EXPEDITION DE CANDIE
« après la paix, il restait à la France tant de trou|>es « oisives (1). »
L'expédition de Candie eut lieu en 1669, au milieu de ces espérances, mais sans les réaliser. Outre de nombreux volontaires, le roi envoya six mille hommes sous le commandement du duc de Na vailles, et une flotte de 22 vaisseaux de guerre, de 12 galères et trois galiotes avec des troupes de marine sous le commandementde Beaufort. Débarquées le 24 juin, les troupes de terre prirent part, dès le lendemain, à ime sortie victorieuse qui occupa les retranchements, redoutes et batteries des Turcs devant une des portes de la ville. Malheureusement la place était épuisée et ses défenseurs beaucoup moins nombreux que n'avaient dit les Vénitiens, tandis que les Turcs au contraire recevaient chaque jour de formidables renforts. Ces assiégeants obstinés s'acharnèrent à reconquérir la position perdue ; ils n'en seraient pas venus à bout, malgré leur nombre, sans l'explosion d'un magasin à poudre sous les pieds des Français, et sans l'inaction de la flotte que Beaufort, par un de ses coups de tête, avait quittée pour venir combattre à terre. Il fut tué dans cette aventure, et un plus grand mal fut que les Français, refoulés dans la place, perdirent beaucoup de leur aplomb et de leur confiance. Cependant Vivonne, qui avait pris le commandement de la flotte, essaya de lui rendre son importance. Il fit sur le camp du
(1) Temple, Lettres, 8 mai 1668 : collection m-12| tome H.
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grand visir un bombardement terrible qui épouvanta les Turcs (24 juillet) ; mais un de ses vaisseaux périt par une explosion dont les débris atteignirent ses galères. En vain un nouvel assaut fut repoussé par l'énergie des Français (26 j u illet) ; en vain quelques munitionsde guerre etquinze cents soldats étaient arrivés de Bavière ; la modicité de ce secours ne faisait que mieux apparaître l'inutilité de la défense. Les ruines des murs et des maisons étaient vraiment irréparables ; pour comble d'embarras, les Vénitiens ne s'ingéniaient qu'à contrarier leurs auxiliaires. Le diu* de Navailles «ivait reçu pour instructions « do se retirer en cas que la place fut réduite à être emportée d'assaut, et qu'il n'y eût aucune apparence que le nombre d'hommes qui seraient dedjins pût résisteià ceux qui l'attaqueraient. » Il crut, un peu vile peut-être, la condition remplie. Il fit rembarquer ses troupes, non toutefois sans opposer jusqu'à la dernière heure une résistance glorieuse, puisque les trois derniers bataillons restés dans la ville repoussèrent, avant de partir, un troisième assaut, et le 31 août il mettait à la voile pour la France (1). La réputation de bravoure des Français était hors d'atteinte; ils n'avaient pas été vaincus. Leiu* petit nombre, quoiqu'il fût supérieur à tous les corps auxiliaires d'Allemagne et d'Italie, prétait davantage
<1) Roussel, Histoire de Louvois. ici, comme partout, l'auleur a trouvé, dans la correspondance de Louvois, des faits nouveaux dont il convient de lui laisser tout le mérite.