MONTECUCULLI SUR LE MKIN
renforts indispensables. Malheureusement^ le roi^ dans l'attente d'une déclaration de guerre par I^Espagne^ voulait conquérir la Franche-Comté et g^ardait ses troupes pour cette entreprise de prédilection (1); il prescrivit à Turenne de prendre des positions plus rapprochées de la France qui suffiraient, ^Mï protégeant l'Alsace^ à ruiner les desseins de l** ennemi. Ce fut l'occasion d'une nouvelle brouille i^Kitre Turenne et Louvois dont la France porta l^m peine. Louis XIV et son ministre doivent avoir e?»-! tort de contrarier, par un caprice de gloire p^^rsonnelle^ les plans du plus grand stratégiste du s£^Ie. Mais Turenne à son tour eut-il raison de s* enfoncer, avec des forces insuffisantes, au cœur A^ l'Allemagne, sans bien connaître les dispositions d^s princes et des peuples? Posté à AschafTenbourg, il fermait la route de l'Alsace et celle du Bas-Rhin; il offrit à MontecucuUi une bataille que celui-ci évita par une retraite sans préserver entièrement son arrière-garde. Mais tout à coup l'évêque de Wurtzbourg, dont Turenne espérait au moins la neutralité, se déclara pour l'Empereur, et, livrant son P^nt à MontecucuUi, lui ouvrit le passage sur la ^^ye droite du Mein ; c'était la clef de toute la '^'^nconie, le meilleur pays de l'Allemagne pour le *^'^> et dont les troupes rejoignirent immédiatement
(O Cette plainte, exprimée par le marquis de Lafare» ennemi de ^u^ois, est confirmée suffisamment par les lettres de Louvois iui-
les Impériaux; force fut donc de rétrograder, à traveKT"^ les obstacles d'un chemin plus long et d'approv sionnements plus difficiles. En surveillant Tennem^^) on retardait sa marche, on ne l'arrêtait pas. Elnfic n MontecucuUi atteignit Mayence. Comme il annoiu^KX* çait l'intention de se porter sur l'Alsace, Turenn -^me repassa le Rhin à Philipsbourg, et prit une position ^n capable de couvrir l'Alsace, la Lorraine, la Franche—^ ^ Comté, et de soutenir Trêves. Le dessein avoué d-^Be l'ennemi n'était qu'une ruse : il se proposait avan^:nat tout de rejoindre le prince d'Orange, et, pour n'er -^n être pas distrait, il avait voulu attirer ailleurs l'attenv- -*' tion de son adversaire. Ce plan, si bien devin -^^ Tannée précédente par Turenne, lui échappa cett* — ^^ fois. L'Allemand, devenu plus libre, fit embarque son infanterie sur le Rhin et descendit jusqu'^> Coblentz.
Dans l'intervalle, l'Espagne avait, comme I' reur, déclaré la guerre à la France; la France avaii riposté, trois jours après, par une déclaration semblable (19 octobre). Le jeune gouverneur des Pays Bas, Monlerey, se flattait de réduire la France au traité des Pyrénées; Condé, qui commandait en Wandre, n'avait pas moins d'ardeur à commencer "^ les hostilités. Mais, en prévision des opérations des Allemands sur le Bas-Rhin, Louvois trouvait plus pressé d'envoyer des secours dans l'électorat de Cologne pour préserver Bonn et Andernach. A en juger par les résultats, il ne prit pas de mesures assez efficaces. A peine Luxembourg commençait un mou-
PRISE DK BONN 119
vemeot en ce sens^ que le prince d'Orange^ renforcé des Espagnols^ paraissait devant Bonn par la rive gauche du Rliin^ et Montecuculli par la rive droite (3 novembre) . Cette ville appartenait à l'électeur de Cologne, allié de la France ; elle était en mauvais état, sans garnison respectable ; à peine, au dernier moment, l'électeur avait-il consenti à v recevoir des troupes françaises. Turenne, averti du danger, regrettait de n'y pouvoir courir ; il trouvait impossible, à cause des vivres, des chemins, de la saison, de passer dans la plaine de Cologne. Orange et Montecuculli n'eurent donc affaire qu'à la petite garnison française récemment entrée. Elle se comporta noblement, lutta pendant neuf jours dans les conditions les plus désavantageuses, et ne fut vaincue que par les chicanes des soldats de l'électeur et le soulèvement de la population allemande qui s'opposa à la piolongation delà résistance. L'ennemi, niaitre de la ville le 12 novembre, construisit un fort à côté, et se répandit dans la plaine où il occupa un petit château. « Tout cela, écrivait Turenne, est une suite de leur entrée dans le pays de Cologne, où ils n'ont pas trouvé de places fortes et où il n'y avait pas de troupes pour le défendre (1). » Il restait convaincu qu'en prenant mieux son temps, avec plus d'activité et quatre ou cinq mille hommes de plus, Louvois aurait sauvé Bonn. Il le répétait encore au ïoi quelques semaines plus tard, et forçait en face
i\) UUre de Turenne, 30 novembre.
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le ministre d'en convenir (1). Ce fut la fin de leur querelle.
La prise de Bonn n'était pas la contradiction la plus pénible à Louis XIV. Le succès fut stérile pour les Allemands. Dégoûté des tracasseries de ses alliés^ Montecuculli quitta l'armée^ et bientôt ses lieutenants^ en dépit du prince d'Orange^ la ramenèrent sur la rive droite du Rhin. Ce qui avait une bien plus grande signification^ c'est que le roi avait reconnu la nécessité d'évacuer la Hollande. Attaqué par les Allemands^ menacé par les Espagnols^ il ne pouvait plus disperser ses troupes à de si grandes distances ; il avait besoin de resserrer le cercle des occupations et le théâtre des guerres. Déjà, en octobre, on parlait d'abandonner Utrecht et toutes les places du Zuider-Zée, de l'Yssel et du Lech, sauf Arnheim, et de ne conserver que les places du Wahal, de la Meuse et du Rhin proprement dit. Une pareille mesure devait blesser Topinion en France et combler de joie les Hollandais et leur stathouder ; l'évaluation n'en commença pas moins le 2 novembre, par Woerden, continua par les villes du Zuider-Zée, telles que Harderwyk et Elburg; le 23 novembre les Français sortaient d'Utrecht. Quel heureux moment pour des contrées opprimées sans pitié depuis dix-sept mois! Elles
(1) Voir la lettre de Turenne au roi, 9 janvier 1674, dans les Œuvres de Louis 17F, tome 111, ou dans la collection Grimoard, ou dans Rousset, Histoire de Louvois,