‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 47 sur 142 · REDDITION DE GRAVE · texte numérisé non relu

REDDITION DE GRAVE

îialgré celte victoire, Tiirenne demandait des renforts. Ils étaient d'autant plus nécessaires que Brandeboui^, arrivé enfin, reformait Tarmée vaincue. LoÎQ de les lui disputer, Louvois malade en démontrait parécrit la nécessité(l), et Le Tellier faisait passer 3u prince de Condé Tordre d'envoyer à Tu renne vingt ''^taillons et quatre-vingts escadrons de ses meilleures ^'^upes (2). On avait en outre convoqué Tarrière-ban w la noblesse comme au temps de la chevalerie. Ce 'Ut peut-être aussi dans Tintenlion de n'avoir pas J autres soins que Louis XIV, dans ce temps, se désigna à abandonner Grave. Cette ville, commandée par le marquis de Chamilly, opposait depuis trois ^oh la plus héroïque défense. Après avoir réduit '^s assiégeants à se contenter d'un blocus, on avait '^ussi à faire passer à travers leurs lignes et à transporter à Maestricht les otages hollandais que le prince ^*Orange aurait été si fier de ramener chez eux. Quand * attaque fut redevenue plus vive par les excitations ^^ Guillaume, la garnison supporta toutes les priva- ^*c>ns et tous les dangers jusqu'à ce que la ville bouleversée n'eût plusformed'elle-méme. Le 12 octobre, t-«ouis XIV jugea raisonnable de capituler. En cédant ^1 ne relâcha rien de ces attentions pour le soldat et ^e ce sentiment de l'honneur national dont il se Storifiait avec raison. Chamilly devait stipuler la *^l>^rté pour la garnison de sortir avec armes et

(^) Voir cette pièce décisive dans Rousset. i^) Le Tellier à Turenne, 16 octobre.

bagages et le canôn^ et le retour à Charleroi sou» U sauvegarde d'une escorte hollandaise et des passe* ports de TEmpereur. Si le prince d'Orange voular retenir le canon, on se contenterait des malade avec armes et bagages ; mais si l'ennemi refusait eclU condition, il fallait continuer à se défendre et porte] les choses à toute extrémité (1). Le prince d'Orangi était si pressé d'entrer dans Grave, et d'obtenir enfli un succès, qu'il accorda tout, et fournit même de bateaux pour les malades et les blessés, et des chevau) pour les canons.

L'arrière-ban de la noblesse n'était pas un gra&c renfort pour Turenne; il fut même bientôt un em* barras par l'indisciplitie ou les imprudences de ce gentilshommes habitués à ne pas souffrir de supè rieur et à ne pas ménager les populations. On trouvi plus expédient de les renvoyer. Le véritable secour était dans la science de Tui-enne et dans les renfort qui lui venaient de Flandre. En les attendant, î observait avec plaisir que les Allemands, à l'ap proche des frimas, perdaient de plus en phis le goû de la guerre active, et qu'ils regardaient comme m grand profit, même après l'arrivée de Brandebourg d'établir leurs quartiers d'hiver en Alsace. Afin d< leur ôter la pensée d'un mouvement vers le nord et de leur fermer le chemin de Philipsbourg, i fortifiait Saverne et Haguenau avec une sorte d'ob

(1) Œuvres de Louis XIV, tome fK. Lettre du roi à ChamiUy 12 octobre 1674.

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slimialion; puis, les voyant s'étendre dans la Haiite- Àls^ace, derrière TIll, et envoyer des partis à Schelest.adt et Colmar, il se proposait d'aller de ce côté cj u ^nd il en serait temps (1). Son plan était bien arrêté. << Il ne faut pas, disait-il à Lafare, un de ses lieute- *< liants, qu'il y ait un homme de guerre en repos « en France tant qu'il y aura un Allemand en deçà « du Rhin, en Alsace (2). » Nobles paroles dont icios récents désastres doivent consacrer plus que jainais l'autorité. Ce plan, il l'annonçait à Le Tellier a la. fin de novembre : « Un de ces jours, toute TarlîTiée de l'ennemi demeurant où elle est, je laisserai t>eaucoup d'infanterie dans Haguenau; je ferai avan- ^•en de trois ou quatre journées au delà des mon- •■^gïies (Vosges) les troupes (de Flandre) qui se sont **^f>osées sur la Sarre et y ont eu beaucoup de four- ^'^ges. Je reviendrai sur elles avec la cavalerie, en ^*^I>assant par la Petite-Pierre, pour ensuite, si l'en- *^emi marche dans la Haute-Alsace, y aller par les naoniagnes de Lorraine ou par Béfort (3). »

L'armée ennemie demeura en effet où elle était, on plutôt, comme pour mieux se livrer au vengeur, elle se dissémina en quartiers plus faciles à culbuter les uns après les autres. Turenne, voulant se délivrer de tous les embarras secondaires, choisit ses soldats, a On n'avait besoin que de gens en bon

^^^ I-^ttre à Le TiUieTi 9 novembre.

1^ ^^émoires du marquis de Lafare.

*^^ "ï^fenne à Le Tellier, 29 novembre.

