IMPORTANCE DE LA FRANGE EN
de sa faiblesse, lui montrait un danger dans les propositions amicales autant que dans les menaces. Louis XIV offrant de tenir comme membres du corps germanique quelques-unes de ses conquêtes, qui, d'après les vieilles routines, étaient comprises dans l'Empire, Léopold déclina vite cette marque de déférence qui aurait fait du roi de France un prince allemand avec voix et influence dans la diète. Le roi dut se résigner (sans peine, il est vrai) à être bien le maître unique, absolu, de ses acquisitions. Les mécontents hongrois ayant sollicité l'appui de la France, Louis XIV le refusa et donna à TEmpereur des preuves certaines de son refus. Léopold fut bien moins rassuré par celte marque d'amitié que tourmenté de la pensée du mal qu'il était au pouvoir de cet ami de lui faire. Aussi demeura-t-il en butte pendant trois ans à tous les projets (|ui le tentaient de prendre des mesures défensives contre la France. « Il fallait, disait-il, se précautionner contre l'agrandissement de Sa Majesté Très-Chrétienne. Son intention était de ne jamais vouloir le premier lui causer le moindre préjudice, mais seulement de concourir à arrêter ce grand torrent de bonne fortune (1). »
Au moment de la paix d'Aix-la-Chapelle, la diplomatie eut l'espoir de détourner vers de lointains» parages les armes françaises. Candie aux abois réclamait les secours de toute la chrétienté. Le pape, Venise, s'adressaient à la France, à l'Empire, à TAn-
.1) Dépêche do Grémonville, mai 1671, citée par Mignet.
glelerre, aux Provinces-Unies. Les Hollandais^ qu*on accusait^ dès le temps de Richelieu, de se travestir en Turcs^ pour exercer la piraterie, n'avaient guère d'antipathie contre les Ottomans. L'Angleterre ne voulait rien faire sans la Hollande, et au fond elle craignait que la Hollande, en l'engageant à rompre avec le Grand-Seigneur, ne lui fit perdre un grand capital, son plus avantageux négoce^ et tous les effets de ses marchands dans P empire Turc (1). Les négociateurs trouvèrent que cet honneur regardait surtout la France : ils ne songeaient pas à lui marchander la gloire; ils accueillirent, ils flattèrent avec empressement la pensée que l'on prêtait à Louis XIV. « M. Colbert (Croissi), écrivait Temple, dit que son « maître enverra incessamment dix ou quinze mille « hommes au secours de Candie ; ce serait une action « bien glorieuse et digne d'un prince chrétien qui « mériterait bien des applaudissements, et si, con- « jointement avec les Hollandais, nous pouvions « engager la France dans ce dessein, je crois que « nous aurions lieu d'être contents de nos peines « et de nos soins. J'en ai parlé à M. de Beverning (( qui est de mon sentiment, et qui a insinué la a même pensée aux ministres allemands qui l'ont a reçue avec avidité, et j'espère que cela pourra « réussir; ce qui est d'autant plus à souhaiter que « ce serait le vrai moyen de délivrer ces provinces c( de la crainte qu'elles pourraient concevoir si,
(1) Letlros d'ArlingtOQ à Temple, 23 octobre 1668, 8 janvier 1669.