CAMPAGNES DE TURENNE EN ALLEMAGNE
seconde fois, puis une troisième, et désormais découragés de tant d'efforts perdus, ils « s'en allèrent en « déroute entière, par divers chemins, dans les « hois, i> où le vainqueur trouva beaucoup de leurs i>agages. Les Allemands avaient perdu le quart de leur effectif; la perte de Turenne ne dépassait pas le dixième du sien (1).
Tui'enne écrivait à Louvois : a Quoique j'aie eu Thonneur d'y commander, je crois que je peux dire que les troupes y ont rendu un grand service à Sa Majesté. » Le désarroi des vaincus en était le premier gage. Pour y ajouter encore parla division entre les confédérés, il écrivit aux députés du cercle de Souabe que, s'ils n'agissaient pas contre le roi, si leurs a délibérations tendaient vraiment au repos de l'Empire, » les troupes françaises n'entreraient pas dans ce cercle. Cependant, comme son armée peu nombreuse et fatiguée avait besoin de renforts et de quelque relâche, il rentra en deçà du Rhin (20 juin), et se campa à Neustadt, petite ville palatine, aux pieds des montagnes, en face de Philipsbourg. C'était un
* poste d'où, en mangeant M. l'électeur palatin, on
* observait à l'aise les mouvements de l'ennemi (2), » et où pouvaient se rendre plus vite et plus sûrement les régiments qu'il appelait d'Alsace. Au milieu de ces soins, il fut informé que Bournonville avait rallié
0) Turenne, Collection Grimoard ; lettres de Turenne au roi, à Per< *^ de Maizeri.
(^ Lettre de Freschmann à Condé, 23 juin.
i»4 GUERRE DE HOLLANDE
les vaincus et que les régiments levés en Pranconîe s*y étaient joints. Cette armée s'abritait derrière le Necker, à Ladenbourg entre Heidelberg et Manheîm. A l'instant il se remit en route avec un équipage de [)ontons de cuivre. « Comme Tennemî qui est derrière le Necker, disait-il, a peu d'infanterie, je peux rencontrer quelque chose de fort considérable à faire et qui serait assez décisif. » Le 3 juillet^ il repassait le Rhin et courait au Necker. Arrivé? devant Ladenbourg, il fit aussitôt établir un pon^ de bateaux pour son infanterie et son canon, et^ ordonna à la cavalerie de passer à gué. A cette vue?» l'ennemi, pris de peur, ne songea pas à disputer la victoire à tant d'activité et d'audace. A peine le passage était commencé que les Allemands « firent défiler leur bagage sur le chemin de Francfort, renvoyèrent leur canon, et suivirent eux-mêmes le chemin de leurs équipages. » Turenne d'un côté, le comte de Rosen de l'autre, se lancèrent sur leurs traces; mais la poursuite, si rapide qu'elle fût, ne put égaler la promptitude des fuyards. L'infanterie allemande se débanda dans les montagnes, la cavalerie fit tant de diligence, qu'elle put se réfugier à Francfort ; huit escadrons chargés par quelques coureurs français essayèrent de résister, puis, écrasés par une charge de flanc, ils se dispersèrent. Turenne envoya des partisjusqu'aux portes de Francfort pour ramasser les traineurs et les fanUissius isolés, <c Une « si honteuse retraite décriait fort les affaires des « confédérés dans le pays. » Elle permettait à
BATAILLES DE SINTZHEIM ET DE LADENBOURG 155
Turenne de demeurer sur la rive droite du Rhîiij
et de manger la contrée entre Manlieim et Philips-
Jbourg. « Vous jugez bien, écrivait-il à Louvois, de
ciuelle conséquence cela est pour empêcher de venir
à I^iîlipsbourg (1). »
Décidément, l'agression ne réussissait pas aux oonfédérés. Sauf un avantage passager des Espagnols, li» prise de Bellegarde en Roussillon, ils échouaient pa^rtout, même sur mer. Tromp, avec une flotte hol- Isindaise et des troupes de débarquement, avait en vain parcouru les côtes de France pour profiter des révoltes promises au nom des mécontents, et détruire les fondations maritimes de Colbert. Il attendit longtemps sur les côtes de la Normandie sans que
(I) Voir dans la coUectioa Grimoard la relation de TalTaire do Ladenboiirg, et les lettres de Turenne à Rocbefort et à Louvois, 6 et ^juillet 1674.
'^ n'est peut-être pas sans intérêt de citer les petits vers suivants tJe La Fontaine, comme preuve de l'admiration qu'inspiraient ces victoires de Turenne et ses grandes qualités militaires :
En surmontant Charles et Caprara, Vous avez fait, seigneur, un opéra.
Nous en faisons un nouveau, mais je doute Qa*il soit si bon, quelque effort qa*il m*en coûte. Le vôtre est plein de grands événements. Beaucoup d*efret8 de fureur martiale, . D*amour très-peu, très-peu de pastorale. Mars sans armure y fut vu, ce dit-on. Môle trois fois comme un simple piéton. Bien lui valut la longue expérience.
Et le bon sens et la rare prudence.
Dans le combat, ces trois divinités Allaient toujours, marchant à ses côtés. Ce Mars, seigneur, n*est le Mars de la Thraco ; Mais, pour cet an, c'est le mars de T Alsace, Ainsi qu'il fut, et sera d'autres fois, Très-bien nommé le Mars d*autres endroits.
158 GUBRRE DS HOLLANDE
prince d'Orange ramassait des forces et recevait c renforts allemands ; à la fin de juillet^ les HoUand commençaient le siège de Grave, la seule ville a^ Maestricht que Louis XI Veut gardée de ses conque sur la Hollande. Monsieur le Prince se tenait sui défensive, dans le campement si vanté du Piéton ( au nord-ouest de Charleroi. Craignait-il, comme suppose un étranger (2), de perdre une bataille, d'c vrir ainsi le chemin de la France au vainqueur, de se voir accusé, lui ancien rebelle, de compile
avec les mécontents français (3)? De son coté, prince d'Orange, persuadé qu*il y avait un bon pa à tirer de ces mécontentements, était impatient s'ouvrir l'entrée de la France, et peut-être, par u prétention de jeune homme, de se mesurer aveo grand Condé (4). Ce fut lui qui provoqua la renconl Ne pouvant attaquer Condé dans son campeme il tenta de l'en faire sortir. Le 11 août, il mit toi son armée en mouvement, et défila avec une so de nargue devant les Français dans la direction village de Senef. 11 avait des Allemands à l'avai
(1) Voir Dossuel, Omisofi funèbre du grand Condé. Les enne aussi ont reconnu l'avantage de celle position. Un général de TEni rcur disait au prince d'Orange que le poste occupé par le prince Condé valait quinze raille hommes, et qu'il ne fallait pas songer à I laquer en ce lieu.' Voir Roussel.
(2) Temple, Mémoires de.,., la Chrétienté,
(3) Cette dernière supposition de Temple est parfaitement înri semblable. Depuis le passage du Rhin, le grand Condé n'était p suspect au roi. Louis XIV lui prodiguait, au contraire, toutes marques de confiance et d'amitié.
'4} Temple, Mémoirei.