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état » dans une expédition à travers les neiges ^st les glaces. Il renvoya tout ce qui était malade c^ *' fatigué^ hommes et chevaux. Par avance, sur ^^ demande, les intendants de Lorraine, des Troit^- Evêchés, de Champagne, avaient préparé « le coi» vert et le fourrage » à tout ce qui s'en allait ^^ ^ï congé. Alors (4 décembre), laissant six bataillor^^s dans Haguenau, trois dans Saverne, il traversa 1^^^ ' Vosges avec le reste, rallia et fit marcher en avan ^^garde les troupes arrivées de la Sarre, et s'avan^^a au sud le long des montagnes, « pour voir, pc s^^ Remiremont et plus au delà, les endroits par où ^ pourrait aisément descendre sur l'Alsace. » Le \mT^% il était à Remiremont et chassait quelques solda -^^ du duc de Lorraine, hasardés vers celte ville. Le 2^^^> toutes ses troupes éUint réunies, il en poussa que -^si* ques-unes vers Béfort. Rien n'avait averti les AU^^ -^^ mands, pas même la déroute des soldats de Loi^r^^ raine; ils ne s'aperçurent du danger que le 2b^— ^' quand Turenne parut devant Mulhouse. Là éta- .^3^" établie la cavalerie de l'Empereur, de Munster ^^ ^ de Lorraine. Une vive attaque, malgré la supério^c^^^^ ^ rite de leur nombre, déconcerta ces endormis. Cul M •"' butés et serrés de près, ils s'enfuirent abandonnant ^ " quatorze étendards et de nombreux prisonniers; U^ lendemain, un régiment de mille hommes se rendi î *^^^ tout entier sans opposer de résistance. Ce n'était < pourtant encore qu'un combat d'avant-garde.

L'électeur de Brandebourg s'efforça de réunir less^ autres Allemands cantonnés entre Turckheim e^

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nar. Mais Tui^iine, cette fois avec toutes ses ipes^ marchait déjà sur eux; il les atteignit le nvier 1675. Ils avaient négligé d'occuper Tùrcim méme^ dont la position sur la montagne dolaii toute la plaine. Turenne s'y porta par une rche masquée, et enleva cette place. Les AUends, sentant tout l'avantage d'un pareil poste, iltiplièrent leurs efforts pour le reprendre. Ils peni quelque temps avec fermeté. Les Français, ' les pentes, embarrassés par des vignes et des lalas, exposés à un feu bien nourri, y réponent inégalement. Plusieurs régiments commenînt à souffrir, quand celui de Navarre et deux aillons de gardes françaises, descendus au pied coteau et libres de leurs mouvements, mirent assaillants en désordre et donnèrent le signal de poursuivre avec la pique ou l'épée. Rien n'arrêta la oiite que la prudence de Turenne, qui craignait dangers de la nuit et voulait remettre au lenden une baUiille décisive. Il n'en fut pas besoin, it à coup un grand bruit s'éleva du côté de Colr; toute l'armée allemande, renonçant à la lutte, ampait dans la direction de Sclielestadt et de asbourg ; il n'y avait plus qu'à les suivre pour lasser un grand nombre de prisonniers. Cepenit les fugitifs pouvaient se cantonner dans asboui^, à titre de protecteui's, en faisant craindre : habitants la vengeance du roi de France. Tune se hâta d'infonaier les magistrats de Stras- 11^ que le roi ne leur ferait aucun mal, s'ils

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s'engageaient à observer dorénavant la neuti*alit^ et il fermer leur pont. Les magistrats^ loin de reteni"* les vaincus, hâtèrent leur passage. Il ne resta d'Aller— mands en deçà du Rhin que les morts ou les prL— sonniers, c'est-à-dire les deux tiers (1).

A cette nouvelle, il s'éleva un cri d'enthousiasm.^ qui se prolongea par toute la France. Roi, peupl^^ hommes de guerre, courtisans, tout admira sansres^ triction. « Revenez auprès de moi, écrivait Louis XIV, où j'ai bien de l'impatience de vous voir pourvoiis témoigner de vive voix toute la satisfaction que m^ donnent les services considérables que vous m'avez rendus pendant toute la campagne, et la dernière victoire que vous venez de remporter sur mes enne* mis (2). » « Que dites-vous, demandait Sévigné, àe la belle action qu'a faite M. de Turenne, en faisan t repasser le Rhin à nos ennemis ; » et Bussy-Rabuli^ lui répondait : a J'aime M. de Turenne autant qi*^ je l'ai autrefois haï ; pour dire toute la vérité, m^^ cœur ne peut plus tenir contre tant de mérita. * Ainsi la jalousie elle-même cédait à la justice. I^ populations honorèrent le héros à leur manière ^^ se rassemblant sur son passage, pour le voir, po^^ le proclamer leur libérateur, pour le remercier ^^ leurs biens, de leur liberté sauvée (3). Quand il arr»^

(1) Voir pour tous ces événements les lettres de Turenne, e^ relations des combats de Mulhouse et de Turckheim, Collection moard.

(2) Œuvres de Louis XIV, tome ÏIÏ.

(3) Mascaron, Oraison funèbre de Turenne,

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