n'hésitait pas à demander grâce. Le 14 mars, il envoyait un plénipotentiaire a Louis XIV pour traiter sans les Hollandais. Mais le même jour, Lou vois, prenant goût aux succès obtenus contre ses prévisions, félicitait Turenne « du bon état où il avait mis les affaires, » et l'invitait à « entreprendre encore tout ce que pourraient permettre la saison et la conservation des troupes du roi. » Turenne franchit le Weser avec deux régiments et cent soixante dragons, et poursuivit les vaincus dans l'évèché d'Hildesheim. Ce fut une fuite générale; c< ils ont fait l'arrière-garde, écrivait-il, avec la cavalerie de l'Empereur comme si toute Farmée du roi eût passé le Weser. » Au 1" avril, l'évèché
(1) Lettres do Turenne.
TRAITÉ DE VOSSEM 101
d*Hildesheim élait évacué. Après avoir fait mine de tenir sur la frontière^ les impériaux en partirent le 4 avrils la tête tournée vers la Thuringe a qui est la frontière de Bohême ; » l'électeur de Brandebourg ^e rejeta sur l'évéché d'Halberstadt^ traversa l'Elbe à Magdebourg et rentra à Berlin. Immédiatement Turenne oi^anisa ses quartiers dans les villes prises ^t fit revenir les paysans de la plaine dans leurs villages pour labourer. Également attentif aux besoins ^és uns et des autres^ il ménageait les paysans pour les contributions (1) et les aidait à trouver du grain; Jl pressait le zèle de ses officiers pour remettre ses 'Iroupesen bon état. En pays conquis^ il pourvoyait •siux recrues^ à la remonte^ à Thabillement. On tirait ^es hommes de France^ des chevaux de Brunswick ^t de Cassel^ on renouvelait les justaucorps. A la s^uile d'une campagne d'hiver il pouvait écrire : ^( Toute l'armée qui est ici sera prête dans huit jours, a plupart, tant cavalerie qu'infanterie, en aussi bon tal qu'au commencement de l'année passée, et en ^Kneilleur de ce qu'ils sont plus aguerris. »
L'électeur de Brandebourg subit, comme consé<^ ^uence de son infériorité, le traité de Vossem (2).
(1) Turenne à Louvoie, 2 et 8 avril : « M. de Barillon m'a montré 1«6 ordres que vous lui avez envoyés pour les contributions. Je ne ^^^roispas que ce soit précisément un temps à en tirer.... Tout homme ^ui est ici sait bien que-dans ce temps présent on n'en peut pas tirer «i'argent, et il ne serait pas bien à mon avis do faire voir une volonté de les ruiner sans effet, n
(2) Goflblu le 1 1 avril 1Ô73 (lettre de Louvois à Turenne), et ratifié te 6 juin. Dumont, Corps diplomatique, tome VIL
Contrairement à sa promesse envers les Hollandais^ il traita sans eu\^ et s'engagea à ne plus aider sous aucun prétexte^ ni directement^ ni indirectement, les ennemis du roi. A Tavenir^ il ne souflrirait aucune garnison hollandaise dans ses villes; il retiendrait le corps de son armée au delà du Weser^ et n'aurait en deçà que les garnisons de ses places et mille hommes au plus dans le plat pays. Le roi d'ailleurs se montrait modéré. Il lui rendait le comté de Lia Marck, et ses villes du duché de Clèves, soit iminé* diatement^ soit à la fin de la guerre. L'électeur se refusant à s'engager contre l'Empire, et voulant avoir les mains libres en cas qu'il fàt attaqué, le roi y consentait à la condition qu'on ne considérerait pas comme attaque contre l'Empire toute expédition en Allemagne, contre tout prince, quel qu'il fût, qui attaquerait Sa Majesté ou donnerait assistance à ses ennemis, contrairement au traité de Munster. Enfin, par un article secret, le roi promettait une somme de 800,000 livres, dont 300,000 après l'échange des ratifications, et les 500,000 autres en cinq ans (1). Ainsi paraissait confirmée la victoire de Louis XIV sur la Hollande ; la première tentative en faveur de ce peuple tournait à son détriment; le plan du stathoùder Guillaume III était renversé.
Guillaume, qui avait vu venir ce résultat, n'était pas resté inactif. Ce que l'Allemagne ne pouvait lui
(1) Mémoires du marquis de Pomponne. Lettres de Cotfieri et de Louis XIV, 12 septembre 1673,