‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 45 sur 142 · CONSPIRATION DU CHEVALIER DE ROHAN · texte numérisé non relu

CONSPIRATION DU CHEVALIER DE ROHAN

fois par des lettres de conjurés, trouvées dan» Jes bagages ennemis à Senef. On rapporte aussi que le roi d'Angleterre eu avait averti Louis XIV, après avoir découvert qu'un marchand anglais recevait du comte de Monterev une somme de cent mille livres à distribuer suivant les intentions du chevalier (1). Ce chevalier de Rohan était un noble ruiné par le jeu et par les vices, renié de sa famille, et réduit à chercher une réhabilitation factice dans un bouleversement public. Il avait gagné un petit gentiltomme noimand, La Truaumont, et son neveu le chevalier de Préault, avec la marquise de Villars d'Endreville, maîtresse de ce dernier. Il s'y joignait un aventurier hollandais, Van den Euden, ancien naattre d'école à Rotterdam, chassé de Hollande pour son athéisme, qui avait transporté son pensionnat a l^aris, sous le nom A' hôtel des muses. Le maître d'éoole, libellisteet négociateur, composait les écrits séditieux queLa Truaumont répandait en Normandie, et faisait quelquefois le voyage de Bruxelles pour traitep avec Monterev des moyens d'exécution. Entre autres projets, il était question de livrer QuilleboBuf aux Hollandais; la croisière de Tromp siii* les côtes de Normandie, au mois dejuin, se rattachait ace dessein. En septembre, les manœuvres recommencèrent. Des placards séditieux furent affichés à Rouen et dans les environs. Le premier président ^n a\ant averti le roi (10 septembre). Tordre fut

(0 Bisugo, au 1674.

donné de saisir La Truaumont ; il voulut se défem fut blessé dans la lutte et en mourut le lendem Rohan fut mis à la Bastille avec Préault et la n quise. A cette nouvelle, un élève de Van Euden courut dénoncer son maître auprès de L vois. Van den Euden, immédiatement iucare chargea fort le chevalier de Rohan ; le cheva lui avait souvent répété qu'il \ avait dans le royai beaucoup d'esprits comme lui; et que, si qnelqi remuait, il ne serait pas le troisième (I). L'héj tion n'était plus possible. Rohan, délaissé de famille, n'obtint que l'intervention dédaigna et inutile du prince de Condé. Ce chevalier, jouait autrefois de si grosses sommes contre le fui décapité en public; Préaultetla marquise m rurent de même. Van den Euden fut pendu; il a été en Hollande un des premiers maîtres de Spinos mourut en reniant Dieu. Ce châtiment nécess <hit apprendre aux traîtres à l'intérieur, el à Tétrai Umv complice, l'impuissance de leurs manœuvre la vanité de leurs espérances (2).

Celles de Louis XIV étaient mieux justifiées la marche même des événements et par les su< de sa diplomatie. La révolte d'une ville de Si venait, dans ce moment même, lui offrir le mo d'affaiblir l'action du gouvernement de Madrid

(1) Lettre de Louvois à Louis XIV, 6 octobre 1674. (Euwt Louis XIV, tome III.

(2) Voir Basnage, an 1674. Mémoires du marquis de Lafar Œuvres de Louis XIV, tome III. Lettres de Sëvigné, octobre W

KXPEDITION EN SICILK ton

le continent. Le peuple de Messine^ révolté depuis

d^tix mois contre le gouverneur espagnol^ sentait

le Jbesoin d'une protection puissante ; leurs envoyés

av^aient couru à Rome d'abord auprès de Tambas-

ss^deur fi*ançais^ et ils arrivaient en France pour

ïiolliciter le concours du roi. L'importance d'un

p^ireil accord était évidente^ moins pour faire une

conquête lointaine que pour éparpiller encore

da^vantage les forces espagnoles et débarrasser le

Itoiissillon. L'occasion était bonne aussi pour la

n^arine française de contribuer à la lutte générale

et de prendre enfin son rang sur les mers. A ce

dernier titre surtout^ l'expédition de Sicile devait

convenir à Colbert, et le récompenser un jour de sa

Persévérance par de grands effets. Louis XI V accepta

1^ TOle de protecteur des Messinois. Une escadre

française, composée de six vaisseaux de guerre, de

^'"ois brûlots^ de deux transports chargés de blé,

^Ms le commandement du chevalier de Valbelle,

P^Mit sans retard, et entra dans Messine le 27 sep-

^^tobre. Elle distribua des vivres à une population

***^mée, lui apporta des munitions de guerre et

^^^ïitribua à enlever le dernier rempart que le gou-

^^imement espagnol conservât encore contre la ville.

I^ar une victoire d'un autre genre, le jour même

^^ l'entréeà Messine(27 septembre), la France décidait

1^« Suédois à se compromettre pour elle. Ils avaient

éludé jusque-là toutes leurs promesses de coopération

faites et si largement payées avant l'ouverture des

hostilités. Cette fois, des libéralités nouvelles triom-

pliaient de leurs hésitations. Moyennant un subside de 350^000 écus à la nation^ une gratification de 100,000 livres au grand chancelier, et un présentdé 12,000 écus au connétable Wrangel, ils s'enga— * geaient à entrer en armes dans les États des allemands ennemis delà France (1). Le roi d'Angh terre, avec un égal avantage pour Louis XIV, l'efusait au contraire de combattre, et s'engageait s demeurer neutre. Le prince d'Orange l'avait en vaii pressé de se déclarer et d'agir pour la Hollande ; négociateurs hollandais comptaient en vain sur parlement hostile à la France. Pour n'avoir pas la ^ main forcée par les chambres, Charles II, toujours captif des agents de Louis XIV, publiait une nouvelle prorogation du parlement (3 octobre).

Mais il restait rAUemague, qui voulait en appeler de la bataille de Sintzheim et de la déroute de Ladenbourg. Depuis le mois de juillet, la grande affaire de Turenne, de Louis XIV, de Louvois, c'étaient les mouvements des princes allemands, leurs levées d'hommes, l'attitude de plus en plus suspecte de l'électeur de Brandebourg. Turenne, en présence de leurs attaques, travaillait avant tout à leur rendre les bords du Rhin impraticables. Louis XIV, inquiet pour la Lorraine et les Trois-Evêohés, aurait volon- — tiers ramené ses forces dans ces provinces. De là qu'on a appelé le premier incendie du Palatinat pi Turenne. Toutes ses lettres témoignent qu'il a

(l) Migntt, Négociati<m$, tome IV.

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