EVACUATION DE LA HOLLANDE
avaient souffert du duc de Luxemboui^ tout ce que les violences de la guerre^ le mépris de la vie des hommes, Fardeur de s'enrichir, peuvent inspirer à un homme impitoyable et rapace ; le héros futur avait dévoilé, dans ce gouvernement, le côté le plus repoussant de son caractère. Les intendants, pour Irouver, pour extorquer Taisent nécessaire aux frais de l'occupation, n'avaient reculé devant aucune inveolion fiscale, aucun remords de conscience, multipliant les taxes, supposant des délits imagi- ^ires, frappant d'amendes rétroactives ceux qui n'aient pu deviner à l'avance leurs règlements (1). En ^x-septmois, les Français avaient tiré de la province ^'Olrecht plus de 1,200,000 florins, sans compter '^^ bestiaux enlevés aux campagnes. Le zèle de la ^pine se ranima à l'occasion du départ, comme par **Oe compensation naturelle de la délivrance accor- ^^c A Wœrden, incendie des tuileries qui faisaient ^^vre la plus grande partie des habitants, rançon d^ 20,000 florins pour l'exemption du pillage et de l* incendie de la ville, et, en dépit des promesses contraires, enlèvement, non pas seulement des canons et munitions de guerre, mais du blé, du bois à brûler, même des meubles et lits empruntés aux bourgeois. A Harderwyk, ou brûla l'église et la maison du Commandant, parce que la ville refusa 3,000 pis-
(0 Voir les détails «rapportés par Roussel, chap. vi; entre autres . faits et gestes de Tintendant Robert. Il est de stricte justice de ^^^ i M. Roussel le mérite de ces trouvailles.
tôles exigées pour prix de leur conservation. Utrecht fat mise à contribution à raison de son importance. Elle devait encore 500^000 florins sur les taxes ; on lui imposa 500^000 florins en plus^ sous peine d'incendie et d'inondation du pays par la rupture des digues ; elle n'obtint une réduction de 50^000 florins^ et la faveur de payer à divers termes^ qu'en livrant dès otages pris dans la noblesse^ la magistrature et les principaux bourgeois (1). De tels adieux expliquent la haine profonde que tous les cœurs gardèrent aux Français ; ils atténuaient bien rudement l'avantage de l'évacuation. Mais enfin c'était l'évacuation^ et^ par les embarras avoués de l'ennemi^ l'ouverture d'un meilleur avenir.
Louis XIV reculait; raison de plus pour son adversaire de le pousser sans relâche. Guillaume^ après l'alliance de l'Empereur^ travaillait de nouveau à emporter celle de l'Angleterre^ ou du moins à ravir au roi de France l'assistance qu'il tirait de Charles II. Il avait pour appui l'opinion publique des Anglais^ la faveur du parlement^ l'antipathie des uns et des autres contre les catholiques. Les états généraux venaient d'écrire à Charles II (25 octobre 1673) pour lui demander son amitié. En lui rappelant les sollicitations infatigables du prince d'Orange^ ils le priaient de ne pas entraîner dans leur ruine un des plus illustres princes de son sang (2). Cette lettre, tombant sur les Chambres, à
(1) BaBnage, an 1673, IIP partie.
(2) Voir cette lettre dans Basnage, 1673, ni* partie.
LA FRANCK PERD l' ALLIANCE DE l' ANGLETERRE llfô
leur rentrée^ comme un vent impétueux , y excita de nouveaux orages. Lies premiers cris s'élevèrent contre les catholiques. Le duc d'York avait contracté mariage avec une princesse de Modène; les Communes voulaient que le mariage fût cassé^ et que le duc épousât une protestante. Les réclamations poli* tiques ne furent pas moins menaçantes : la Chambre déclara que l'alliance avec- la France était un grief, les mauvais conseillers de la couronne un grief, le comte de Lauderdale un grief. Charles II déconcerté crut gagner du temps en prorogeant la Chambre des Communes (14 novembre) ; il ne vit pas que cet expédient dilatoire ne iérait qu'aigrir le mal. Il ne pouvait continuer la guerre sans argent, il ne pouvait avoir de l'aident que par les Communes, et, quand il les rappellerait, il les trouverait plus irritées encore par leur ajournement.
Il essaya de composer, de renouveler la transac* tien que le parlement lui-même avait acceptée au commencement de l'année. Il se déclara contre les catholiques ; par une lâcheté incomparable, ce défenseur de la tolérance devint persécuteur. De son autorité privée, il publia plusieurs édits pour défendre aux papistes et à quiconque était suspect de l'être, de se présenter devant lui, de se promener dans le parc, de faire des visites à Saint-James. Dans une intention semblable^ Louis XIV remplaça son ambassadeur Croissy (Colbert), que les Anglais n'aimaient pas, par le maiYjuis de Ruvigny, protestant français, que la ressemblance de religion devait leur rendre
moins suspect. Mais comme ce n'était pas assez pour convaincre les esprits et décider en sa faveur la question de l'alliance^ il songea à corrompre les membres les plus influents du parlement ; à cet effet il remit au nouvel ambassadeur une somme de 250^000 livres (1). Il se défiait aussi de la fermeté de Charles 11^ et^ pour prévenir sa défection, pour le retenir dans la fidélité par un bienfait digne de lui, il dota scandaleusement sa maîtresse Keroualle, duchesse de Portsmouth, et son bâtard. La terre d'Aubigny-sur-Nière, en Berry, concédée par Charles VII à Jean Stuart, était devenue vacante par extinction de la descendance du donataire. Le roi d'Angleterre avait prié Louis XIV d'en foire passer la propriété à une personne qu'il affectionnerait En conséquence, par lettres patentes du 13 décembre 1673, la terre d'Aubigny fut donnée à ladite duchesse de Portsmouth, eidij^vèseWe à tel des enfants naturels de notre frère le roi de la Grande-Bretagne qu'il voudra nommer. Car tel est notre plaisir. Cet acte impudent fut enregistré au parlement de Paris (2).
Le retour de la chambre des Communes eut bien vite démontré l'impuissance de ces roueries. Loin de tenir compte à Charles II de ses rigueurs contre les catholiques, elle en demanda bientôt
(1) Lettre de Groissy à Louis XIV, 13 décembre 1673, dans Miguel, tome IV.
(2) Voir ces Lettres patentes» tome VI des Œuvres de Louis XIV pièces historiques, ou dans Lingard, tome XII, pièces justifica tives.