I-«a suite ne tarda' pas à prouver aux autres qu'ils
■^*avaient rien gagné pour Pavenir en sacrifiant le
Pï^ésent.
Un surcroît désolant à ces manœuvres regrettables, c'est qu'elles n'atteignaient pas même ■^tir but. Les rentrées étaient toujours au-dessous ^^s besoins. Colbert, après la prise de Maestricht, **^présentait au roi qu'il y avait à craindre pour * ^nnée suivante un déficit de 25 millions, c'est- ^^'^îrc 25 millions à trouver en affaires extraordinaires, « ce qui ne peut se faire, ajoutait-il, ^^ ftans une grande application de Votre Majesté. »
(l) Lettres de Golbcrt au premier président, septembre; et au com- ^^isQaire des États, décembre 1673. Sévigné, Lettres, l"" et .5 jan- ^^^r ie74.
136 TtUkrrk de hollande
Le roi lui répondait de Nancy {22 août 1673) « J'ai lu le mémoire que vous m'avez envoyé « fonds et des dépenses. Il m'a fait beaucoup « peine; j'espère que vous sortirez bien de tout <( qui est si important. » Il aurait été raisonnable restreindre les dépenses, et puisqu'on ne pouv encore terminer la guerre, s'imposer une gran économie au dedans. Mais (autre grief non moÎK""^ ^ triste) le roi n'entendait pas même modérer 1 ^r"^^ dépenses les moins permises. Il écrivait enco*^*^^ après son voyage en Alsace (25 septembre) : « Vo « ne m'avez rien mandé, dans toutes les lettres qi « vous m'avez écrites, touchant le travail qu'on <c à Saint-Germain sur les terrasses de l'appart (c ment de M"* de Montespan. Il faut achever cell <i qui sont commencées, et accommoder les autre a l'une en volière pour y mettre des oiseaux, a pour cela il ne faut que peindre la voûte et l K cotés, et mettre un fil de fer à petites mailles q « ferme du côté de la cour, avec une fontai <( en bas pour que les oiseaux puissent boire. « l'autre, il faudra la peindre et ne mettre qu'u c< fontaine en bas, M"* de Montespan la dest a nant pour y mettre delà terre et en faire un petir « jardin (1). » Ainsi le roi n'oubliait rien de ses a faires, et ne retranchait rien de ses convenances. N' lait-ce pas justice qu'après avoir élaboré le bu de l'État, et secoué \es^ chenilles allemandes, il se re
(1) Œuvres de Louis XIV, tome V : Lettres.
BféCONTENTEMENTS PUBLICS 137
jjosàt un peu à loger élégamment et à faire boire c^ommodément les petits oiseauv de sa maîtresse ?
Les mécontentements s'accumulaient en raison du développement de ces abus. L'ennemi^ qui le savait bien^ s'apprêtait à en tirer parti. En se présentant c^omme le vengeur des opprimés, il avait l'espoir d'ajouter au\ embarras du roi les dangers d'une guerre cïivîle en France. La preuve la plus claire s'en trouve dans les intrigues d'un aventurier qui, dès le mois d'avril 1674, traitait avec le prince d'Orange el l^ientôt avec le roi d'Espagne, au nom des Français naécontents. Leprélendu comte de Sardan, vicomte la Houssaye , était accueilli à La Haye , à Madrid, Vienne, comme fondé de pouvoir des provinces fédérées de Ouienne , Languedoc , Dauphiné et l^rovence. Les considérants du traité, véritable requise itoire contre le gouvernement de Louis XIV, avaient ur but de gagner ces populations en leur montrant es libérateurs dans les puissances étrangères. On y xposait qu'après avoir contribué de leurs hommes, enrées et contributions, au succès du traité des Py- *^«iiées, ces quatre provinces s'étaient vues ruinées fn^ar les tailles, gabelles et autres impositions, mal- W:^tes et subsides, que ceux qui avaient l'oreille du inistre des finances avaient pu inventer ou pouaient inventer de nouveau. Leurs États avaient été 5^upprimés, ou énervés en grande partie, ou réduits i^ la forme et à l'extérieur. Les compagnies souve- ^•aines, qui auraient pu encore faire valoir leurs réolamations, avaient été contraintes au silence. Dans
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ces conditions^ elles n'avaient plus qu'à s'adresser à Sa Majesté Impériale, à la reine d'Espagne, et aux États-Généraux des Provinces-Unies, tous trois intéressés à soutenir et protéger la liberté desdites Provinces. En conséquence elles étaient encouragées au soulèvement; on s'engageait à les soutenir d'argent et de corps d'armée, à ne pas faire la paix sans elles, a les maintenir même en république^ si elles se constituaient sous celle forme (1).
Les puissances étaient dupes de Taudace d'un imposteur. Sardan promettait bien plus qu'il ne pouvait tenir. Cependant son impuissance même ne les déconcerta pas. Instruites de l'état des esprits en France, elles s'obstinèrent à en attendre un appui décisif. Nous allons voir les Hollandais guetter sur les côtes de Normandie un soulèvement de celte province. « Les coalisés, dit Temple, leur confident, « se persuadaient que, s'ils pouvaient gagner une « bataille, ils entreraient infailliblement en France, c< et que, s'ils y étaient une fois, les mécontentements *( ne manqueraient pas d'éclater contre le gouver-
« nement, et de donner une terrible secousse i\
a la grandeur de cette couronne (2). »
(1) Dumont, Corps diplomatique, tome VII. Le U^xte qu'il donm» i«t tiré de la registrature d*Ëtat de la phancellerie do la cour de Sa Majesté Impériale.
(2) Temple, Mémoire», A roccasion de la bataille de Senef, et plus loin au ooramenoement de 1675.