‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 6 sur 142 · EXPEDITION DE CANDIE · texte numérisé non relu

EXPEDITION DE CANDIE

à la critique, et surtout leur retour inattendu. Le pape, les Vénitiens, réclamèrent. Le roi, d'abord inquiet de ces plaintes, et peu instruit des vrais motifs de la retraite, hésitait à condamner le duc de Navailles. Il finit pas le désaAouer et l'exila (1). Il promit d'envoyer de nouvelles troupes, chargea le maréchal de Bellefonds d'en faire la levée, et l'autorisa même à prêter serment au pape comme généralissime des troupes de Sa Sainteté contre les Turcs (2). On sut bientôt que ce nouvel effort était sans objet. Candie avait capitulé presque aussitôt après le départ des Français, le 5 septembre. La

(1) Œuvres de Louis JCtV, t. V. Oq y trouve sur cetle affaire la note suivante du président Rose :

il est certain qu'à l'époque où le nonce et l'ambassadeur de Venise st^ plaignirent au roi de cette retraite, il aurait fallu que M. de Navailles alléguât des raisons sans réplique pour justifier sa conduite; car rien ne l'obligea , dit-on, à partir avant l'arrivée de Vincent Uospigliosi, généralissime des armées chrétiennes à Candie, qui, voyant Textréraité où la place était réduite, ne se fût jamais engagé au débarquement, et ainsi il se fût (charge seul de l'événement de cette retraite; au lieu que M. de Navailles, par un faux zèle de religion ou par avidité d'avoir seul la gloire d'avoir levé le siège à propos, ayant précipité l'attaque des tranchées des Turcs, et ensuite le rembarquement et le retour, attirait sur la France le blâme de la perte de (Candie. Aussi il y eut un des ministres qui conseillait au roi par ses dépêches de faire arrêter M. de Navailles au port de Toulon et de renvoyer sous bonne et sûre escorte au pape pour en faire telle justic<^ qu'il lui plairait. C'était l'avis de M. de Lyonne; mais M. U» Tellier para le coup, remontrant de quelle conséquence il serait de soumettre les sujets du roi à la juridiction du pape. Et après un exil assez long, il lui procura son rétablissement dans ses emplois, par le moyen desquels il parvint au bâlon de maréchal do France en 1675.

\2) (JEuvres de Loiwt A'/V, Lettres à Bellefonds, des 20 et 21 8e()tembre.

diplomatie avait à chercher une autre diversion ou un autre frein à l'ambition de Louis XIV.

Déjà même, pendant la durée de l'expédition, elle ne s'était pas rassurée. Le marquis de Pomponne avait dit un jour à La Haye que les craintes des Espagnols étaient ridicules, que le roi de France n'avait pas maintenant plus de six mille hommes dans son camp, qu'il en avait envoyé sept mille au secours de Candie, que présentement il ne songeait qu'à achever les fortifications des places conquises, et que, au moins jusqu'à la mort du roi d'Espagne, il n'avait d'autre pensée que d'entretenir la paix et de se divertir. Temple ne répétait ces bonnes paroles que pour les tourner en dérision : « Si tout ce que dit <c l'ambassadeur de France est véritable, écrivait-il « à Arlington, son maître a le plaisir d'être Iran- « quille et en repos pendant qu'il donne de l'in- « quiétude à tout le monde (1). » Cette inquiétude animait les membres de la Triple-Alliance à chercher de toutes parts à Louis XIV, sinon encore des ennemis déclarés, au moins des surveillants, des gardiens de la paix, à étendre leur accord défensif aux princes de Lunebourg, à l'électeur de Brandebourg, à l'Empereur, au Danemark, aux cantons suisses (2). Les Anglais saisissaient avidement l'apparence d'établir de bonnes relations avec le Danemark, et de supplanter à leur pi'olit le crédit de la France dans

(1) Letlres de Temple, 16 mai 1669 : petite collection in-18.

(2) Voir les lettrée d'Arlington et de Temple.

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