‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 3 sur 142 · IMPORTANCE DE LA FRANCE EN · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE LA FRANCE EN

sur le danger des prétentions de la France que pur la supputation du temps nécessaire pour les réaliser. « Je crois, écrivait-il, que les Français en viendront «c avec le temps, à Fimitation de cet ambassadeur <x romain, à décrire un cercle autour des princes <c avec lesquels ils auront à traiter, et à leur com- « mander de répondre positivement avant que d'en « sortir. Ce sont de grands desseins pour les entre- « prendre tout d'un coup, que d'avoir cent vais- « seaux de guerre avec tous les canons de fonte, « d'établir le commerce dans les Indes, de faire « valoir ses manufactures en interdisant toutes les « autres, de reprendre tous les domaines qui ont « autrefois appartenu à la couronne, de supprimer « tous les privilèges de ceux de la religion, d'en- « treprendre la conquête de la Flandre, et de vou- « loir être le seul arbitre de tous les différends qui «t arrivent entre ses voisins. Pour venir à bout de <c tous ces desseins, il faut bien du temps et bien « du bonheur, et que les autres princes et États a aient bien de la négligence et de l'impru- « dence (1). »

Les Suédois ne cachaient pas davantage les motifs de leur hostilité. Ils n'avaient jamais que gagné à être les alliés de la France. La paix de Westphalie l'avait assez clairement démontré en les

(1) Temple, lettre du 25 janvier 1669 : petite collection in-18, imprimée à La Haye, 1700; publiée par D. Jones, commençant en octobre 1663, finissant en août 1669.

constituant la nation prépondérante dans le Nord ; les traités d'Oliva et de Copenhague l'avaient encore mieux fait sentir par Tà-propos d'une intervention qui leur épargnait les conséquences inévitables des désastres de Charles-Gustave. Mais la mémoire de ces grands services ne les rendait que plus jaloux, comme tous les obligés, de l'élévation de leur protecteur. Ils avaient pour griefs que la France avait traité amicalement le Danemark leur rival, tenté d'élever un Français sur le trône de Pologne où régnait encore un débris de dynastie suédoise (Jean- Casimir), et exercé une influence souveraine dans cet Empire où elle les avait fait entrer, en dépit du Brandebourg, avec le r.mg et la valeur d'un État sérieux. Ils avaient sollicité une place dans le complot de l'Angleterre et de la Hollande contre le vainqueur de la Flandre; et, par leur accession à la dernière heure, ils lui avaient donné son nom de Triple-Alliance. Ils étaient bien résolus à continuer et à développer cette politique. Un parti puissant dans le sénat érigeait en principe que, après avoir combattu l'Autriche quand elle menaçait l'Allemagne, il importait maintenant de s'unir à la maison d'Autriche contre la France, parce que la France s'était rendue redoutable par l'excès de sa grandeur et l'étendue de ses desseins (1).

De tous les effrayés, l'Empereur était le plus malheureux. Sa timidité naturelle, accrue du sentiment

<1) Mignet, tome III, partie III.

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