‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 38 sur 142 · U)UIS XIV KN FACE D£ LA COALITION · texte numérisé non relu

U)UIS XIV KN FACE D£ LA COALITION

une barrière contre les Français. L'Espagne^ épuisée de plus en plus d'hommes et d'argent^ ne pouvait opposer par elle-même qu'une défense insuffisante; laissant au\ autres le poids le plus lourd de la dépense et des efforts pour sa conservation^ elle les aurait bientôt lassés de ses exigences égoïstes et onéreuses. Les Impériaux n'avaient qu'une volonté bien arrêtée^ de reprendre la Lorraine et l'Alsace. D'ailleurs a ils ne se souciaient pas plus de la con- K servation des Pays-Bas que les Hollandais de la « sûreté de la Hongrie (1). » Même dans l'exécution de leur plan favori, leur adversaire pouvait beaucoup attendre de la lenteur de leurs mouvements, de l'incertitude de leurs conseils, de leur défaut de persévérance. Il n'était pas non plus impossible de les troubler clitez eux par des soulèvements intérieurs ou des menaces de leurs voisins. Par toutes ces considérations, Louis XIV niiésita pas à faire tète sur tous les points à cette multitude d'ennemis. C'est peut-être le plus gi*and trait de son règne : il va se défendre glorieusement contre toute l'Europe et lui dicter à la fin la loi du vainqueur; ce sera aussi son titre le plus puissant à l'admiration de ses contemporains.

Assurément les armes n'en auront pas seules tout l'honneur. Le roi guerrier étiiit doublé d'un négociateur trop retors pour que la diplomatie n'eût pas à revendiquer une bonne part dans le succès. Tout

(1) Voir plus bas les reproches du peiisiounaire Fagel.

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ce que l'adi-essie vigilante^ fiêconde, peu sci*upu— leuse^ peut ajouter obscurément à la force éclatante des sièges et des batailles^ il remploiera avec autant de bonheur que de persistance. Pour empêcher la cdalition de s'accroître par de nouy^lles adhésions^ ii pourvoit sans relâche à la neutralité du roi d'Angleterre; son ai^nt^ habilement servi chaque année^ tient Charles II en opposition permanente avec les. réclamations annuelles du parlement ^ enlève aux. flottes ennemies Tassistance des vaisseaux anglais^ et épargne à la marine française une lutte inégale contre des adversaires trop notnbreux. Pour triompher prtr la division^ il circonvient les Hollandikis^ et même le prince d'Orange^ d'avances si avantageuses et si l^rséVérantes, que ce peuple commerçant^ en dépit de son chef^ se laissera gagner à* la cause de la })âix^ et que la ruine de la ligue commehcera par la défection des Pi*ovinees-Unies. Enfin^ pour éloigner les belligéi*ants de ses frontières, il ranimera les mécontentements des Hongrois contre rAulriche, et réconciliera les Turcs avec les Polonais^ afin que la Pologne ait le loisir de soutenir les Hongrois, et que les Turcs, cessant de combattre l'allié de la France, soient libres de se tourner contre son lêlinemi (1).

Les préparatifs militaires et les négociations

(1) Voirie compte rendu d'un conseil des ministres du 15 avril 1676, trouvé et publié par Rousset, Histoire de Louvois^ tome II, Chap. it, page 212.

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avaient commencé aiissitàl que le danger avait paru

prendre une consistance sérieuse. En janvier 1674^

Ciolberl prévoyait que, TAngleterre se retirant de

l'alliance française, ses vaisseaux ne serviraient plus

à contenir les agressions de la Hollande ; il ordoil-

aaaii des travaux et des mesures capables de protéger

les ports encore imparfaits et les côtes les plusexpo-

ssées aux insultes. Rochefort, la Charente et les lies

^ui ta protègent à son embouchure, fuirent le pre-

«31161* objet de son attention^ Il ne reculait pas devant

l 'emploi descorvées, sanségard pour les raisonnements

es sVndics et des habitants ; par compensation il ne

isait pas difficulté de prendre à la charge du roi

Aies rations de pain et de vin nécessaires aux ouvHel:^

s^însi contraints (1). Ses soins s'étendirent bientôt

=*^ur Belle-Ile, en foce de la Bretague> sur Bayonné,

ville la plus importante de la Guienite (ë)« Il

vertissàit en même temps les colonies d'avoir

j^ défendre elles^mtoies , le roi ne pouvant plus

ntreimiir que soixante-dix vaisseaux et vingt-

Uatre galères, ce qui, pour le moment, laissait les

ollandais maîtres de toutes les mei*s (3). On va voir

u« bM avi^ bien écoutés suffirent à la défense des

olonies.

Depuis un an, le roi n^avait pas de dessein plus |>ï^ssé que d'attaquer la Franche-Comté ; nous

(i) Colbert, Lettres à l'intendant de Uocheforf, janvier, mars, ^^"^ 1674. Collection Clément.

(^) hêXfé dé Golèere I l'intendant de Bordteaujc^ mai 1674. ^3) Lettre de Golbert a'a g<Wivehienr dw Canad«.

nous souvenons que celte préférence avait coût^ cher à Turenne. En février deux opérations avaient commencé contre cette province espagnole^ l'une* par les armes^ Tautre par la diplomatie. La prise* de Gray, Vesoul, Lons-le-Saulnier, livrait déjà une grande partie de la contrée aux Français^ qui s'arrêtèrent ensuite pour faire montre de modération. A coté; l'ambassadeur français en Suisse travaillait la diète pour la tenir dans la neutralité. Des libéralités toujours puissantes sur les membres des assemblées libres^ et l'inertie des Espagnols^ produisirent reffet attendu. Les agents impériaux ne purent décider les Suisses à ouvrir le passage par leurs terres aux amis de l'Espagne, le Français obtint leur promesse formelle de s'y opposer et l'envoi de leurs milices sur les points où on pourrait le tenter (1).

C'était aussi une négociation non moins qu'une bonne opération de guerre, que d'achever l'évacuation de la Hollande. Du même coup on désintéressait les Hollandais de la lutte en leur rendant leur territoire, et on retrouvait la libre disposition des ti'oupes éparses jusque-là dans un si grand nombre de garnisons. Le roi ordonna qu'à l'exception de Grave et de Maestricht, qui dominaient le cours de la Meuse, toutes les villes fussent évacuées le 20 avril. Un point d'honneur à contre-temps, un dévouement bizarre prétendit un moment contrarier ce calcul si

(1; Lettre de Louvois à Turenue, 16 avril. Lettre du marquis de Vuubrun à Turenne, 14 mai. (k)llection Grimoard.

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